‹ L'art antique de la Perse; Achéménides, Parthes, SassanidesChapitre 27 sur 75 · II · texte numérisé non relu

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exceptionnellement en dalles plates et minces, taillées en forme de briques, ces matériaux étant les seuls qui, sans 1 aide de charpentes ou d’étais provisoires, soient susceptibles d’entrer dans une construction et de se prêter à tous les usages.

Les siècles se sont écoulés, et l’antique architecture de l’Iran est restée une expression si complète des ressources du sol et des besoins des habitants, que, de nos jours comme au temps des premières invasions, les palais, les temples aussi bien que les maisons habitées par le peuple des villes et des campagnes, sont le plus souvent construits en briques de terre crue ou cuite', sans adjonction de piliers, d’architraves ou de pièces de charpente1 2. Les portes, les fenêtres ne sont même pas fermées avec des menuiseries : une natte de paille, un rideau, suffit à intercepter l’air et la trop grande lumière (PI. 1 ).

La seule distinction que l’on puisse établir entre les constructions des différents âges provient du volume des matériaux. Les plus anciennes briques retrouvées en Chaldée ont parfois de om4o à om5o de côté et jusqu’à omi2 d’épaisseur. A Babylone, sous le règne de Nabuchodonosor, à Suse, sous le règne de Xerxès, leurs dimensions atteignent encore om3q sur oni07. Dans les édifices construits du 1er au VIe siècle de notre ère, on emploie des briques dont le côté mesure om3o et l’épaisseur o,no6. Après l’invasion musulmane, et lorsque les architectes prennent l’habitude de faire entrer ces matériaux dans la composition de mosaïques très délicates, leurs dimensions s’abaissent à onTy5 sur omo3; mais, à dater de cette époque, leur volume s’accroît de nouveau. Aujourd’hui, celles qui sont fabriquées à Téhéran et à Ispahan ont, en moyenne, om2D de côté et onl048 d’épaisseur. Les dimensions que je viens de donner ne sont pas invariables, et il ne faudrait pas espérer apprécier d’après ce seul caractère l’âge d’un monument : dans les maçonneries des barrages, des ponts notamment, les briques employées ont toujours été plus volumineuses que celles utilisées dans la construction des palais ou des édifices religieux.

De cet exposé découle une conclusion inattaquable :

1. Les procédés de cuisson usités en Perse ont la plus grande analogie avec la méthode désignée sous le nom de méthode belge. Les briques sont posées, par lits alternés, sur des fagots d’herbes sèches. Les ouvriers forment ainsi de grandes meules, les recouvrent, à l’extérieur, d’une couche de terre, et y mettent le feu.

2. Je donne (PL I) une vue panoramique de Ivoum, une des cités les plus importantes de la Perse, afin qu’on puisse, en examinant cette photographie, se rendre compte de l’aspect de toutes les villes iraniennes tant modernes qu’anciennes.

Je suis persuadé qu’il n’entre pas, dans toutes les toitures de Koum, un mètre cube de bois.

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.

Toutes les formes architecturales originaires de la Perse doivent nécessairement dériver de l’emploi exclusif de la brique.

Cette remarque, suggérée par l’étude du climat et du sol de l’Iran, peut s’appliquer, dans une certaine mesure, à l’art monumental de la Chaldée et de la Susiane.

Reportons-nous aux temps reculés où ces deux pays furent envahis par les premières migrations touraniennes , ou mieux encore étudions leur état actuel, puisque c’est un des tristes privilèges de l’Islam de faire rétrograder jusqu’aux époques préhistoriques les pays obéissant à ses lois. A d'immenses plaines de sable succèdent des marais pestilentiels alimentés par les fleuves qui descendent des montagnes de l’Arménie et du Lauristan. Sur leurs rives humides croissent de hautes herbes dominées par des bouquets de palmiers ; mais dans les steppes que n’atteignent jamais les eaux n’apparaît aucune trace de végétation. Quant à la pierre, elle est aussi rare dans les alluvions de la Mésopotamie que les arbres le sont en Perse.

Ce fut donc à la terre argileuse, faute de meilleurs matériaux, que les Elamites et les Chaldéens durent également avoir recours.

Les briques furent employées à la construction de murs solides destinés à supporter des voûtes en berceaux, ou, le plus souvent sans doute, des planchers composés de poutres de palmier jointives, au-dessus desquelles on étendait un épais matelas de terre.

Les troncs de ces mêmes arbres servirent également à consolider les parements extérieurs des constructions, tandis que des briques cuites, parfois recouvertes d’émail, formèrent, au-devantdes matériaux de terre crue, un revêtement protecteur 1 .

Afin de se soustraire aux chaleurs intolérables de leur patrie d’adoption2, les

1. Faute de constructions anciennes, je reproduis (Fig. 5 et 6) deux croquis d’une habitation moderne que j’ai pris dans un village de l’Elam. Ce même type de construction se retrouve au sud du Fars et dans tous les pays persans ou élamites riches en palmiers. Un certain nombre de ces arbres, disposés à l’extérieur, consolident les angles et les parois des murs généralement construits en pierre et pisé, ou en briques crues et mortier de terre. Cette maison ressemble en tous points à celles que l’on a déblayées à Babylone.

2. Strabon (1. XV, ch. ni, § io) raconte que pendant la durée de l’été la température est si élevée à Suse, que les lézards ne peuvent traverser les rues et meurent dès qu’ils s’aventurent au soleil, et que l’orge, quand on la jette sur le sol, frétille comme des pois dans la poêle.

Ces fables sont intéressantes en ce qu’elles nous donnent une idée exacte de l’impression que fit sur les Grecs, aguerris et déjà habitués à des climats méridionaux, la chaleur vraiment étouffante de la Susiane. L’été est si brûlant dans cette région que les habitants de Chouster et de Disfoul sont forcés de construire, à dix et douze mètres au-dessous du sol, des habitations souterraines, et vivent dans leurs caves six mois de l’année.

premiers habitants de la Babylonie et de la Susiane avaient été forcés d'adopter, non seulement pour les murs de leurs demeures, mais encore pour les terrasses, des épaisseurs considérables, et par conséquent de donner une faible portée aux poutres de palmier constituant le chevronnage. Ils avaient été conduits ainsi à construire des édifices composés de galeries rachetant par leur hauteur et leur longueur l'exiguïté de leurs dimensions transversales.

Fig. 5. — Maison de paysan susien : vue d’ensemble.

C'est dans ces conditions que s'élevèrent les demeures privées des Élamites, très clairement décrites par Strabon ', les habitations babyloniennes découvertes à la suite du déblayement des tumulus voisins du Kasr et du Birs-Nimroud, et sans doute aussi les maisons de Dour-Saryoukin ou de Ninive, les Sémites de l’Assyrie ayant emprunté à la Chaldée son architecture avec sa langue, son écriture, ses sciences et ses arts.

Le voisinage des grandes chaînes de montagnes, le progrès des idées, et peut-

i. Liv. XV, ch. in, io : « Aristobule dit encore que des baignoires d’eau froide exposées, à Suse, au soleil de midi s'échauffent rapidement, et que pour protéger les maisons contre l’excès de la chaleur on en recouvre les toits de deux coudées de terre. Le poids de cette terre oblige à faire toutes les maisons étroites et hautes , parce qu’on ne dispose pas de poutres assc p longues et assez résistantes pour couvrir de larges vaisseaux et qu’il faut absolument avoir de l’espace dans les maisons, sans quoi on y étoufferait immanquablement. Le même auteur constate à ce propos une singulière propriété des poutres de palmier, etc. »

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.

être aussi l’influence de l'Égypte et de la Phénicie, amenèrent simplement les Assyriens à construire avec de beaux matériaux de pierre, et non plus avec des briques, les parements extérieurs des murs de soutènement supportant les grandes plates-formes au-dessus desquelles s’élevaient les temples et les palais, et à substituer dans les édifices royaux, aux enduits posés à l’intérieur des salles, un lambris composé de plaques d’albâtre.

Tous les renseignements puisés dans l’étude comparée du sol, du climat et des plus anciens monuments de l’Élam, de la Chaldée, de l’Assyrie et de l’Iran,

Fig. 6. — Maison de paysan susien : coupe.

semblent donc rattacher à une origine commune les architectures privées des plus antiques monarchies de l’Asie. Le type primitif de l’habitation orientale se retrouverait dans les anciennes constructions de la Susiane et de la Babylonie, composées de murs épais, en briques crues et recouvertes de voûtes ou de terrasses.

Les premiers habitants des plateaux de l’Iran ou leurs successeurs, les Perses et les Mèdes, n'ayant pu, faute de bois, adopter les toitures horizontales des Élamites, généralisèrent l’emploi de la voûte, tandis que les Assyriens, sans modifier les formes et le style de l’architecture chaldéenne, firent les premiers entrer la pierre dans les revêtements.

Aucune de ces constructions ne comportait de colonnes : celles-ci, parce qu’elles

étaient élevées dans des contrées généralement dépourvues de pierre et où l'on n'aurait trouvé à utiliser comme supports que des poteaux en bois de palmier d’une rigidité insuffisante pour soutenir, aune grande hauteur, les lourdes terrasses de pisé; celles-là, parce qu'elles étaient voûtées et que la poussée des coupoles ou des berceaux ne pouvait être efficacement combattue que par des murs pleins et solides.

Si les Ninivites l’avaient souhaité, ils auraient extrait de leurs carrières des fûts ou des tronçons de colonnes résistants; mais ils s’inspiraient directement des traditions de l’architecture babylonienne, si bien appropriées au climat de leur patrie, et ne durent jamais songer à introduire des modifications graves dans les types de construction adoptés par les Sémites du Sud.

Il y a donc, avant toute étude de détail, de graves présomptions pour que l’architecture persépolitaine , caractérisée par l’emploi exclusif des colonnades légères en marbre et des plafonds en bois, ne soit originaire ni de l’Iran ni des pays voisins de la Perse.

Je ne voudrais pas que l’on vît dans l’énoncé de cette proposition une tendance paradoxale. Je ne prétends pas dire, en effet, que les tribus aryennes, quand elles conquirent les plateaux de l'Iran et s’établirent dans le Fars, ne s’inspirèrent pas des traditions locales ou de l’architecture des grandes monarchies placées sur les frontières de leur nouvelle patrie ; je crois, au contraire, que, si les Perses amenèrent à un haut degré de perfection l'art de construire les voûtes, ils empruntèrent à leurs voisins, et surtout à leurs devanciers, les principes mêmes de cet art. Je me borne seulement à faire pressentir que les palais de Darius , pas plus que ceux de ses prédécesseurs, ne furent copiés sur des monuments perses, médiques, élamites ou

assyriens.

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.

S ni

Ee 1 akhte- DjemchiJ. destitution de lu corniche du Pahhte. — Description generale des ternisses

et des constructions quelles supportent. — Ces constructions appartenaient à des palais. Distinction

à établir, d’après leurs plans, entre la destination des diverses demeures royales.

Les palais de Persépolis 1 s’élèvent au-dessus d’une immense terrasse construite sur le modèle du Takhtè-Madérè-Soleïman, et sont placés au-devant d’une montagne escarpée qui ferme, au nord, la vallée de la Merdach (PI. II).

Le revêtement extérieur de ce gigantesque soubassement est exécuté, sur une épaisseur de 4 mètres environ, en matériaux calcaires de forte dimension assem-

Murs de Lissa et de Hiéron.

blés sans mortier. Le parement vu des pierres n’est pas entouré d’une ciselure (PL III); il est lisse et layé avec soin; derrière le mur de soutènement existe un second mur en pierre sèche contre lequel viennent s’appuyer des remblais composés en partie de pierrailles et de terre. L’appareil se rapproche, comme disposi-

1. M. Oppert (les Inscriptions des Acliéménides ) a proposé de faire dériver les trois mots: Ulp7Xl} LwjLj (parsa) et ( Islakhar ), sous lesquels la ville royale située dans la plaine de la Merdach est désignée, respectivement, par les Grecs, les inscriptions cunéiformes et les plus vieux auteurs arabes, du seul mot {Perstakliar , palais des Perses), qui voudrait dire, d’après M. Oppert, Porte des Perses.

De ce mot primitif les rois auraient fait Parsa , en éliminant les deux dernières syllabes, d'où le grec oî Ujpvsa, Tkpeémth;, et le peuple, en supprimant au contraire, ( par ), (. Istakhar ).

tion, de l’appareil pùlasgique utilisé dans les plus anciens monuments de la Grèce

Fig. 9 et 10. — Coupe transversale et élévation du parapet restauré.

Fig.

— élévation de l’escalier.

Fig. 12. — Plan de l’escalier.

Escalier du Takhtè- Djemchid.

et dont l’usage se conserva longtemps sur les côtes de l'Asie Mineure1 (Fig. 7 et 8).

1. Voir les murailles de Lissa et de Iliéron (Texier, Mission en Asie Mineure , vol. II, pl. 38 et 52).

DEUXIÈME DYNASTIE ACHEMÉNIDE.

En renonçant aux assises réglées du Takhtè-Madérè-Soleïman, l’architecte voulut, comme je l’ai fait remarquer en décrivant ce monument, utiliser sans perte les matériaux approvisionnés sur le chantier, ou peut-être encore multiplier dans toutes les directions les crampons métalliques et donner ainsi à la masse une extrême cohésion.

De la plaine on accédait directement à la terrasse en suivant une route de chars tracée sur le flanc de la montagne ou en gravissant de larges degrés, placés à l’extrémité nord de la façade du Takhte.

Le grand escalier, logé dans un rentrant du soubassement, devait être précédé d’un perron en saillie sur le nu de la façade 11 comprend actuellement : deux volées divergentes parallèles au Takhte; deux paliers d'entresol symétriques; enfin, deux rampes convergentes, séparées des premières volées par un mur de soutènement.

Dans sa hauteur totale, l'escalier se composait de cent onze marches. «Les degrés sont si doux, disent sans exagération d’anciens auteurs arabes2, qu’il est aisé de les monter ou de les descendre à cheval, et si larges que dix hommes placés de front peuvent les gravir en même temps. » L’escalier, comme toutes les parties inférieures et moyennes du soubassement, est d’ailleurs en excellent état de conservation. Seul, le couronnement du Takhte a disparu.

La présence d’une corniche au sommet du mur de soutènement ne peut être contestée. L’assise supérieure est arasée au-dessous du niveau du sol du terre-plein et criblée de trous de scellement que l'on n’eût pas creusés sur les parements vus. La différence du niveau entre la surface de la dernière assise et le sol était rachetée par une frise surmontée d’une corniche formant tout autour de la terrasse un solide parapet (Lig. g, io, n, et PI. III). Il existe encore quelques fragments de la frise à l’extrémité sud du Takhte; cette frise se compose (Lig. i3) de pierres encadrées, comme celles d’un grand nombre de monuments grecs, par un bourrelet protecteur, qui devait être supprimé au ravalement.

En revanche, le couronnement a été renversé. On peut néanmoins le restituer avec certitude, car on trouve dans les terres amoncelées au pied du mur de

1. Dans la restitution du mur du Takhtè-Djemchid , j’ai placé un perron au-devant de l’escalier, bien que ces degrés ne soient pas apparents. Sans le secours de ces marches supplémentaires, il n’eût pas été possible de s élever du sol naturel, remblayé aujourd'hui sur une hauteur de i"'bo environ, jusqu’au niveau du premier palier.

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