III. — LES TAPISSERIES ET LES ETOFFES
Le rôle joué par les tapisseries et les étoffes brodées dans les édifices orientaux a de temps immémorial été considérable. Pour grand qu’il nous apparaisse sous les khalifes arabes, il n’a cependant pas eu l’importance
1. Al. Gayet, Des tendances de Vart de V Orient ancien à la période chrétienne .
que quelques auteurs ont cru. « Il semble, dit Owen Jones, que les Arabes ont transplanté dans leurs habitations fixes, sous une autre forme, les riches étoffes qui ornaient leurs premières demeures, qu’ils ont changé les mâts de leurs tentes en colonnes de marbre et leurs tissus de soie en plâtre doré. » Cette opinion do l’éminent critique est tout au moins extraordinaire. La tente primitive! Elle était de bure brune, sans que jamais le moindre ornement s’y brodât : celle du chef peut être un peu moins sordide que les autres; celles de la tribu, des loques sans nom.
Mais Viollet-le-Duc, reprenant à son tour cette singulière théorie pour son propre compte, s’exprime ainsi :
« Ils (les Arabes) n’avaient d’autre luxe que celui des étoffes et des armes. Pour eux comme pour le juif de l’époque primitive, l’habitation n’était autre chose que la cabane recouverte d’étoffes précieuses; leurs habitudes ne pouvaient se faire à ces édifices aux surfaces bossuées, recouvertes de saillies de sculpture, qu’ils rencontraient sur leurs pas, là où la civilisation gréco-romaine avait laissé de nombreuses traces. Ces statues, ces bas-reliefs, ces frises saillantes, dans lesquelles s’épanouissaient de larges rinceaux mêlés de figuTfcs d’animaux, devaient leur paraître des monstruosités dues à des imaginations égarées par le panthéisme. Admettons donc que l’école d’Alexandrie n’ait pas, avant l’invasion arabe, adopté un style de décoration se rapprochant de la tapisserie; il y a tout lieu d’admettre que les conquérants la mirent
Fig. 124.