Strabon, 1. XV, g iii
4. Hérodote, III, 12 : « J’ai vu là une chose très surprenante que les habitants m'ont signalée. Les
ossements de ceux qui, de chaque côté, sont morts dans le combat (de Cambyse contre Psamménit sur la bouche pélusienne du Nil) gisent séparés, ceux des Perses d’un côté, ceux des Égyptiens de l’autre, à la même distance qu’avant de se prendre corps à corps, et les crânes des Perses sont si faibles que si tu veux les frapper a . ec un seul petit caillou tu les perces; ceux des Egyptiens, au contraire, sont si durs que tu les romprais difficilement en les heurtant avec une grosse pierre. Ils m’en ont donné le motif, et je n’ai pas eu de peine à le croire : c’est que les Égyptiens commencent tout enfants à se raser la tète et que leur crâne s’épaissit par l’action du soleil. La même cause conserve leur chevelure; en effet, nulle part on ne verrait aussi peu de chauves qu’en Égypte : voilà donc pourquoi leur crâne est si dur. Celui des Perses, au contraire, n’a point de force, parce qu’ils se tiennent à l’ombre dès le jeune âge en portant des tiares de laine foulée. J’ai vu ces choses comme elles sont, et j’ai fait la même remarque à Paprémis *>
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
Méchhed-Mourgab sont plus anciens que les monuments persépolitains, et que le bas-relief retrouvé dans cette ville (T. 1, PI. XVII) représente bien le grand Cyrus.
Les bas-reliefs nous apprennent encore que le costume médique était porté de deux manières distinctes. A la chasse, à la guerre, et probablement dans toutes les occasions où ils avaient besoin de leur liberté d’action , les grands seigneurs perses relevaient leur jupe dans la ceinture et rejetaient leur manteau sur l’épaule. Tel Darius est représenté à Persépolis quand il tue le monstre (PI. XVII), ou sur les dariques lorsqu’il lance des flèches (Fig. 120). A la cour, la robe tombait en longs plis jusque sur les pieds. Ce costume était aussi la tenue uniforme des gardes royaux, les immortels sans doute qui approchent le plus le souverain; tandis que d’autres soldats, ceux-là que leur service appelait souvent au dehors, portaient pour tout vêtement une tunique serrée à la taille et le pantalon, Yanaxyris qui signale les Parthes dans toutes les sculptures romaines.
La tiare et la mitre sont également reconnaissables. La tiare paraît être de deux modèles différents. Elle affecte la forme d’un tronc de cône comme la toque de nos juges et pare la tête du roi et de ses gardes particuliers, ou bien est hémisphérique; elle peut être faite d’ailleurs en feutre mou ou durci. La mitre est la coiffure du garde placé à la droite du dais, du flabellifêre et des personnes qui gravissent l’escalier (T. II, PI. XV, et T. III, PI. XIX). Elle ressemble à s’y méprendre au bonnet italien dont on couvre toujours la tête du Dante, ou mieux encore au bachlik russe. Comme celui-ci, la mitre est formée d’un capuchon à longs pans, les extrémités s’enroulent autour de la tête, reviennent sous le menton et se rejettent sur les épaules. Parfois elle paraît se réduire à une simple pièce d’étoffe ; en ce cas, on pourrait la comparer au petit haïk ou fouta des Arabes de la Susiane et de la Babylonie. Sous ces deux formes, la mitre se portait directement sur la tète ou était enroulée autour d’une tiare.
L’immutabilité est la loi traditionnelle de la Perse. Que l’on examine le portrait du gendarme adossé à la porte du palais de Darius (T. II, PI. XVI), et l’on reconnaîtra dans sa double tunique la double robe médique, et dans son kola en feutre marron la mitre royale. Quant au bonnet hémisphérique, il est encore plus commun en Perse que la toque dont l’usage paraît être limité au Fars.
Les armes dont se servent les troupes sont aussi bien décrites dans Hérodote1
1. VII, 61 : « Les Perses étaient ainsi équipés: ils portaient autour de la tête des tiares, comme ils les appellent, feutres sans apprêt; sur le corps, des cuirasses à manches composées de plusieurs pièces de
L’Art antique de la Perse.
et dansStrabon que le costume lui-même. Le sabre, la lance, les flèches, le carquois, constituent les armes offensives; le bouclier et la cuirasse égyptienne, les armes défensives. Les premières sont représentées sur les bas-reliefs; les secondes, portées seulement à la guerre, n'étaient pas d'habitude gravées sur les tableaux : trois soldats néanmoins ont leur bouclier; il est de forme ovale et comporte deux échancrures placées aux extrémités du petit diamètre de l’ellipse.
Je dois ranger dans la statuaire les taureaux ailés (T. II, PL XII); ils tiennent, par le style et l’étude consciencieuse des muscles, à la sculpture artistique. Ces animaux1 devaient exister en grand nombre sur la terrasse du Takhtè-Djemchid ; le temps, aidé des musulmans iconoclastes, a détruit les moins grands d’entre eux : on ne voit plus au-dessus du sol que les sabots et les jambes des bêtes fabuleuses. Quatre cependant, grâce à leurs dimensions, ont résisté à toutes les atteintes.
Ces gigantesques animaux, taillés dans une maçonnerie formée de blocs de marbre assemblés sans mortier, décorent les entrées du portique Viçadayu de Xerxès, placé au sommet du grand escalier du Takhte. Ils reproduisent le modèle si connu des taureaux ninivites, mais sont deux fois plus hauts que les monstres monolithiques sculptés par les Assyriens. Ce n’est pas seulement leur taille qui les distingue du modèle, ce sont surtout des qualités techniques. Les artistes perses l’emportent franchement en ce cas sur les sculpteurs de Saryoukin ou Sennacherib. Le modèle est gras, les jambes bien étudiées; les ailes , relevées non sans grâce, décrivent une courbe élégante qui contraste avec la raideur de celles des monstres assyriens. Enfin, et en cela les Perses se sont montrés très supérieurs à leur devanciers, ils n’ont donné que quatre jambes à leurs taureaux. Ils ont considéré avec raison que la bête était empâtée dans la maçonnerie et ne pouvait à la fois montrer la même jambe en ronde bosse et en bas-relief : c’est pourtant la solution bizarre à laquelle s’étaient arrêtés les Ninivites.
Si l’on considère avec attention, soit les taureaux du Louvre, soit les lions du
fer semblables, par leur aspect, à des écailles; autour des jambes, des hauts-de-chausses ; enfin, au lieu de boucliers, des écus d’osier sous lesquels étaient suspendus leurs carquois. Ils avaient de courts javelot?,
de grands arcs, des flèches de roseau, des glaives attachés à la ceinture, s’appuyant sur la cuisse »
Puis § b2 : « Les Mèdes avaient le même équipement, car c’est là l’équiquement des Mèdes, et non celui des Perses. »
i. Les taureaux ailés à tête humaine, qui devinrent une des sculptures les plus caractérisées de l'Assyrie, seraient, d’après M. Maspero ( Histoire ancienne de l’Orient, p. i G 5 ), la représentation du taureau capturé par Isdubar et son serviteur Eabani.
M. Ménant fait remarquer que le taureau androcéphale grec tué par Eabani n’a point d’ailes. Cet appendice était réservé aux génies ( Glyptique orientale, p. 96).
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
cupé de montrer, quelle que fût la position du spectateur, toutes les pattes de sa bête, a répété deux fois une des pattes de devant, et par conséquent lui en donne cinq. Un artifice aussi singulier ne se remarque pas au premier abord , mais ne semble pas néanmoins devoir mériter à son inventeur les éloges dont on l’a parfois gratifié. Eloges d’autant moins justifiés que les Assyriens n’ont peut-être pas commis cette faute de propos délibéré, et qu'ils ont simplement superposé deux bas-reliefs sans se rendre compte de leur erreur1.
i. Cette interprétation des cinq jambes des monstres assyriens est due à M. Perrot (Histoire de l'art dans l'antiquité. Assyrie , p. 5q3).
British Muséum, on reconnaît avec quelque surprise que le même animal, campé sur les deux pattes de devant, quand on le regarde de face, semble marcher si on le voit de profil (Fig. 1 16). Cette double attitude s’explique aisément; l’artiste, préoc-
Fig. il 6. — Lion à cinq pattes (Ninive). (British Muséum.)
Les monstres assyriens se faisaient parfois vis-à-vis. Les taureaux persépolitains sont placés au contraire sur des lignes parallèles et regardent tous deux le spectateur. Il résulte de cette disposition que toutes les faces des pilastres contre lesquelles s’appuient les bêtes sont à découvert. Le parement extérieur était, j’imagine, habillé en brique. Le fait, quoiqu’il paraisse anomal, n’en est pas moins exact : le parement intérieur, la petite face et Le retour d’angle du massif de pierre sont polis, les arêtes supérieures des piliers sont encore très finement taillées, tandis que les pierres sont à peine ébauchées à l’extérieur. Je pense que les architectes, en revêtant de brique le massif des taureaux, avaient eu pour but de donner à tous les monuments une grande uniformité d’aspect et de rompre par des mosaïques la monotonie qu'eût produite une surface de pierre unie.
Les taureaux androcéphales, malgré les différences que je viens de signaler, sont, de toutes les sculptures de Persépolis, celles qui se rapprochent le plus des œuvres assyriennes.
Non seulement ils ont l'attitudeet les poils frisés des taureaux ninivites, mais ils en ont conservé la tiare. Cette coiffure, avec sa couronne d’anthémions et son entourage de plumes, est, à part les cornes symboliques, la copie exacte de la couronne des vieux rois chaldéens, tels que Merodach Wachin-Aki (T. I, PL IX) ; elle paraît être aussi le modèle de la toque de feutre portée par les khchâyathiyas perses. Cette similitude entre le modèle et la copie s’explique sans peine.
Le taureau androcéphale était le gardien attitré, le génie tutélaire de tous les palais de l’Orient ; on le retrouve à Babylone, à Ninive et ù Suse L Les Perses étaient donc forcés d'accepter le type hiératique du taureau ailé et ne pouvaient lui faire subir des modifications sérieuses, à moins de le rendre méconnaissable à ses nombreux adorateurs.
Ce rôle de gardien céleste me paraît déterminé d’abord par la place que le monstre perse occupe dans les ruines du Takhtè-Djemchid et de l’apadâna aux cent colonnes, et surtout par l’époque où il apparaît en Perse. Darius, en sa qualité de défenseur déclaré des croyances de la Perse, n’eût jamais introduit ce génie étranger dans sa demeure; de pareils scrupules ne hantèrent pas l’esprit de son fils : tandis
i C'est Assour Ban Habal qui parle : «J’ai brisé les lions ailés et les taureaux qui veillaient à la "arde des temples. J'ai renversé ces taureaux ailés fixés aux portes des palais du pays d’Elam et qui jusques alors n’avaient pas été touchés. Je les ai jetés bas » (Lenormant, les Premières Civilisations , t. II, p. 3oG).
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qu’Aouramazda perdait en autorité, le polythéisme étranger faisait son apparition dans le Panthéon aryen. On doit, en cette circonstance, féliciter Xerxès de s’être laissé guider par son instinct d’artiste et d’avoir transporté à Persépolis le modèle le plus décoratif des divinités assyriennes.
Je ne saurais terminer cette étude sur la sculpture persépolitaine sans parler des monnaies achéménides.
Fig. 117. — Cylindre achéménide (British Muséum).
Les intailles, exécutées en général sur des cylindres, ont avec les pierres gravées de la Babylonie les analogies les plus frappantes.
La Chaldée avait excellé dans l'art de tailler en creux les matières les plus dures, et la Perse avait profité, comme tous les peuples anciens, de cet enseignement. On devait donc retrouver sur les cylindres perses tous les caractères qui distinguaient les modèles babyloniens (Fig. 1 17).
Les intailles n’eussent pas suffi à assigner une place spéciale, dans l’histoire de l'art, à la gravure perse, si les Iraniens n’avaient songé à utiliser des coins pour frapper, à partir de Darius, les monnaies à l'effigie du roi. Les Perses n’inventèrent pas l’étalon monétaire, cet honneur reviendrait aux Lydiens 1 ; mais ils donnèrent une nouvelle preuve de l’esprit pratique et synthétique qui a toujours été un des caractères les plus saillants des Iraniens, en mettant à profit l’idée lycienne et
1. «Les plus anciennes monnaies dont on ait fait usage furent fabriquées par les Lydiens » (Hérodote, I, 94).
D’un autre côte, le lexicographe Pollux attribue à Phidion, roi d’Argos, l’honneur d’avoir le premier fabriqué des pièces de monnaie qui étaient en forme de tortue.
M. Lenormant ( Monnaies et Médailles, p. i8et 20) n’a pas de peine à démontrer, soit en se référant aux textes, soit en étudiant les obeliscoi d’électrum et les tortues d’argent, que les statères de Lydie
l'habileté de main qu'ils tenaient des Babyloniens pour créer la pièce de monnaie à l’effigie royale telle que nous la concevons de nos jours L Les sujets représentés sur les dariques sont peu variés.
J’ai déjà cité deux d’entre elles en parlant de la tombe provisoire de Nakchè- Roustem (T. I, p. 19, b ig. 22 à 25). Ce sont des pièces d’une époque de décadence. Les pièces les plus anciennes sont frappées sur un seul côté et reproduisent l image du roi en tenue de guerre (Fig. 120). Sur d’autres, le souverain combat debout sur son char de bataille; quelques-unes représentent sur la lace la tète du monarque coiffé de la mitre en feutre; sur le revers, un navire armé de ses rames (Fig. 121 ); il en est enfin sur lesquelles on a reproduit la chouette athénienne formant un trophée avec les emblèmes d’Osiris (Fig. 122 et 1 23 ) .
sont plus anciens que les monnaies d’Égine. Aucun fait, en réalité, n’est venu démentir l’affirmation d’Hérodote.
Au nombre des monnaies conservées au British Muséum se trouvent quelques-uns de ces statères lydiens (Fig. 118,119). Ils sont de forme allongée, d’où leur nom d ’obeliscoi ; le revers est à peu près plat;
Fig. nS. Fig. 119.
Monnaies lydiennes archaïques (Double de l’original). British Muséum.
sur la face se voient les empreintes de trois poinçons, empreintes informes dans lesquelles M. Lenormant voit l’image du Renard, le grand dieu de Lydie. Ces pièces sont en électrum (alliage d’ôr et d’argent) et remontent sans doute aux premières années du VIIe siècle.
1. « Or, cet Aryande était gouverneur de l’Égypte, Cambyse l’avait institué et plus tard Darius le fit mourir parce qu’il tenta de rivaliser avec lui. En effet, il apprit et vit que le roi désirait laisser de lui-même un monument te! que nul de ses prédécesseurs n'eût rien laissé de semblable et l’imita jusqu’à ce qu’il reçût son salaire. Voici comment : Darius ayant frappé de la monnaie avec l'or le plus pur qu’il put trouver, Aryande fit la même chose avec de l’argent, et aujourd’hui encore l’argent aryandique est du meilleur aloi. Mais Darius fut informé de ce qu’il faisait, et il l’accusa d’une prétendue rébellion en conséquence de laquelle on le mit à mort » ( Hérodote, V, ififi).
Il semble résulter du passage précité que Darius fit, le premier de tous les princes, frapper des monnaies à l’effigie royale. En sa qualité de souverain de la Perse, de l’Égypte et de l'Asie, il devait se considérer comme le successeur régulier des anciens rois de ces régions; ses prédécesseurs comprenaient donc tous les monarques de l’Asie, de l’Iran et de l’Égypte. Il est de fait que les monnaies plus anciennes que les dariques, telles que les pièces lydiennes ou éginétiques, sont des plus grossières.
DEUXIEME DYNASTIE ACHEMEN I û E.
Au point de vue artistique, les monnaies et les intailles sont inférieures aux bas-reliefs; la pose du personnage est naturelle, le dessin et le modelé sont incertains, les draperies bien traitées; quant à la frappe , elle est quelquefois nette et très bien réussie.
Les vieilles monnaies de la Perse ne portent pas d’inscription , aussi les a-t-on attribuées à tour de rôle à différents pays. Je crois pouvoir affirmer que toutes celles dont je donne la reproduction ont été frappées en Perse. Les caractères des sculptures persépolitaines, le costume très particulier des rois achéménides, le style et les ornements sont trop nets pour être contestables.
Si l'on en juge d’après les trop rares monuments qui nous sont parvenus, la sculpture perse a grande allure et s’harmonise merveilleusement, malgré ses défauts, avec l’architecture des édifices. Le dessin est correct, le modelé est large et ne trahit aucune des exagérations qui déparent les œuvres ninivites; l’exécution technique est parfaite, bien que les Perses, à l’exemple des Egyptiens , n’aient pas craint de s’attaquer aux pierres dures que ne surent jamais tailler en ronde bosse les Chaldéens ou les Ninivites.
Mais les sculpteurs perses ne se distinguèrent pas seulement par une grande habileté de main. Les Sumériens les Fig. 12 1. — Monnaie perse (argent)
. . (Triple de l’original ).
premiers avaient tenté de représenter
en relief les draperies; ces essais timides, abandonnés par leurs successeurs, lurent repris par les Iraniens, qui donnèrent une traduction intelligente des plis
Fig. 120. — Darique (or)
( Quadruple de l’original ).
représentés conventionnellement avant eux par des traits gravés ou peints. Nous ne connaissons pas encore avec une assez grande précision la date des sculptures archaïques de la Grèce, pour décider si c’est aux Perses ou aux Hellènes qu’il faut faire remonter cette heureuse innovation; mais s’ils ne furent pas les inventeurs de la représentation figurée des plis, les Iraniens ne tardèrent pas en tout cas à suivre leurs initiateurs dans cette nouvelle voie.
Fig. 122. Fig. 123.
Monnaie perse (argent). (Quadruple de l’original.)
(Cabinet des Médailles. )
Les Iraniens paraissent également avoir pressenti les premiers le véritable style de la sculpture en bas-relief. Renonçant aux paysages et aux déplorables effets perspectifs qui déparaient les plus belles œuvres des Egyptiens et des Ninivites, ils s’efforcèrent dégrouper sur un même plan, à l’exemple des grands artistes de Chaldée, tous les personnages de leurs tableaux, sans renoncer pourtant à la superposition des personnages. Combien il est regrettable que la nature des sujets traités par les artistes royaux ait été si peu variée et qu’il leur ait été offert si peu d’occasions d’exercer leurs rares qualités !
En résumé, la sculpture persépolitaine procédait par le choix des sujets et par l’exécution de quelques 'détails tels que les chevelures et les parties pileuses des hommes et des animaux, des écoles ninivites, dont l’influence était restée prépondérante dans cette branche de l’art. Elle devait, je présume, son caractère solennel à 1 Egypte, que ne purent impunément visiter les successeurs de Cyrus.
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE. 0-
Quant aux qualités nouvelles que révèlent les bas-reliefs iraniens, elles sont personnelles aux sculpteurs perses ou indiquent un retour vers les grandes traditions des écoles de gravure de la Mésopotamie
i. Je fais allusion aux grandes écoles chaldéennes qui produisirent des artistes capables de graver les beaux cylindres dont je donne une reproduction.
Fig. 124. —Ruines du palais d’Arak-el-Emir ( V. p. :o3, note 1).
L’Art antique de la Perse.
L’architecture royale des Achéme'nides est une cre'ation officielle et artificielle. Elle suit dans son développement les diverses phases politiques traversées par la Perse. En aucun cas, elle ne saurait être considérée comme une architecture de race.
Ail nombre des monnaies d’origine asiatique conservées au Cabinet des Médailles se trouvent quelques pièces d’argent classées à bon droit au nombre des dariques.
Sur la tace de 1 une d'elles (Fig. 122, 1 23), on a représenté un roi de Perse tirant de Tare; sur le revers et au centre de la composition se voient une chouette et les attributs d'Osiris. Le sujet principal est encadré par une torsade dont le modèle est fréquemment reproduit sur les monuments assyriens et sur les bijoux découverts à Mycènes.
Cette darique est l'expression la plus vraie et le résumé le plus saisissant de l'architecture persépolitaine.
Les Iraniens, nous lavons constaté, furent, en effet, redevables à l’Égypte ou aux colonies grecques de l’Asie Mineure de l'art de construire et de décorer les édifices royaux; à l’Assyrie, de la sculpture en bas-relief : ils semblent donc, quand ils élevèrent les palais des princes achéménides, ne s’ètre inspirés qu’à regret des traditions séculaires de la Susiane, de la Chaldée et de l'Iran. On ne saurait contredire à ces conclusions. Elles se présentent néanmoins sous une apparence trop paradoxale et se réfèrent à un phénomène trop singulier dans l'histoire de l’art monumental pour qu'il 11e soit pas intéressant de rechercher à la suite de quelles circonstances les Iraniens créèrent de toutes pièces, dès l’avènement des Achéménides, une architecture artificielle ne se rattachant par aucun lien à l'état passé ou présent de leur patrie.
Les rudes compagnons de Cyrus étaient encore à demi barbares quand ils quittèrent leurs sauvages montagnes et se ruèrent à la conquête du monde civilisé.
« Ce sont des hommes vêtus de pantalons et de tuniques de cuir, nous dit Hérodote par la bouche du Lydien Sandanis. Ils se nourrissent non de ce qu’ils désirent, mais de ce qu’ils ont, car leur contrée est stérile; ils ne connaissent pas
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
l’usage du vin, mais ils boivent de l'eau et ne récoltent ni figues ni fruits savoureux. Et, de fait, ajoute l’historien, les Perses, avant d’avoir subjugué les Lydiens, ne possédaient rien de bon ni de délicat »
Le roi, qui venait de préluder par la prise cie Sardes aux brillantes victoires de son règne, ne pouvait se contenter des demeures de terre des Mèdes et des Perses. 11 emprunta aux Ioniens et aux Lyciens leur architecture dans les circonstances que j’ai déjà rapportées, tandis que les officiers changeaient leurs vêtements de cuir contre les robes médiques et que les soldats, plus modestes que leurs chefs, se contentaient d’importer en Perse les vices de la Grèce 1 2.
C’est dans cette période que furent élevés le Gabre Madérè-Soleïman, le Takhte et tous les monuments qui ornaient l’antique Méchhed-Mourgab.
Cyrus, maître de l’Asie Mineure, se jeta avec ses armées dans l’extrême Orient. En entreprenant cette expédition, il avait pour but de frapper de terreur les tribus turcomanes ou aryennes placées sur les contins de la Médie, et de mettre ces peuplades guerrières dans l’impossibilité de franchir les frontières de l’Iran pendant qu’il conquerrait l'Egypte, dont il convoitait déjà la possession; puis, la Chaldée lui barrant la route de la vallée du Nil, il marcha sur Babylone. Nabou-Hanid et son fils Bel-Sar-Oussour eurent le sort de Crésus. La Syrie, la Palestine échurent au vainqueur ; quelques années plus tard, la Phénicie se donna sans combats.
L’annexion de la Phénicie conduisait les Perses aux portes de l’Egypte; il était réservé au fils de Cyrus de les leur faire franchir.
Pendant toute la durée du règne de Cambyse, il se produisit un arrêt certain dans le développement de la civilisation iranienne. Toutes les forces vives de la nation furent transportées en Egypte. L'avènement au trône du faux Smerdis est la preuve de l’abandon où fut laissée la Perse, et en fut aussi la conséquence.
C’est dans ces circonstances, bien critiques pour un peuple à peine constitué, que la couronne échut à Darius. Appelé à recueillir l’héritage de la première dynastie achéménide, le nouveau roi employa les six premières années de son règne à rétablir l’ordre dans l’empire de Cyrus. Il divisa le territoire en provinces, en organisa l’administration, réunit par des routes militaires les grandes villes et fit construire à chaque étape des abris pour les troupes et les voyageurs. Il disposa dans les mêmes constructions des relais pour les courriers