‹ L'art arabeChapitre 100 sur 161 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

la langue pendante et le nez proéminent; ses cheveux se hérissent en mèches lourdes, semblables à des enroulements de feuillages; et c’est un enroulement encore que l’on croirait voir à la place de ses bras. Ainsi traitée, cette image n’est pas effrayante ; elle n’a pas de mouvement, elle n’a presque pas d’expression ; aucune passion ne la contracte , aucune volonté ne l’habite, aucun instinct n’y frémit.

L’on dirait plutôt un fantôme vague apparu dans un cauchemar, une de ces visions obsédantes et hallucinantes où des êtres fantastiques, que l’on revoit sans cesse, passent et repassent à travers les mille complications d’un songe enfiévré.

Pourquoicette impassibilité de l’Arabe en face de l’horrible ? A vrai dire, la goullah de la collection Fouquet est une œuvre égyptienne, autant dire une œuvre copte; et le Copte

n’a jamais eu la notion de l’horreur. C’est un fait

Fig. 90. — LÀ GOULLAH.

(Collection de M. le Dr Fouquet.)

remarquable qu’aux temps chrétiens, quelle que fût la vivacité de sa piété, jamais il n’a représenté la crucifixion de Jésus ou le martyre des saints de son église, et jamais non plus les tourments de l’enfer. Le côté douloureux du christianisme lui avait échappé, de même qu’à l’antiquité égyptienne avait échappé la tristesse de la légende osirienne ; il n’en avait retenu que les béatitudes, et pour s’être fait l’artiste des musulmans, ses sentiments ne s’étaient pas modifiés.

J’ai écarté à dessein de cette esquisse tout ce qui pouvait être considéré comme un emprunt fait à l’art de la Perse. Cet art a poursuivi le développement d’une formule préexistante, qui n’a qu’un rapport lointain avec l’art des khalifes. Mais combien d’œuvres, considérées comme persanes, sont en réalité des œuvres arabes, au même degré que les faïences, les boiseries ou les mosaïques de l’Egypte ! Habile à tous les métiers d’art, le Copte a certainement fabriqué plus des trois quarts des bronzes damasquinés et des cristaux émaillés où se voient, dans des guirlandes de fleurs et d’inscriptions, des chasseurs, des oiseaux, des chacals et des gazelles.

Mais à quoi bon insister?

L’art arabe n’a donc point rejeté la forme humaine. Elle lui est restée indifférente; il n’a vu en elle qu’une réunion de plans dont l’irrégularité l’a choqué. Lorsqu’il l’a étudiée, son premier souci a été de l’épurer, au sens qu’a ce mot en mathématiques; il en a faussé les proportions pour les rendre plus rythmiques; il en a fait une polygonie vivante ; il en a assoupli ou rigidifié les lignes, selon qu’il a eu besoin de droites ou de

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