Entret., vol. I, p. 5o
2. C’est bien à dessein que j’ai choisi, malgré son caractère exceptionnel, le portique des Aréphores. Désirant comparer à l’entablement perse un entablement grec, je devais de toute nécessité, pour que mon exemple fût concluant, avoir recours à un portique qui ne fût pas surmonté de fronton.
3. L’Erechthéion, détruit par les Perses, fut reconstruit en 409-407. Incendié de nouveau en 406, il fut restauré en 3g5 - Ainsi que le fait remarquer M. Choisy ( Érechthéion , 3e étude sur l'architecture grecque , page 139), l’art, dès le IVe siècle, entrait dans une voie de décadence. A la belle époque appartiennent le portique nord et la tribune des Cariatides, à laquelle je me réfère.
Dans toute la partie ancienne les Grecs semblent avoir conservé religieusement les dispositions pri-
des édifices athéniens et persépolitains frappe les yeux les moins exercés. A peine
Fig. 52. Fig. 53.
Entablement de la tribune des Aréphores. Entablement des tombeaux persépolitains.
peut-on signaler entre eux de légères différences provenant de la grande hauteur de
mitives. Cette remarque, en ce cas, est du plus haut inte'rêt; car elle donne à l’entablement une forme traditionnelle dont on appréciera aisément toute l’importance «Au portique du nord, par une recherche qui témoigne d’une meilleure époque, le tailloir est séparé de l’échine par un plan de lit: c’est lù l’appareil logique, l’appareil primitif, celui de la plus ancienne colonne ionique qui nous soit parvenue, la colonne de Samos », tandis que dans les portiques est et ouest, qui datent de la deuxième restauration, «le chapiteau est sculpté dans un seul bloc de marbre ».
DEUXIÈME DYNASTIE AGHÉMENIDE. 73
la corniche iranienne et de la saillie du larmier grec ; mais on ne saurait être surpris de légers désaccords, n’affectant en rien le caractère des deux édifices, quand on explique que le premier de ces monuments fut élevé dans un pays où depuis plus de deux cents ans peut-être le bois n’entrait plus dans la construction du temple; que le second est la copie directe des palais persépolitains contemporains des tombeaux1 de Nakchè -Roustem , et surtout quand on tient compte de la diversité des climats, nécessitant en Perse des terrasses plus épaisses et dans la Hellade des larmiers plus saillants.
De la mise en parallèle des deux édifices grec et perse découle une déduction importante : la corniche, la frise et l’architrave du portique des Aréphores sont une imitation faite avec le goût et le tact particuliers aux artistes grecs d’une construction en charpente, l'entablement tout entier se retourne, néanmoins, sur les trois faces comme l’entablement dorique. En outre, il y a lieu de le remarquer, les Grecs n’ont pas craint d'imiter servilement les trois cours de la sablière et les denticules, bien que la copie en pierre d’un monument ionique, c'est-à-dire construit avec du bois de faible équarrissage, soit beaucoup plus irrationnelle que la traduction en marbre des massives charpentes doriques.
Enfin, si l'on a jamais douté que primitivement les ordres dorique et ionique aient été identiques, au volume des bois près, la démonstration en est faite désormais2, car il n'existe pas plus de différence entre l'entablement ionique canonique et celui du portique des Aréphores qu'il n’y en a entre ceux des Aréphores et du Parthénon : le premier se distingue du second par la hauteur de la frise, et le second du dernier par le développement des solives, nommées triglyphes dans celui-ci, denticules dans celui-là.
1. Darius est monté sur le trône en 52 1. Son tombeau doit remonter par conséquent aux premières années du VIe siècle.
2. La distinction des ordres telle que nous l’avons établie n’était pas rigoureusement observée par les Grecs, et à l’origine ils posaient sans scrupule un entablement à triglyphes sur des colonnes à volutes ou un entablement à frise denticulée sur la colonne dorique. M. Hittorff est le premier architecte qui ait appelé l’attention des archéologues sur ce fait caractéristique (architecture polychrome, restitution du temple d’Empédocle) ; cet auteur cite à l’appui de sa thèse de très nombreux exemples choisis en Sicile, sur les côtes de l’Asie Mineure et sur les édifices figurés, sur les vieux vases grecs.
Je partage en tous points, il est inutile de le dire, l’opinion de M. Hittorff, les architectes n’avaient aucune raison constructive pour employer de préférence, dans le couronnement des colonnes, le tore ou la volute, suivant qu’ils établissaient la charpente des planchers avec des bois espacés de fort équarrissage ou des solives à peu près jointives. Un jour pourtant il leur sembla que le tailloir carré, plus massif que les enroulements, convenait mieux que la volute à une ordonnance grave, et ils l'affectèrent au couronnement des colonnes pycnostyles et aux charpentes en gros bois qui les couronnaient.
L’Art antique de la Perse. II j0
Cette identification des deux formes essentielles de l’architecture grecque se lit également avec netteté sur les tombeaux lyciens analogues à la sépulture « amyntoy », dont l'entablement ionien, construit, malgré les dimensions anomales des denticules, d'après les plus pures traditions de l'art asiatique, offre d'étroites analogies avec celui des temples doriques.
C’est à dessein que j'ai comparé tout d'abord les monuments persépolitains et doriques aux édifices ioniques architravés. L’entablement soi-disant complet
Fig. 54. — Entablement ionique canonique.
Fig. 55. — Entablement du portique des Aréphores.
Fig. 56. — Entablement ionique architrave.
est une copie dégénérée du type ionique primitif, et ne saurait s’analyser et se comprendre à moins d’avoir recours aux monuments originaux.
L’entablement canonique (Fig. 5q) se compose en effet de quatre membres : d'une architrave A directement posée au-dessus des supports, d’une frise rudimentaire B que je retrouve dans les denticules, dernières images des chevrons des planchers lyciens ou des triglyphes doriques et de la corniche C qui correspond, suivant l’hypothèse dans laquelle on se place, soit au cours de madriers de la terrasse, soit à l’entrait de la ferme. Reste enfin le large -bandeau D compris entre l’architrave et les denticules. Ce dernier membre de l'entablement improprement désigné sous le nom de frise, puisque dans la synonymie dorique ce terme est affecté à l’étage correspondant aux solives du plafond, ne joue, en réalité, aucun rôle défini dans la construction et ne se retrouve ni dans les types ioniques primitifs, ni dans les monuments perses qui en sont la copie.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
Le zoophoron D, auquel je conserve son appellation afin de le distinguer de lafrise proprement dite B, fut ajouté par les Grecs le jour où le temple dorique fut devenu le type de l'architecture nationale. Les denticules que l’on faisait de plus en plus petits pour accentuer la différence des ordres, parurent maigres en comparaison des triglyphes, et les constructeurs les firent reposer sur le bandeau D afin de donner à la frise, dans l'entablement nouveau, la hauteur relative qu’elle occupait déjà dans l’entablement dorique. Plus tard, meme, ils supprimèrent parfois les denticules et leur substituèrent un ornement ou une moulure.
Cet exemple montre une fois de plus l'esprit avec lequel les Grecs s’inspirèrent des anciennes constructions de bois. Ces édifices , qu’ils avaient soigneusement étudiés au point de vue de leur ornementation et des dimensions relatives, leur fournirent dès l’abord les éléments de la loi modulaire et de la décoration; mais plus ils avancèrent dans la voie du progrès, moins ils eurent de scrupule à s’écarter du modèle primitif et à faire plier au gré de leur génie personnel les traditions ioniques, qu’ils avaient fini par considérer comme étrangères à la Hellade.
Donc, si l’on admet, et personne, je crois, ne songe à le contester, que les constructions ioniques primitives soient une imitation d’édifices en charpente, on est logiquement conduit à cette conclusion, que le temple dorique est également la traduction en pierre d’un type de construction où le bois jouait un rôle prépondérant.
Viollet-Le-Duc, il faut en convenir, était logique dans ses erreurs. Lui et les partisans du système dont il s'était fait le défenseur essayèrent vainement d’expliquer l’entablement en se servant, faute de documents plus précis, des charpentes modernes; ils se heurtèrent à des difficultés alors insolubles, et ils aimèrent mieux renoncer à une théorie qui leur paraissait vicieuse qu’à la rigueur du raisonnement. En outre, ils considéraient la Médie, la Perse, l’Afghanistan et le Béloutchistan comme des pays très riches en bois, tandis que la Hellade, à leur avis, ne porta jamais de forêts et ne put enfanter, par conséquent, une architecture reposant sur l’emploi de charpente. Or, telle n’est pas non plus la vérité E
La constitution géologique des hauts plateaux de la Perse et des plaines de la
i. Remarquons en passant que, si l’immense continent oriental de la Chine à la mer Caspienne, à la
mer Noire et au golfe Persique, fournissait de tout temps, grâce à ses hautes montagnes, à la fertilité
extraordinaire des vallées et à la grandeur des fleuves qui les arrosent, à ses marais et à son climat, une
quantité considérable de bois de toute nature, il ne put jamais en être ainsi en Grèce. (Viollet-Le-Duc
Entretiens d’architecture, vol. I, page 43. )
Chai déc et de la Susiane, de l'Iran, prouvent que toute l'Asie occidentale, sauf les côtes de la Méditerranée, a été de tout temps privée de bois de construction.
Les documents nouveaux et un passage de Platon que j'ai cités nous montrent en revanche les montagnes de la Grèce couvertes de riches forêts.
Au cas même où les arbres eussent été rares, la forme tourmentée des côtes eût permis aux navigateurs de transporter à proximité de leur lieu d’emploi les arbres provenant des rives de la mer Noire ou des côtes de l'Asie Mineure.
J'ai déjà répondu à une dernière objection de M. Viollet-Le-Duc, objection relative à l’absence des traces de pannes sur le fronton, en faisant remarquer dès le début de cette étude que le comble était à l'origine une masse prismatique de pisé recouverte d'un carrelage de brique, dont le fronton représentait l'extrémité.
Si l'on pense au contraire, et cette hypothèse est également admissible, que le fronton est l'image du pignon d'une charpente, tel est le cas des pignons du temple toscan et du tombeau à ogive cité (Fig. 47), on ne doit pas non plus rechercher les pannes au-dessous des rampants du fronton, car ces pièces constitutives des couvertures modernes étaient, ainsi que les chevrons, remplacées dans l’antiquité par des madriers et un voligeage qui venaient buter derrière le chéneau et étaient dissimulés par lui quand la pente du fronton permettait de le retourner au-dessus des rampants.
Trois faits saillants ont été mis en évidence par l'étude comparée des architectures helléniques et iraniennes, tous trois doivent être retenus.
Les entablements grecs, quelle que soit leur variété apparente, ne procèdent que d’un seul type de charpente.
Cette charpente, dont on retrouve le modèle exact à Persépolis, dérive dans ses formes essentielles des dispositions adoptées dans la construction des terrasses en charpente.
Les bois, dans ces entablements primitifs, travaillaient comme les platesbandes en pierre dans les architraves des temples.
Je ne me suis pas occupé des détails de l'ordre : stries, triglyphes, mutules, gouttes, etc. Ces recherches touchent de trop près à l’art grec pour que je songe à entreprendre une étude qui resterait peut-être infructueuse. Dans l’espèce, elle est d’ailleurs d'autant plus inutile que les formes de ces ornements n’infirment pas la théorie des origines des ordres grecs que je viens de développer.
En résumé, l'ordre dorique est la résultante des influences de l'Egypte sur
DEUXIEME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
l’architecture en bois des côtes de la Méditerranée, autrement dit sur l’architecture ionique primitive.
A l’Egypte les Grecs ont emprunté le principe des lourdes colonnes de pierre et l’aspect grandiose de l’édifice ;
A l'art méditerranéen, les planchers horizontaux résistants qui supportaient les terrasses, les éléments de l’ornementation de la frise et de la corniche ;
A l’Egypte ou, plus probablement, à la Phénicie, le principe du chapiteau et de ses ornements.
Mais ils sont redevables à leur génie particulier de l’harmonie des proportions, de l’invention de la modénature, de la mesure parfaite et de la souplesse qu'ils ont apportées dans l’étude et l’adaptation de chaque membre de l’édifice, de ces compromis pleins de délicatesse et de tact entre la logique, la beauté et la rigueur modulaire.
A ce point de vue, le temple dorique 'n'est pas une imitation, c’est un chefd’œuvre parfaitement original.
L'édifice égyptien pèche par l’excès des masses et le manque de détails ; les antiques charpentes de l’Ionie, appuyées sur de grêles supports, couvertes de solives légères, sont les monuments périssables d’un état social voisin de la barbarie.
Le monument dorique, le premier, atteint à la perfection. Quant au temple ionique canonique, il s’éloigne déjà de la véritable tradition grecque.
Cette appréciation ne m'est pas personnelle; c’était celle des Grecs qui, dès le commencement du VIL siècle, remplacèrent dans la Hellade proprement dite, les vieux temples tombés en ruines ou incendiés par des monuments doriques dont la majesté et la mâle vigueur s’harmonisaient avec le caractère 'sévère que devaient revêtir les grands édifices religieux.
Malgré la défaveur passagère qui, à la suite de cette grande évolution de l’art, s’attacha sans doute dans la métropole à l’ordre asiatique, l’antique modèle des constructions en bois des côtes de la Méditerranée fut si habilement modifié, sous l’influence de l’ordre dorique, que si le Parthénon et les Propylées sont restés les œuvres architecturales les plus majestueuses des peuples anciens, l’Érechthéion et le petit temple de la Victoire Aptère sont les plus gracieuses et les plus élégantes.
La digression que j’ai été amené à faire sur les origines des ordres grecs est un corollaire nécessaire du théorème général dont je poursuis la démonstration, à savoir, que les ordres grêles ont pris naissance sur les côtes de l’Asie Mineure,
et que l'influence des constructions ligneuses de ces contrées privilégiées sur la genèse de l’architecture classique a été aussi considérable dans l'antiquité grecque ou romaine que celle des monuments en pierre de l’Egypte.
On ne peut méconnaître le bien fondé de ces conclusions. Les nations, comme les hommes, ont dans leur enfance des élans de franchise que la civilisation leur apprend mal à déguiser, et songent, je ne saurais trop le répéter, avant de se laisser guider par des abstractions , à utiliser les ressources que la nature met à leur disposition.
Les habitants de la Susiane et de la Chaldée, pauvres en bois de construction et en pierre, mais riches en terre plastique, s’ingénièrent à bâtir des monuments en brique; les Égyptiens et les Grecs taillèrent dans leurs merveilleuses carrières les colonnes et les architraves des temples de leurs dieux, tandis que les peuples de l'Asie Mineure, les seuls qui possédassent des forêts abondantes, utilisèrent, sous forme de poteaux, les arbres qui devinrent le prototype des colonnes employées plus tard dans toute l’Asie.
Quand j'étudierai la sculpture persépolitaine r, j’espère démontrer sans peine que la volute et la majeure partie des ornements de l’ordre ionique grec ont été primitivement importés des rives du Nil par les navigateurs phéniciens, et que les arts de la région méditerranéenne, modifiés sous l’influence des idées égyptiennes, qui se propagèrent rapidement le long des côtes à dater de l'invasion des Hyksos et du règne de la reine Hatasou, eurent une influence prépondérante sur la genèse de la décoration des ordres aérostyles et des ornements désignés en général sous le nom d’ornements asiatiques; mais, sans même se préoccuper de ces détails, qui viendront en leur temps apporter une nouvelle confirmation à l'histoire de la colonne proto-ionique, on peut déjà conclure, au seul aspect des légers supports employés dans les édicules des Chaldéens, que les Babyloniens et les Ninivites empruntèrent aux étrangers les formes architecturales qui ne dérivaient pas de la brique, et furent redevables aux Phéniciens ou aux Syriens de la connaissance de l’ordre proto-ionique.
Au moment où Cyrus, vainqueur d’Astyage, montait sur le trône de Perse, cette longue évolution de l'architecture asiatique venait de se terminer. La Grèce, après avoir emprunté aux nations situées sur les rives de la mer Méditerranée les éléments d’une architecture nationale , avait arrêté le type canonique de ses
i. Troisième partie de cet ouvrage.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHEMÉNIDE.
ordres, et rayonnait à son tour de toute la puissance de son génie naissant sur le monde ancien.
Quand Cyrus voulut construire ses palais de Méchhed-Mourgab, il subit, peutêtre à son insu, l'influence réflexe de la Grèce, qui se fit sentir deux siècles plus tard jusque sur les arts bouddhiques de l’Inde1, et emprunta à l’Ionie le modèle des portiques du palais et du Gabre Madérè-Soleïman. C’est ainsi que s’expliqueraient les analogies que l'on a signalées entre les supports élancés des édicules chaldéoassyriens, les colonnes ioniques et celles de Méchhed-Mourgab. La ressemblance de tous ces supports provient de ce que les Perses et les Chaldéens, incapables de créer spontanément les ordres d’architecture, copièrent, à des époque^ fort éloignées, des modèles provenant des mêmes régions. Par conséquent, il ne faut point aller chercher en Assyrie, mais en Asie Mineure, l’origine des formes et de la disposition des colonnes retrouvées dans la plaine du Polvar.
La discussion que j’avais été forcé d’ajourner jusqu’ici de cet élément essentiel de l’architecture du premier empire perse est close. Il me sera désormais facile d’entreprendre la description et l’étude des supports isolés des palais du Takhtè- Djemchid.
i. Il existe encore un certain nombre de monuments indiens de cette époque; les plus connus sont le Takhtè-Bahai et le monument de Sewat. Les architraves, les pilastres, les chapiteaux, quelques têtes d’un caractère charmant, transportes au South Kensington Muséum, sont du style grec le plus caractérisé.
Description générale des colonnes de Persépolis. Elles peuvent être réparties en quatre groupes. Rôle du chapeau bicéphale. Origines des formes du chapiteau et des bases des colonnes perses. — Les ordres persépolitains dérivent des ordres de Méchhed-Mourgab et des ordres légers de l'architecture civile de l’Égypte. Antes.
Les colonnes des palais du Takhtè-Djemchid sont extrêmement élancées et placées à une grande distance les unes des autres. Elles sont légèrement coniques, se composent de longs segments de pierre dure, et reposent sur une base distincte du fût. Ces caractères saillants des ordres perses sont communs aux colonnes de Méchhed-Mourgab, et accusent entre les monuments des deux dynasties achéménides des analogies et une unité d’origine dont il était naturel de soupçonner l'existence.
Si l’on ne s'en réfère qu'à la forme de la base et des chapiteaux, on peut séparer les colonnes persépolitaines en quatre groupes bien distincts.
Le type le plus simple a été reproduit sur la façade des tombeaux des rois (Fig. iSetT. I, PI. X). Le fût est lisse; la base, composée de deux tores de diamètres inégaux, repose sur un double socle carré; le chapiteau, plat et allongé, est constitué par la réunion des parties antérieures de deux taureaux accroupis. Ces animaux portent des colliers décorés de rosaces semblables à celles qui ont été sculptées sur les encadrements des portes. Tous leurs poils sont soigneusement frisés.
Ces étranges chapiteaux présentent une disposition qui paraît être particulière à l’architecture persépolitaine. Ils étaient tous traversés par une pièce de bois de section rectangulaire dont on retrouve l'image dans les corbeaux disposés audessous de l'entablement des tombeaux de Nakhchè-Roustem. L’entaille ne suit pas le cou des animaux; elle est creusée suivant le profil de la longrine qui se trouve ainsi encastrée dans la pierre.
Les pièces en bois placées dans ces conditions n’avaient point des dimensions suffisantes pour résister au poids de la terrasse placée au-dessus des planchers supérieurs. Aussi bien leur fonction était-elle tout autre que celle des poutres. Des-
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
tinées à s’opposer, par leur rigidité, au roulement des colonnes, elles reliaient d’une manière invariable des supports exceptionnellement grêles dont on avait à dessein exagéré l’écartement et la hauteur.
Cette pratique, fort rationnelle d’ailleurs, est d’autant plus intéressante à signaler qu'elle s'est longtemps perpétuée en Orient. Si l’on ne rencontre pas dans l'architecture arabe de chapiteaux traversés par des cours de longrines, on remarque au moins que dans les arcatures posées sur colonnes, les arcs sont réunis à leur naissance par des chaînages en charpente qui maintiennent l’exacte verticalité des supports.
La forme du chapiteau était consécutive aux fonctions qui lui avaient été assignées dans l’édifice. On reconnaît, dans l’épannelage des taureaux bicéphales, comme dans l’épannelage de la double volute ionienne, le chapeau placé dans toutes les colonnades en charpente entre le fût et la sablière. Il ne peut s’élever de doute à cet égard. Le seul choix du sujet et de l’animal sculpté sur le chapiteau est difficile à expliquer, d’autant que le bœuf ne s’est jamais acclimaté en Perse et qu’il y est toujours resté maigre et chétif.
Faudrait-il voir dans le taureau l'image emblématique des nations vaincues par la Perse et condamnées à supporter la toiture des palais des princes achéménides?
Un bas-relief reproduit sur tous les escaliers représente, en effet, la victoire d’un lion et la défaite de l’animal dont l’image a été sculptée sur les chapiteaux 1 . La bête fauve se précipite sur son ennemi, le mord à la cuisse et lui casse les reins d’un formidable coup de patte. Quelque séduisante que soit cette hypothèse, je ne suis guère porté à l'adopter, d’abord parce qu'elle ne me semble pas conforme à l’esprit politique de Cyrus et de Darius, qui essayèrent de s’attacher les nations vaincues, et évitèrent toutes les occasions de les humilier, et en second lieu parce que j’ai peine à admettre, à moins de preuves décisives, que dans les périodes historiques où se crée une architecture nouvelle, les constructeurs se laissent guider par des préoccupations étrangères à leur art.
Fm étudiant, dans la troisième partie de cet ouvrage, les ornements persépolitains, j’établirai que les origines du chapiteau bicéphale sont essentiellement rationnelles, étant admis toutefois que l’architecture de Persépolis comme celle de Méchhed-Mourgab sont d’importation étrangère.
i. Le chapiteau et le bas-relief cité seront donnés dans la troisième partie de cet ouvrage. L’Art antique de la Perse. II It
Je classerai dans le deuxième genre de colonnes les supports intérieurs du grand palais de Xerxès (Fig. 57).
La base ne se distingue pas de celles qui viennent d'être décrites; mais les fûts des colonnes des palais, comme celui de l’antique sanctuaire de Delphes, étaient décorés de quarante-huit cannelures juxtaposées et tangentielles.
Le chapeau ne repose pas non plus directement sur l’extrémité de la colonne. Trois membres d’architecture établissent une transition élégante, quoique trop compliquée, entre le fût et le corps des taureaux (PI. XVII). Le caractère de la silhouette et la masse décorative de ce nouveau chapiteau sont très franchement égyptiens. Dans cet échafaudage compliqué, on reconnaît sans peine une interprétation des modèles exubérants adoptés en Egypte dans les anciens monuments civils et dans les édifices religieux du moyen et du nouvel empire.
Il suffit, en effet, d’associer au campanille renversé des colonnes du temple de Toutmès III r un des chapiteaux d’Edfou, et de surmonter cet assemblage des tètes cie lions accouplés que l’on retrouve dans les représentations peintes des colonnes (Fig. 58-62), pour reconstituer en son entier le chapiteau persépolitain (Fig. 63). Qui
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE. 83
sait même si la réunion de ces éléments n’était pas déjà laite en Égypte, et si 1 archi-
Fig. 58 à 63. — Éléments constitutifs du chapiteau persépolitain.
tecte perse ne s’est pas borné à substituer à l’abaque tétracéphale le chapeau allongé que lui avaient appris à construire les peuples de la Méditerranée.
Grâce à cette succession de motifs, les Perses purent passer sans heurt des quarante-huit cannelures du fût aux seize oves allongés tracés sur la campanule renversée, des oves aux huit nervures du second membre du chapiteau, des nervures aux quatre arêtes du prisme orné de volutes, et du prisme enfin au chapeau bicéphale. Cet étrange couronnement, réservé aux supports intérieurs, donnait aux colonnes une élégance en rapport avec la décoration des plafonds et des murs, et s’harmonisait mieux que tout autre avec la disposi- 63
tion delà charpente et la symétrie des salles, car, si le chapeau bicéphale paraissait
soulager les poutres posées au-dessus des colonnes, les trois autres membres du chapiteau accentuaient l'équilibre parfait de la construction.
Fig. 64. — Base de colonne des portiques de l’apadâna de Xerxès.
A l’extérieur, au contraire, comme il n’y avait aucun inconvénient a signaler la
forme longitudinale des porches, le chapiteau fut réduit à sa partie essentielle, c està-dire au chapeau directement posé sur le fût de la colonne.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
Ces supports extérieurs (PI. XIII) reproduisent a peu près, comme disposi-
Fig. 72. — Base de colonne intérieure de l'apadâna aux cent colonnes.
tion, ceux des façades des tombeaux; ils ne s’en distinguent que par leur grande
taille, les cannelures du fût et la forme du socle (Fig. 64).
Le double tore placé à la base des colonnes ne repose plus sur un dé cubique, mais sur un tambour dont la section verticale affecte la forme d’une doucine allongée.
Cette surface, qui enveloppe la base et le socle des colonnes des monuments pharaoniques, fut aussi empruntée aux Egyptiens. Je l'ai retrouvée telle qu'elle est employée, à Persépolis (Fig. 71 ); dans les temples de la Nubie ', elle est également figurée sur les représentations peintes des édifices civils et religieux (Fig. 65 à 70 )2.
Sur le tambour sont gravées vingt-quatre stries longitudinales.
Quant à la base proprement dite, elle est trop connue et trop classique pour qu’il soit nécessaire d’en indiquer l’origine.
J’aurai terminé cet exposé en faisant remarquer que les fûts des supports du grand vestibule placé à l’entrée du Takhtè-Djemchid (PI. XIX) de la salle hypostyle du palais aux cent colonnes et de l’apadâna de Suse, reposent sur une base en tout analogue à celles des portiques du monument de Xerxès et sont couronnés par le chapiteau complet. Cette dernière forme de colonnes est la plus compliquée de toutes celles que j’ai trouvées dans les monuments achéménides.
Je me suis demandé si les Perses avaient appliqué à la détermination des différentes parties de leurs édifices les règles modulaires dont j’ai cité une application en décrivant les portes et les fenêtres des palais; mais il m’a été impossible de mesurer assez rigoureusement la hauteur des colonnes pour rien affirmer de précis à cet égard. En comparant sur mes carnets les cotes prises au théodolite, j’arrive à des résultats approximatifs qui donneront, faute de mieux, une idée de l’extrême élégance des ordres persépolitains.
Façade des tombeaux .
Diamètre du fût à la base .... on'6o
— au sommet. . . . om4S
— au milieu .... onié4
Hauteur de la base om52
— du fût. . . . 4,U4Î>
— du chapiteau imc2
Hauteur totale de la colonne. . . 5 111 9 7
— de l’entablement 1 m6 1
Distance horizontale des colonnes
mesurée d’axe en axe 3 m 1 7
Palais de Darius.
Diamètre du fût à la base om545
Hauteur présumée des colonnes déduite de la hauteur despiliers. 6moo
Distance horizontale des colonnes mesurée d’axe en axe 3m5o
Palais de Xerxès. Portiques latéraux.
Diamètre du fût à la base
— au sommet. . . .
— au milieu
Hauteur totale de la base
imb3
— du fût
— du chapiteau. . .
— de la colonne. . .
i om5o
Distance horizontale des supports mesurée d’axe en axe Sm74