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Hittorff, Monuments de Scgeste et de Sélinonte

DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.

On ne doit pas attribuer exclusivement au progrès de la civilisation iranienne l’évolution qui se produisit à l’avènement de Darius dans l’art monumental de la Perse. Au moment où ce roi montait sur le trône, l'Égypte, cette éternelle ennemie des grandes monarchies asiatiques, venait de succomber à son tour sous les coups de Cambyse. A la suite de cet éclatant succès et du long séjour de la cour et de l’armée perse sur la terre des Pharaons, les conquérants s’éprirent d’un goût très vif pour l’architecture des vaincus. Sous cette nouvelle influence, des tombeaux creusés aux flancs des montagnes furent substitués aux tours funéraires d’origine lycienne qui avaient servi de sépulture aux princes de la première dynastie, tandis que les constructeurs modifiaient, ainsi qu'on peut le constater en comparant les plans des palais de Cyrus (T. I, Pi. XII) et de Darius (PI. XIII), le mode d’implantation des colonnes et qu'ils introduisaient fort habilement dans une architecture d’origine gréco-ionienne des motifs empruntés à l’art pharaonique.

A cet égard, l’examen comparé des baies appartenant aux monuments des deux dynasties achéménides est particulièrement intéressant, parce qu’il permet de distinguer l’origine de chacun des éléments divers dont elles sont composées, tout en laissant voir dans quel esprit ont été étudiées les grandes portes des palais persépolitains, qui peuvent être présentées comme le type le plus net et le résumé le plus clair de cette nouvelle architecture.

Faisant la part de toutes ces influences, on reconnaît, en résumé, que le couronnement des baies est importé d’Égypte, que le cadre est emprunté aux édifices de Méchhed-Mourgab et les ornements de la baguette et des listels aux écoles gréco-ioniennes ‘.

Les Perses, dans cette adaptation, ne pourraient revendiquer que le goût délicat dont ils firent preuve en reliant avec une extrême habileté des fragments d’origine si diverses.

Il n’est pas jusqu’aux modifications qu’ils introduisirent dans le couronnement égyptien qui ne dénotent chez eux un sentiment très pur de la décoration. Ils con-

i. On peut, à ce sujet, consulter avec intérêt, en outre des portes du Gabre Madérè-Soleiman et du tombeau provisoire (T. I, Fig. 36, et PI. XI), les représentations en pierre des plus anciens monuments en bois de la Lycie et de la Grèce. Je citerai notamment les tombeaux donnés ( I . I , Fig. 29 , et PI. \ II et XV, et T. II, Fig. 47), le modèle d’ouverture reproduit (Fig. 20 et PI. XVIII, Fig. 1) la porte représentée dans la maison phénicienne ( PI. XVIII, Fig. 2) dont le Louvre possède un si curieux modèle et les fenêtres découpées dans les ivoires phéniciens retrouvés à Ninive. Je donnerai la photographie de ces dernières baies dans la troisième partie de cet ouvrage.

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struisaient, en dehors de toute préoccupation hiératique, des monuments en pierre de taille; dans quel but auraient-ils conservé au-dessus de l'arête supérieure du linteau l'image des faisceaux de roseaux destinés à protéger les angles saillants des monuments en pisé de l'Égypte primitive ?

Nous retrouvons dans le cas présent une nouvelle preuve de l'esprit judicieux qui avait conduit les Perses a supprimer dans les monuments en pierre tous les ornements qui rappelaient de trop près les pièces de bois employées dans les constructions en charpentes de la Lycie.

M. Renan a rapporté de Phénicie une collection de sarcophages de forme égyptienne, mais évidemment exécutés sous l’influence des écoles de sculpture de la Grèce. Dans les uns, les bras de la momie sont encore entourés de bandelettes

et dissimulés derrière le vêtement funéraire; dans d’autres, ils se dessinent en léger relief; dans les plus récents, ils sont entièrement dégagés du corps. 11 en est des couronnements des baies de Persépolis comme des sarcophages phéniciens. Des tailleurs de pierres, imbus des idées et des élégances de la Hellade, les ont copiés sur un modèle égyptien, mais ils les ont mis en harmonie avec l'encadrement des anciennes ouvertures.

En fait, tous les membres des portes du Takhtè-Djemchid sont si habilement soudés 'M.ffl/,. entre eux, que l'on serait porté à considérer

l'ensemble de cette œuvre comme l’expression spontanée d’un art local, si l’on ne pouvait en reconstituer l’histoire en s’appuyant sur des données certaines.

Ce n’est pas seulement dans les détails de construction ou d’ornementation des portes que l’on retrouve l’influence persistante de la Grèce. Elle semble même se faire sentir dans le rapport des dimensions de chaque ouverture.

Les Hellènes avaient reconnu, dès une haute antiquité, la nécessité de ne pas abandonner au caprice du constructeur la composition d'un monument, et de rattacher à un module, dont ils employaient de préférence les multiples impairs et carrés, la grandeur de chacune des parties constitutives de l'édifice.

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Fig. 36.

Porte de l’un des tombeaux de Telmissus.

L'usage de ces règles rythmiques les avait conduits notamment à donner aux portes des dimensions dont les mesures étaient en rapport très simple. Ainsi, dans certains monuments de l’ordre ionique par exemple, la hauteur des grandes ouvertures est le double de leur largeur. Ce fait se vérifie notamment à l’Érechthéion (Fig. 17 bis) et aux tombes de Myra et de Telmissus (Fig. 20)

Le devis descriptif de l’arsenal du Pirée prescrit, d’un autre côté, que les dimensions de toutes les baies seront entre elles dans le rapport de 1 à i,5o 1 2.

L’état des ruines de Persépolis ne permet pas, en général, de procéder à des mesures rigoureuses ; il n’est donc pas possible de conclure de quelques exemples très nets à la généralisation de l’emploi de formules harmoniques. On

Apadâna aux cent colonnes. Tombeau des rois. Tombeau provisoire. Gabre Madérè-Soleïman

(2 applications absolument certaines).

peut néanmoins constater, en relevant exactement les dimensions des ouvertures les mieux conservées, que les largeurs des portes des palais aux cent colonnes du tombeau des rois, des tours funéraires de Nakhchè-Roustem, sont, respectivement à leur hauteur, comme 1 est à 2,5o (Fig. 21 ), 2 (Fig. 22) et i,5o (Fig. 23), la hauteur mesurée, comme dans tous les monuments grecs, au-dessus du socle.

1. Les dessins de quelques-uns de ces monuments ont été donnés dans la première partie de cet ouvrage (PI. VII et XV et Fig. 29, p. 3a).

2. Choisy ( l'Arsenal du Pirée , d’après le devis original des travaux, pl. I, fig. 1 et 2, et page 8.

Librairie de la Société anonyme de publications périodiques).

Les baies du Gabre Madérè-Soleïman (Fig. 24) et du petit palais de Darius semblent seules faire exception à cette règle harmonique ; mais cette exception est tout apparente, car la hauteur de la porte du Gabre est égale en réalité à sa largeur augmentée du côté du carré construit sur cette dernière dimension comme diagonale, tandis que la hauteur de la baie centrale du palais de Darius atteint le double de sa largeur augmentée du côté du même carré.

S ils empruntèrent aux Grecs le principe même du rythme architectural, les Perses substituèrent en quelques cas aux rapports arithmétiques des rapports géométriques.

haut-il voir dans cette substitution une application particulière d'une loi générale connue des Grecs, ainsi que semble le prouver un passage de Vitruve ’, où cet auteur conseille comme proportions à établir entre la longueur et la largeur d’un atrium le rapport de la diagonale au côté du carré? Faut-il au contraire reconnaître ici 1 indice d’une modification apportée par les Iraniens au principe modulaire dont on a retrouvé les traces dans la plupart des monuments de la Flellade ?

Je n'oserai, faute de documents précis, me prononcer à cet égard.

Toutefois, les dimensions des monuments voûtés d’origine iranienne se déduisent avec une telle rigueur des combinaisons géométriques du module1 2 * * * * * * 9, que je serais porté à admettre, au cas même où ils auraient importé de Grèce le principe du rythme arithmétique, que les Perses accordèrent de tout temps une préférence marquée aux formules harmoniques basées sur l'exécution d’épures géométriques : car l'emploi de ces formules, je l'expliquerai en décrivant les monuments

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