Loftus, Chaldœ and Supan
2. M. Choisy ( l'Art de bâtir chef les Byzantins, page 171) a relevé de nombreuses marques d’ouvriers sur des monuments grecs, ioniens et byzantins. La coutume de marquer les pierres, dont je retrouve les traces en Perse, paraît être d’origine grecque. Elle se répandit sur les côtes de la Méditerranée, mais ne devint jamais d’un usage général en Occident. Ces marques nous révèlent un mode de comptabilité spécial en harmonie avec les instincts et les aptitudes de la race hellénique. Il semble, en effet, que l’ouvrier grec était d’ordinaire payé à la tâche, et non à la journée, comme le furent au contraire les ouvriers romains et gallo-romains.
i2 L’ART ANTIQUE DE LA PERSE. .
Le soubassement de Madérè-Soleïman n’a jamais été terminé; la preuve en est facile à faire : elle ne résulte pas précisément de l’imperfection des parements ( les plus beaux édifices de la Grèce, les Propylées, le grand temple d'Éleusis, par exemple, offrent des anomalies semblables), mais de l’état des assises supérieures.
Fig. i3.
A côté de pierres terminées sur toutes leurs faces, et dans lesquelles on n’a pas préparé les scellements des crampons, on en rencontre quelques autres dont les lits ou les joints même sont à peine ébauchés (PI. IV). Il serait difficile de décider si cette pratique de ne tailler sur chantier et avant le levage que les faces destinées a être mises en contact avec celles des pierres déjà posées, était la conséquence de précautions nouvelles prises en vue de ménageries arêtes; mais ce qu’il est permis d affirmer, c est qu’il n’était matériellement pas possible de continuer les travaux
PREMIÈRE DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
avant d’avoir réglé les lits ou les joints laissés à l’état d’ébauche, et, par conséquent aussi, que cet édifice a été abandonné en cours de construction.
On admet généralement que les monuments de la plaine du Polvar ont été élevés sous le règne du grand Cyrus : la discussion de leur forme architecturale, que je suis forcé de rejeter après leur description, fournira des preuves irrécusables de cette origine. J’ai donc été amené à penser que le renvoi des ouvriers dut coïncider avec un grave événement politique qui se produisit en Perse avant 1 époque de Darius et dont le contre-coup se fit sentir à Méched-Mourgab.
Selon toute probabilité, Cyrus, en bâtissant le Takhte, se proposait délever une base digne des nouveaux palais qu’il avait le projet de construire à Madérè- Soleïman. Ses longues guerres l’empêchèrent de donner une impulsion vigoureuse aux travaux, et la mort vint le surprendre avant qu’il n’eût pu terminer cette grande œuvre. Les chantiers, abandonnés sous le règne si agité de Cambyse, furent définitivement désertés, lorsque Darius, reprenant le projet de Cyrus, l’agrandit à la mesure de son nouveau royaume et fit bâtir le soubassement des palais de Persépolis.
Le Takhtè-Madérè-Soleïman serait donc le premier modèle de la terrasse du Takhtè-Djemchid, et l’interruption des travaux se rapporterait exactement à l’époque où finit l'architecture du premier royaume, par conséquent aussi au moment où Darius fonda la ville d’Istakhar, à l’entrée de la plaine de la Merdach.
L’Art antique de la Perse.
S ni
Tombeau de Cambyse, tours de Méched-Mourgab et de Nakhchè-Roustem ; analogies entre ces monuments et les tombeaux lyciens. — Description, d’après Aristobule , du tombeau de Cyrus. — Identification de la tour de Méched-Mourgab avec le tombeau de Cambyse l’ancien, de la plaine du Polvar avec le champ de bataille de Pasagarde, et de Méched-Mourgab avec la ville de Marrhasium ou Pasagarde, fondée par Cyrus à la suite de sa victoire sur Astyage. — Tombeau provisoire de Nakhchè- Roustem. — Dispositions prises pour faciliter l’entrée et la sortie des sarcophages, ainsi que le changement des inscriptions placées au-dessus de la porte du tombeau.
A une faible distance du soubassement de Madérè-Soleïman s’élève la façade
d’un petit édifice ruiné (PI. V) qu’il eût été difficile de reconstituer, s'il n’en existait une reproduction fort bien conservée au-devant des tombes royales de Nakhchè-
Fchelle de oœoo6 6.
Fig. 14. — Plan du tombeau provisoire. Fig. i5. — Plan du tombeau de Cambyse.
Roustem (PI. VI). Les plans de ces deux constructions, les élévations, les détails d’architecture, sont presque superposables : la description de l’un des deux monuments s'appliquera donc au second (fig. 14, 1 5 , 17, 18).
Tous deux sont carrés en plan et construits en pierres calcaires assemblées
PREMIÈRE DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
sans mortier, mais reliées, comme celles du Takhte, par des crampons en double queue d’aronde (fi g. i5, 16 et 20). Leur forme générale est celle d’une tour carrée pleine à la base. La partie supérieure des deux édifices est occupée par une salle très simple d’aspect (fig. 19) : le plafond est formé de belles dalles juxtaposées, les murs sont nus, les coins arrondis. On ne peut trop louer le soin avec lequel le raccord et la liaison des murs ont été étudiés. L’appareil des angles est composé d’assises alternées de longues boutisses et de carreaux taillés en équerre rattachés aux pierres voisines par de nombreux crampons (fig. 20).
Cette combinaison est excellente et dénote chez le constructeur une connaissance approfondie de l’art de bâtir. Une porte de dimensions restreintes met cette pièce en communication avec l’extérieur. Dans l’épaisseur de la dalle qui forme le seuil, mais à la tour de Nakhchè- Roustem seulement, on a ménagé deux glissières parallèles dressées suivant un plan incliné
Fig. 16. — Détail de l’excavation préparée pour recevoir les queues d’arondes.
échelle de om,o33.
Fig. 17. — Détail de la corniche Fig. 18. — Détail de la corniche
du tombeau provisoire. du tombeau de Cambyse.
et disposées de manière à faciliter l’entrée d’objets très lourds dans ce petit édifice. Un escalier dont les fondations et les arrachements sont encore visibles conduisait jusqu’à la porte (fig. 19 et PI. V, VI et XI).
A l’extérieur, des piliers saillants renforcent les angles de la construction (PI. V et VI). Le couronnement est constitué par un ornement denticulé formant corniche ; les fausses baies que l’on remarque autour de l’édifice ont été exécutées en basalte très noir afin de simuler des ouvertures réelles; elles sont entourées
d'un double encadrement reposant sur un accoudoir. Ces fenêtres constituent à elles seules l'ornementation très sobre de la tour. Les alvéoles rectangulaires distribuées avec symétrie sur les quatre faces devaient indiquer par leur profondeur l’épaisseur de la pierre à enlever au moment du ravalement; leur rôle constructif ne saurait être autrement déterminé. On les a conservées par économie;, ou peut-être
Fig. 19. — Coupe transversale du tombeau provisoire. Echelle de om,oi p. m.
pour enlever de la monotonie à de grandes surfaces lisses, au même titre que les ciselures du Takhte ou les tenons en pierre et les bossages retrouvés dans quelques monuments grecs, tels que les fortifications du Pirée (fig. 4 et 5).
Bien que les tours de Méched-Mourgab et de Nakhchè-Roustem paraissent avoir été appareillées par des Grecs, elles ne présentent, sauf l'ornement denticulé, aucune des formes architecturales généralement admises dans la Hellade. Elles ont,