DEUXIEME DYNASTIE ACHEMENI DE
charpentes, dont la mise en évidence leur fournira d'ailleurs les motifs d'une décoration sévère et harmonieuse : ce sera le modèle consacré des temples doriques en pierre.
La substitution du marbre au bois n'était point illogique, comme on s’est plu à le dire. En quoi pouvait-elle blesser le goût du Grec le plus délicat1 ?
Ce faisant, les Hellènes ne copiaient pas servilement une construction ligneuse, ils remplaçaient en' vérité une maçonnerie de bois d'une durée limitée par une charpente en marbre 2 : n’était-ce pas la conséquence rationnelle, la consécration du désir bien louable qu’ont tous les grands peuples de laisser des monuments impérissables de leur puissance.
La colonne de pierre appelait l’architrave.
J'ai supposé que le temple était primitivement couvert en terre, mais je crois avoir également démontré que les Grecs employaient, en concurrence avec les terrasses inclinées, des fermes légères. Les fermes, en ce cas, s’appuyaient sur le plancher au moyen des entraits et de nombreux potelets, et n’avaient d’autres fonctions que de soutenir, par l’intermédiaire des poinçons et des chandelles, le voligeage et la tuile de la toiture. Le rôle du comble en charpente était tout à fait analogue à celui du matelas de pisé, à cela près pourtant que dans un pays où l’on n'avait point à redouter de trop fortes chaleurs, il chargeait moins les poutres et les solives qu’un prisme plein exécuté en briques crues ou en terre battue.
Que l’entablement et le fronton soient une imitation d’un comble plein ou évidé, mes conclusions doivent donc être maintenues.
Afin de faire saisir plus clairement encore ma pensée à cet égard, j’ai étudié les restitutions de deux types de couvertures, l'une supportée par une charpente, l’autre par un prisme de terre, me référant, pour les profils et les dimensions extérieures, à des constructions en pierre existantes, et pour les dispositions intérieures
1. Cette substitution de la pierre au bois était usuelle en Grèce, parce que chez les Hellènes ces matériaux étaient souvent employés de la même manière. Je citerai les plafonds décoratifs de l’Érechthéion (Choisy, Études sur l’architecture grecque, 3e série, l’Erechthéion) et les soffites des portiques du temple de Thésée. Ce sont deux plafonds à caissons à peu près identiques de formes, et cependant les caissons de l’Érechthéion sont en bois, tandis que les soffites du temple de Thésée sont en pierre.
2. C’est à dessein que j’emploie les mots de maçonnerie de bois. On a découvert il y a quelques années, au Pirée, les débris d’un mur antique dans la construction duquel le bois et la pierre entraient en proportions égales. Les assises de pierres alternaient avec des poutres longues parfois de plus de dix mètres. Ces maçonneries mixtes étaient déjà anciennes au temps de Platon (Egger, Comptes rendus Acad, des inscript, et belles-lettres, années 1867-1868, page 219).
aux charpentes lyciennes, perses et grecques dont j’ai eu souvent déjà l’occasion de parler. Si l’on se reporte à ces tracés, on retrouvera, à la place occupée par l’entrait (Fig. 5 1 ) sur lequel viennent buter les arbalétriers et s’assembler les potelets du comble en charpente, la corniche à larmier (Fig. 44), nécessaire, au même titre que la sablière de la toiture des murs d'Athènes et les madriers supérieurs des terrasses lyciennes et perses, au maintien de la couche prismatique de pisé.
Dans les deux hypothèses, les listels ou filets qui limitent haut et bas la frise signalent le plancher supérieur et le plafond décoratif dont les Grecs firent un fréquent usage, ainsi qu'il résulte des devis descriptifs de la restauration des murs d’Athènes et de la construction du Pandrosion, tandis que le fronton composé de madriers verticaux encadrés dans une forte charpente est un panneau destiné, dans le premier cas, à supporter les abouts du faîtage et des madriers placés au-dessous des briques de la toiture, et dans le second, à limiter le prisme de pisé. Ainsi donc, l’une et l’autre de ces deux formes originaires de couvertures sont acceptables, car, reposant toutes deux sur l’application d'un même principe de construction, elles furent utilisées dans l’antiquité et eurent, quoique à des degrés différents, une influence sur la constitution de l'entablement et du fronton dorique. A mon avis, néanmoins, la présence de la même corniche à larmier sur les quatre faces du temple, la constitution du profil, la hauteur des triglyphes, la disposition du plafond et du plancher, rappellent de plus près le type primitif de la terrasse et le lourd matelas de pisé que les modèles des charpentes légères dont j’ai donné la description.
Ces explications sommaires répondent, je crois, à toutes les objections soulevées par les archéologues allemands et les constructeurs français qui s’étonnent de ne pas retrouver sur le pignon, si le temple est la copie d une construction ligneuse, les traces des extrémités des pannes et des pièces de bois caractéristiques des charpentes modernes à tirant et poinçons. Les traces des pannes ne se retrouvent pas audessous de la corniche du fronton, parce que les pièces qui les auraient laissées n’existaient pas dans le modèle original, et que les principes sur lesquels repose la construction des charpentes et des couvertures modernes et anciennes sont, je ne saurais trop le répéter, essentiellement différents. La force des premières résidant dans la solidité des fermes largement espacées, on a dû faire porter la couverture imperméable sur une forte charpente inclinée, composée de pannes, de chevrons et de voliges; tandis que la résistance des secondes, reposant sur la
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
rigidité du plancher horizontal, on a pu fixer les tuiles soit sur un matelas de terre,
Restitution de la couverture primitive des temples doriques
soit sur des madriers directement placés au-dessus des fermes légères et rappro-
L’Art antique de la Perse. II — 9
chées. Il en est des pannes comme des denticules rappelant les solives des planchers et que certains auteurs voudraient pour cette raison retrouver au-dessous de la corniche de l’entablement dorique; ils oublient que les triglyphes sont des denticules agrandis et espacés, et que ces deux ornements sont, par conséquent, exclusifs l'un de l'autre.
Malgré mon profond respect pour la mémoire de Viollet- Le-Duc, je suis également forcé de relever une à une toutes les objections adressées par lui à la théorie générale de Vitruve et de faire remarquer combien elles perdent aujourd'hui de leur importance.
Les premières critiques de Viollet-Le-Duc portent sur l'équarrissage exagéré des pièces de bois représentées par les triglyphes et sur la position du plafond décoratif du ptéroma, position correspondant, dans les temples de pierre, au niveau inférieur de la corniche
J'ai déjà indiqué l’origine de la dimension des triglyphes : les poutres transversales, n'étant que l'agrandissement des solives du plancher, durent recevoir une hauteur en rapport avec le poids de la terre qu'elles devaient supporter.
L'équarrissage normal de ces bois nous est connu, il est inscrit dans les devis descriptifs de la restauration des murs d'Athènes 1 2, de la construction de l’arsenal du Pirée 3 et du plafond du Pandrosion4. Les côtes, j'en conviens, paraissent élevées à des architectes habitués à ménager des matériaux coûteux, mais proviennent de documents dont l’authenticité est indiscutable.
Tant que le bois fut employé dans la construction de l'entablement du temple, les dimensions pratiques ne furent point dépassées. Ce fut sans doute à cette époque que les constructeurs traduisirent en règles pratiques le résultat de leurs nombreuses expériences sur la résistance des bois et des pierres employés dans la construction des temples et imaginèrent des formules empiriques qui donnaient en fonction de l’une des parties de l’édifice les dimensions de toutes les autres. Sous cette influence se créèrent, dans les différents centres où s’étaient développées des écoles de constructeurs, des règles canoniques qui furent appliquées au tracé de monuments de dimensions restreintes, mais de formes cadencées. Quand les Grecs voulurent
1. Viollet-Le-Duc, Entretiens sur l'architecture , vol. I, p. 5o.