DES MONUMENTS DE MÉCHED-MOURGAB — GÉNÉALOGIE DE CYRUS — CONCLUSION
Distinction entre Méched-Mourgab et la Pasargade des auteurs grecs. — Identification proposée
pour le site de Méched-Mourgab.
Les Persans désignent sons les noms de Méched-Mourgab et de Madèrè- Soleïman (PI. I et II) deux petits villages de la plaine du Polvar situés auprès de ruines fort anciennes que l’on rencontre sur la route dTspahan à Chiraz, à la descente des plateaux de Sourmek et de Dehbid. Jusqu’à ces dernières années, on
i. Je comprends dans la première dynastie Achcmcnide les descendants directs de Cyrus, et dans la deuxième les successeurs de Darius. Les aïeux de ces rois étaient des princes feudataires de la Médie qu’il convient de grouper en famille plutôt qu’en dynastie.
ne mettait pas en doute que ces ruines, dont l’origine acbéménide est incontestable, ne fussent les derniers vestiges de Pasargade, la ville sainte, où reposait encore, au temps de l'expédition d’Alexandre, le corps du grand Cyrus.
M. Lassen d’abord, M. Oppert plus tard, ont combattu cette identification et démontré que l'on devait rejeter le site de Pasargade à l’est de Chiraz dans les environs de Fésa ou de Darabdjerd. De nombreux arguments, déduits de l'étude comparée des textes grecs et de l'inscription trilingue de Bisoutoun, militent en faveur de cette dernière hypothèse. M. Oppert fait observer avec juste raison que Ptolémée place Pasargade 1 (la Pisiyakada des inscriptions cunéiformes) à l'est sud-est de Persépolis, tandis que Méched • Mourgab est situé au nord-nord ouest du Takhtè-Djemchid. 11 fait encore remarquer que des rivières distinctes, au témoignage de tous les auteurs anciens, arrosaient Persépolis et Pasargade. Comme Madérè-Soleïman et le Takhtè-Djemchid se trouvent tous deux sur les rives du Polvar, on serait amené à admettre, si l'on persistait à voir dans les monuments de Madérè-Soleïman les ruines de Pasargade, que le Takhtè-Djemchid ne correspond pas aux palais de Persépolis2. Je ne discuterai pas à nouveau cette question, elle me paraît résolue. Je me bornerai seulement à faire observer que si Pasargade et Persépolis avaient été respectivement situées dans les vallées deMéched-Mourgab et de la Merdach, distantes à peine l’une de l’autre de quarante kilomètres, le Polvar-Roud, un simple ruisseau, aurait dû suffire à l'alimentation des deux capitales du royaume: hypothèse inadmissible en Perse, dans une contrée où les terres fertilisables et les eaux d irrigation sont si rares que la prospérité d'une cité importante entraîne fatalement la ruine de toutes les villes voisines.
Indépendamment de ces considérations géographiques, il est un argument tiré de 1 histoire des expéditions d’Alexandre qui tranche cette question d’une manière définitive.
A son retour des Indes, Alexandre, accompagné seulement de la cavalerie des hétaïres, de troupes légères et de quelques archers, regagna par étapes les frontières de la Perse Pendant la durée de ce pénible voyage les soldats endurèrent de cruelles souffrances4, et moururent en grand nombre de fatigues et de privations.
1. Dans quelques éditions, le même mot est orthographie il v.ei.pv.yjx.
2. Voir, pour plus de détails, le savant article de M. Oppert, publié dans le Journal asiatique,
année 1871, T. XIX, p. 548. 11
3. Arrien, L. VI, ch. 21-22, 29 (édition Millier). Je renvoie, sauf avis contraire, pour tous les auteurs grecs, a 1 édition Carolus Millier.
4. Strabon, L. XV, ch. 2, v et vi {les Indes et la Perse), et Diodore de Sicile, L. XVII, ch. io5.
PREMIÈRE DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
Dès qu’il eut atteint la Kirmanie, le roi envoya des émissaires prévenir les satrapes de son retour', et ce ne fut qu’à l’arrivée des secours et des guides qu’il put se remettre en route. Il s’arrêta à Pasargade % fit réparer le tombeau de Cyrus, et arriva enfin à Persépolisi * 3.
Dans le cas où le monument funèbre du fondateur de l’empire perse eût été situé sur les rives du Polvar, le conquérant macédonien eût été forcé, s’il eût voulu le visiter avant de revenir à Persépolis, d’abandonner, dans les circonstances les plus critiques, les seuls chemins de caravane (PI. I) qui de la Kirmanie se dirigent, par Forg ou Saïd-Abad, sur Darab, Chiraz et Persépolis, de remonter vers le nord et de se jeter sans profit dans les déserts inexplorés limitant à l’est la plaine de Méched-Mourgab.
Quand on a visité les lieux et quand on a pu apprécier les difficultés de tout ordre que durent surmonter les Grecs à leur retour en Perse, on ne peut admettre qu’Alexandre ait commis de gaieté de cœur une pareille folie. On ne peut pas supposer non plus que les troupes macédoniennes se soient égarées dans le désert, puisqu’elles avaient trouvé, à dix étapes en avant de Pasargade, les vivres envoyés par les satrapes pour les ravitailler 4.
A mon avis, la ville dont les ruines couvrent la vallée du Polvar fut construite par Cyrus, sur les confins de la Perse et de la Médie, quand ce prince devint, à la suite de sa victoire sur Astyage, roi des Perses et des Mèdes, et fut délaissée lorsque Darius fonda Persépolis dans la superbe plaine de la Merdach. Ces déplacements de capitales, conséquences des modifications politiques apportées à l’état d’un pays, sont trop dans le caractère du peuple iranien pour surprendre quiconque connaît l’histoire de la Perse. Des raisons du même ordre engagèrent plus tard Darius et les princes sassanides à transporter successivement le siège du gouvernement de Persépolis, à Suse, Ecbatane, Ctésiphon, Chouster, et les dynasties musulmanes à prendre tour à tour pour capitales les principales villes de la Perse.
L’identification que je propose résultera non seulement de l’examen géographique du site de Madérè-Soleïman, mais de l’étude des ruines dont je vais entreprendre la description.
i et 4. Diodore de Sicile, XVII-io5.
2. Alexandre avait visité une première fois Pasargade avant son départ pour les Indes (Strabon, XV,
ch. 3, § vu). |