‹ L'art arabeChapitre 99 sur 161 · LIVRE IV.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV.— CHAPITRE III

sulmans disent : « Allah a placé dans l’Eden des animaux qui ont des pieds d’antilope, un corps de tigre et une tête de femme. Mahomet et Alî monteront chacun un de ces animaux au jour du Jugement dernier, pour distribuer aux élus Peau paradisiaque du Kauther », et que souvent on voit au revers des miroirs fatimites ou baharites. Quant aux scènes de chasse, elles y reviennent souvent aussi, pleines de réminiscences de celles dont sont ornés les miroirs pharaoniques. Ici, c’est un chasseur le faucon au poing ; là , un autre chasseur aux prises avec un jaguar ; sur un autre, un vol d’échassiers formant cercle; sur un autre encore, une antilope, un lièvre et un chien qui se poursuivent dans une zone arabescale. La porte de Beïbars a également, dans ses méandres fleuris, des lièvres et des colombes, qui ne diffèrent des sculptures précédentes que par la variété des détails. Les frises du Kasr-er-Radouan ont des aigles qui pour ailes ont des feuillages; la dalle delà fontaine El-Métoûallî (fig. 85) a, en bordure, une troupe de gazelles attaquées par des lions. Il serait puéril d’étendre cette nomenclature : à vouloir être complète, elle tomberait dans trop de redites et n’apporterait à la critique aucun argument nouveau.

Partout et toujours, l’artiste ne distingue la forme qu’à travers le voile de ses conceptions cosmiques ; humaine ou animale, elle ne lui inspire que des idées philosophiques, nuancées, complexes, comme le réseau d’un assemblage polygonal : il les figure à sa manière par des unions bizarres, qui pour lui sont symboliques ; il poursuit à travers elle une sensation; peu lui importent le squelette de l’ani-

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mal, le jeu de ses muscles ou le mécanisme de ses articulations.

Pour comprendre tout cela, il faudrait pouvoir une heure vivre sa pensée; mais nous l’ignorons, et, jugeant de tout d’après nous, nous inclinons à croire que POrient n’a pas senti. C’est pour avoir trop médité au contraire, qu’il n’a pas abordé l’art plastique; il a voulu aller plus loin que l’épiderme et les muscles qu’il abrite : s’il eût pu faire la pensée visible à travers l’enveloppe corporelle, distinguer à travers elle le trouble de l’extase et des ravissements infinis, en un mot, animer son œuvre de la vie de l’âme, il s’y serait certainement appliqué. Mais son délire religieux était trop contemplatif et trop teinté de rêve. En Occident, notre grand art du moyen âge est né de la recherche de l’expression de l’épouvante; le mysticisme de l’Islam était le calme de « la délectation morose » ; et l’Arabe n’a même pas songé à s’y arrêter.

A ce point de vue, une boiserie de la collection de M. le Dr Fouquet est particulièrement intéressante. Le sculpteur s’est attaqué à un sujet dramatique entre tous : la légende de la Goullah.

Cette légende, nombre de poésies s’en sont emparées, qui toutes trahissent de leur impuissance à en dire l’horreur. La goullah ; c’est la maîtresse morte qui s’échappe la nuit de la tombe pour venir se désaltérer du sang de son ancien amant. Les poètes n’ont trouvé que des phrases banales à aligner sur cette donnée ; l’artiste n’a pas été plus heureux. En cherchant le terrible, il n’a trouvé que le grotesque. La goullah (fig. 90) a la face ronde, informe, la bouche immense,

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