Darmesteter, Mélanges iraniens , t. II, p
DEUXIÈME DYNASTIE AGHÉMÉNIDE.
grand roi, c’est que rien ne ressemble moins aux habitations des Xerxès, des Chapour, ou même des Chah-Abbas, que les palais européens, où se trouvent rassemblés les appartements privés, les galeries de fête et les immenses annexes nécessaires au fonctionnement régulier des services politiques et administratifs des cours occidentales.
De l’eau, des fleurs, des arbres surtout, répandant autour d'eux la fraîcheur et l’ombre, trésors inestimables dont les grands peuvent seuls jouir, constituent le principal luxe et font le charme des habitations royales. Un pavillon bien orienté et bien défendu contre les intempéries de l'hiver et les ardeurs du climat, comportant une vaste salle d'audience, quelques pièces pour les secrétaires chargés d'expédier les ordres urgents, et de grandes galeries où se tiennent les gardes et les clients, suffisent au roi et à ses courtisans.
Le monarque arrive dans son palais en sortant du gynécée-, il y reçoit les ministres, les grands officiers de la couronne, les généraux. Il y dort même pendant les heures les plus chaudes du jour. Mais à peine le soleil est-il couché que le prince se retire dans ses appartements' privés, qu’il ne quittera plus jusqu’au lendemain. En voyage, à la chasse, à la guerre, le même cérémonial accompagne le souverain.
La tente royale, inhabitée toute la nuit, remplace la salle du trône, les tentes des femmes, toujours éloignées du campement, forment une retraite inaccessible dont on n’ose, sous aucun prétexte, franchir le seuil.
De telle sorte qu’il serait permis de se demander, si l’on ne connaissait l’origine pastorale des Aryens, si l’installation du camp a servi de modèle à la distribution des palais ou si l’on a copié le plan des demeures royales pour le transporter au camp.
Trois des palais du Takhtè-Djemchid (B, C, D, PI. II), situés sur la plus haute terrasse, sont bâtis, ainsique je bai déjà fait observer, au-dessus de soubassements particuliers. Ils occupent l’extrémité sud de la terrasse et comprennent chacun une salle hypostyle de dimension moyenne précédée d’un porche. Tout autour de la salle hypostyle se groupent des pièces d’une importance secondaire. On accède au parvis de ces monuments en gravissant de larges degrés , dont les murs de soutènement sont couverts de sculptures en bas-relief. Les précautions prises pour élever au-dessus de toutes les autres constructions des édifices qui n’offrent d’autres particularités que l’exiguïté de leurs dimensions et la compli-
L’Art antique de la Perse. II — 4
cation relative de leurs plans sont significatives et précisent bien leur destination.
C'était dans ces demeures, environnées de toutes parts d'air et de lumière, dans ces palais d'où l'on dominait, sans qu'aucun obstacle arrêtât les regards, l'ensemble des résidences princières et les plaines fertiles de la Merdach, que se tenait le plus généralement le souverain, tandis que les immenses halls les apadânas, placés à l'entrée de la terrasse supérieure ou sur le gradin intermédiaire, correspondaient aux salles du trône des monarques orientaux et étaient utilisées, comme ces dernières, les jours où le Khchâyathiya apparaissait à son peuple ou aux ambassadeurs étrangers dans tout l'éclat de la puissance souveraine.
Les princesses n'auraient pu trouver dans des demeures facilement accessibles aux officiers et aux serviteurs de la couronne l'asile inviolable qui leur fut affecté en Perse et en Médie dès la plus haute antiquité. 11 est donc probable que le gynécée, caché derrière de hautes murailles, occupait un quartier spécial de la cité royale.
11 ne faut pas être surpris de ne pas rencontrer de vestiges de ces constructions auxiliaires : les maîtres des œuvres, comme le font de nos jours les architectes du Chah, répandaient à profusion dans l'apadâna et les birouns royaux les plus beaux ornements et les matériaux les plus précieux, afin de donner, par ce déploiement de richesses, une haute idée de la puissance du souverain, et construisaient, au contraire, en briques crues ou cuites l’anderoun et les annexes des demeures princières. Les murs des monuments secondaires se sont effondrés dès qu'ils ont cessé d’être entretenus, les briques se sont fondues ou ont été utilisées à nouveau dans les villages voisins du Takhle ; seules, les pierres employées dans la construction des palais ont résisté à l’action destructive des siècles.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHEMENIDE.
S iv
Escaliers particuliers du palais. Leur forme est distincte de celle des degrés égyptiens ou grecs; elle est commandée par la disposition du Takhte.
En élevant sur des terrasses de hauteurs différentes tous les édifices du Takhte les Perses se condamnaient à multiplier les escaliers. Aussi en existe-t-il un grand nombre à Persépolis.
Us diffèrent, par leur disposition, des degrés placés au-devant des tombes royales de Méchhed-Mourgab.
Ces derniers se composaient simplement de rampes perpendiculaire à la façade : telles se posent les échelles au-devant d'un mur.
De toutes les solutions que l’on pouvait imaginer pour accéder à un édifice élevé au-dessus du sol, c’était certainement la plus simple, mais c’était aussi la plus dispendieuse et la plus encombrante; elle était, en tout cas, très inférieure, au point de vue architectural, à la disposition primitivement adoptée par les Egyptiens 1 qui construisirent les temples sur des bases composées de larges gradins. Malheureusement, quand les dimensions des temples s’accrurent, les architectes augmentèrent en proportion la hauteur des marches et transformèrent l'escalier en un large et superbe soubassement qu’il devint impossible de gravir. Ainsi, d'ailleurs, firent les Grecs. Les Egyptiens remédiaient à cet inconvénient en taillant sur chaque côté du soubassement des degrés supplémentaires, tandis que les Grecs intercalaient sans doute entre les gradins des marches mobiles faites en pierres ou en bois.
Aucun de ces tracés ne pouvait être appliqué aux édifices persépolitains, trop élevés au-dessus du sol et trop nombreux sur les terrasses pour qu’il fût possible de donner aux degrés placés au-devant de chaque édifice un développement considérable.
Les Perses songèrent alors à faire évoluer leurs anciens escaliers et à les