Schliemann, Mycènes, p. 218, fig. 214 a
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entourèrent l'œil du merlon d'un double listel en 'forme de cadre de fenêtre et à l’intérieur assirent le crénelage sur un quart de rond orné d’une double rangée d’oves.
Le dessin du balcon est absolument distinct de celui de la rampe (PL VII). Ici encore l’artiste a fait preuve de goût en supprimant les nierions, qui n’auraient point permis de s'appuyer sur l'accoudoir, et en faisant sculpter sur la surface extérieure du balcon les tiges d’une graminée fort abondante dans la plaine de la Merdach.
En résumé, et comme il était permis de le supposer, le décorateur persépolitain, comme l’architecte lui-même, s’est tour à tour inspiré des modèles employés d’une manière usuelle en Grèce ou en Égypte; au point de vue de la technique, il est resté franchement grec. Le dessin de chaque ornement est pur et régulier, la taille, nette et vive, est en tout comparable à celle des plus beaux ornements des édifices de l’Acropole. Fort différents de ces derniers vont être les caractères distinctifs de la statuaire perse.
Je viens de discuter les origines des ornements grecs et perses, et j’ai conclu de cette étude que les plus connus d’entre eux étaient d'invention égyptienne ou hellénique. L’architecture classique, avec tous les ornements qu’elle comporte, se serait donc élaborée sur les côtes de la Méditerranée, tandis que la Chaldée et la Susiane auraient donné naissance aux arts musulmans. Ce sont de grands courants qui s’avancèrent longtemps sans confondre leurs eaux. L’Occident a fini par emprunter la voûte et la coupole à la Perse; l’Orient, en retour, a adopté les légères colonnes sur lesquelles les premiers Musulmans firent reposer la toiture de la mosquée et le plan du péribole à portique placé devant le temple 1 ; mais ces tentatives de fusion n’ont pas réussi à modifier les grandes lignes de démarcation qui ont distingué depuis la plus haute antiquité les architectures méditerranéennes et chaldéennes : l’Italie, la France et les États européens de l’Occident sont demeurés fidèles à la colonne, au plafond, au fronton, à la pierre et à l’ornement sculpté ; la Perse, héritière directe des traditions de la Chaldée, et,
i. M. G. Perrot, dans un article très ingénieusement présent é [Histoire de l'art dans l'antiquité , Phénicie, % IV, p. 241), a montré que le péribole à portique constituait avec une cella centrale les organes essentiels du temple phénicien. Il semble donc que le principe du plan si intéressant du Gabre Madérè- Soleïman soit d’origine phénicienne. Je ne verrais rien de surprenant ù une pareille filiation. J’avais prévu (T. I, p. 55} que Cyrus, après l’annexion de Tyr et de Sidon, avait dû s’inspirer de la civilisation phénicienne. C’était un acheminement vers les modèles égyptiens.
après clic, Byzance et le monde de l’Islam sont restes attachés aux murs pleins, aux lourds massifs de brique, à la coupole, aux revêtements de faïence et aux ornements gravés. Seules, l'Égypte et la Grèce, la mère-patrie de nos arts et de notre civilisation, ont oublié leurs vieilles traditions et se sont laissé conquérir par l’Orient, l'une dès Constantin, l'autre au lendemain du triomphe de Mahomet.
Faut-il s'en réjouir? Je le crois, puisque c'est à Byzance que nous devons Saint-Marc, Saint-Front et Saint-Pierre de Rome.
Fig. ni. — Escalier du palais de Darius.
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Bas-relief de Méchhed-Mourgab. — Bas-reliefs du palais de Darius. — Combat du roi et du Monstre. — Lutte du Lion et du Taureau. — Rampes des palais. — Bas-relief de l’apadâna aux cent colonnes. — Dais royal. Costume des Perses et costume des Mèdes. — Armes. — Taureaux ailés. — Intailles. — Monnaies. — Caractères généraux de la sculpture persépolitaine.
A Méchhed-Mourgab et à Persépolis, les bas-reliefs sont répandus à profusion sur toutes les surfaces lisses des pierres utilisées dans le monument, c’est-à-dire sur les tableaux des portes et sur les murs supportant les escaliers des palais. Leur place dans l’édifice résulte donc de la position qu’occupent les matériaux susceptibles de les recevoir.
La plus ancienne sculpture perse est celle qui reproduit, à mon avis, les traits du grand Cyrus (T. I, PI. XVII). J’ai déjà décrit avec détail ce bas-relief, et je n’en reparlerais pas s’il ne se rattachait autant par les attributs placés autour de l’image que par le style de l’œuvre aux traditions assyriennes, et si par cela même il ne marquait une transition entre l’art ninivite et l’art persépolitain.
Le relief est faible, le dessin de la tête, du bras et de la main est déjà soigné. J’ai comparé cette figure au guerrier improprement désigné sous le nom de Soldat de Marathon. Quand on a vu les deux originaux, cette impression est très persistante, bien que l’œuvre perse l’emporte de beaucoup en délicatesse sur le basrelief grec.
Nous ne connaissons aucune sculpture remontant au règne tourmenté de Cambyse IL Darius et ses successeurs ont laissé, au contraire, un assez grand nombre de bas-reliefs pour que certains d’entre eux nous soient parvenus en bon état. En faisant un choix entre ces derniers, il m’a été possible de donner un spécimen de chacun des sujets traités dans les palais des princes achéménides.
La scène la plus souvent reproduite à Persépolis est imitée d’un épisode légendaire des chasses d’Isdubar, le non moins légendaire roi de Chaldée. Ce mythe, comme on le sait, est un des plus anciens qu’aient traités les graveurs chaldéens. On en retrouve des représentations sur les plus vieux cylindres (Fig. 1 12) ’.
i . Recherches sur la glyptique orientale, J. Menant (pl. Il, fig. 2 et 3, p. G5 et passim ).
L’Art antique de la Perse.
Un lion, un taureau, parfois aussi un animal fantastique, se dresse sur ses pattes de derrière et se précipite sur le souverain (PI. XVII).
Le monarque reçoit le choc de la bète sauvage avec le calme dont ne doit jamais se départir un souverain oriental; de sa main gauche, il maintient la tête de l'animal, tandis que, de la main droite, il lui plante une dague en pleine poitrine.
Fig. U2. — Combat d'Isdubar et d’un monstre. Cylindre chaldéen archaïque (Collection de Clercq ).
Le dessin et le modelé de l’œuvre perse sont d’un bon style, l’exécution parfaite. La musculature du monstre est bien étudiée, les vêtements du roi sont drapés avec une certaine science. Tout le sujet est fort en saillie sur le nu de la pierre; les plans ne sont plus indiqués comme dans le portrait de Cyrus ou les bas-reliels égyptiens et assyriens par la disposition des contours, mais par la dégradation des reliefs.
Les Grecs archaïques s’inspirèrent, eux aussi, delà chasse d’Isdubar et l'ajustèrent à des sujets tirés de leur mythologie nationale ; ils se contentèrent de modifier le costume ou la figure du héros et du monstre, mais respectèrent toutes les attitudes.
Il est intéressant, à cet égard, de mettre en face de l’œuvre persépolitaine une peinture grecque du VIIe siècle représentant la lutte de Thésée et du Minotaure (Fig. ii 3) 1 et un bas-relief de la nécropole de Xanthe remontant à peu près a
i. Ce skyphos a été publié par M. Rayet [Galette archéologique, 1884). Il provient de sa collection ;
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l’époque de Cyrus, où le sculpteur nous fait assister au combat d’Hercule contre le lion de Némée (PI. XVI). Le même mythe chaldéen a inspiré les trois artistes : Darius, I hésée, Hercule, procèdent aussi légitimement d’Isdubar que le Minotaure, le lion de Némée et le monstre perse du taureau androcéphale et des bêtes tuées par le héros chaldéen. Figé dans le même moule hiératique, on retrouve sous ces diflfé-
F.g. 1 1 3. — Thésée et le Minotaure (D’après une peinture exécutée sur un skyphos grec).
rents aspects le même squelette, le même mannequin. Ne dirait-on pas que pendant plus de trois mille ans les sculpteurs du monde ancien, sauf les artistes d’Égypte, se soient repassé un modèle rigide inventé en Chaldée et se soient contentés de le couvrir d’oripeaux différents? C'est à peine, en effet, si des tableaux de provenance si diverse se différencient au premier abord par la nudité des chasseurs ionien et chaldéen. A ce détail pourtant les tendances de l'art grec se font déjà pressentir.
11 faut bien l’avouer, le sculpteur perse était dès cette époque supérieur au sculpteur ionien. Les Iraniens s’étaient inspirés aux mêmes sources que les Hellènes et avaient, dans leur premier essor, produit des œuvres remarquables, mais ils
Voir également, à ce sujet, une pierre gravée découverte dans les fouilles de Mycénes (Schliemann, My cènes, p. 254, fig. 2 53).
ne tardèrent pas à s’arrêter en route, tandis que les Grecs continuaient à s’avancer à grands pas dans la voie qui devait rapidement les mener à la perfection.
Le bas-relief précédent provient du palais de Darius, palais, dont j’ai donné la restitution, et décore le tableau de la porte qui mettait en communication le porche avec les pièces situées dans l’aile droite de l'édifice. On le distingue dans la photographie générale des ruines de ce monument (T. II, PI. XXII).
Sur la porte centrale du même palais, Darius n’est plus représenté dans l’attitude du roi chasseur. Le monarque sort, il est suivi de deux officiers portant le parasol et le flabellum (T. Il, PI. XVI . Le sujet est traité avec les qualités et les défauts de goût inhérents au style solennel des Achéménides. C’est ainsi que l’artiste, pour indiquer par un artifice flatteur le rang suprême dont son modèle est revêtu, a donné au khchàyathiya une stature plus élevée qu'à ses deux suivants. L’ombrelle que le serviteur tient au-dessus de la tête du souverain n’a pas seulement pour objet de servir d'abri ; le parasol, instrument bien précieux dans un pays où le soleil est aussi brûlant qu’en Perse, ne pouvait être porté sans doute, chez les Iraniens et chez les Assyriens, que derrière le roi, les princes et les gouverneurs des provinces. La haute canne sur laquelle s’appuie le monarque est, à n’en pas douter, un autre insigne royal; elle est restée de nos jours l’apanage exclusif des plus hauts personnages du clergé chiite.
Je citerai encore, dans le palais de Darius, un bas-relief placé à l’extrémité inférieure du mur de soutènement supportant l’escalier (PI. XVIII . Il représente le combat d’une sorte de taureau avec un lion. La bête sauvage mord à la cuisse son ennemi, et d’un coup de sa puissante patte lui brise les reins. Les attitudes sont vraies, l’épaule et la patte du lion supérieurement traitées, mais l’ensemble du sujet perd beaucoup par le fait même de son caractère hiératique.
On reconnaît dans la tète de l’animal attaqué les principaux traits des taureaux placés comme chapiteaux au-dessus des colonnes extérieures des palais; cette scène, pas plus que les chapiteaux bicéphales, n’avait un sens symbolique. J’ai donné {supra, p. 64) les raisons qui m’empêchaient de voir dans les chapiteaux persépolitains l’image des nations vaincues par le grand roi; la défaite du taureau n'est pas allégorique et ne correspond pas non plus aux victoires du lion de Perse. Les Iraniens, après avoir imité des étrangers le type du chapiteau, empruntèrent à l'imagerie chaldéenne le sujet du bas-relief. Cette représentation est de celles qui turent le plus souvent traitées dans l’antiquité. Elle est gravée sur les cylindres babyloniens
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(Fig. 1 14) et assyriens, sur des vases, des cachets et des pierres de l’époque des Atrides l, et sculptée sur les tombeaux de Xanthe (PL XVI ).
Un détail bien particulier aux reproductions perses et ioniennes montre avec clarté la liaison des écoles primitives de l’Iran et des colonies grecques. Dans les deux bas-reliefs, la crinière du lion est représentée par une superposition d’écailles
Fig. 1 1 4. — Cylindre chaldéen (Cabinet des Médailles).
frisées à leur extrémité. C’est là, évidemment, la traduction conventionnelle des poils que les Assyriens traitaient avec quelque symétrie, mais qu’ils rendaient cependant d’une manière plus réaliste que leurs successeurs.
Au-dessus du triangle occupé par ce dernier bas-relief, on voit des serviteurs chargés de vivres monter les marches fictives de l’escalier reproduit sur le parement extérieur delà balustrade (T. II, PI. XV). L’idée de cette singulière ornementation est peut-être égyptienne. Sur les bords du Nil, les personnages disposés le long des degrés sont en général des prêtres faisant partie des théories qui se déroulaient à certaines fêtes dans les cours et sur les terrasses. Il ne saurait être question, à Persépolis, de cérémonies religieuses; il est à présumer que nous assistons aux défilés des cadeaux offerts aux fêtes du Nôrouz à tous les souverains iraniens.
Les bas- reliefs que je viens de décrire sont communs à tous les palais persépolitains ; dans l’apadâna aux cent colonnes, les dimensions considérables