CHAPITRE I
Dès le ixe siècle, Touloûn avait même pris le lion « comme emblème de sa puissance » et l’avait fait sculpter à la porte de son palais. Chaque dynastie avait en outre ses emblèmes; le trône des khalifes était drapé aux nuances de l'empire, et si grande fut l’importance attachée à ce détail, que quand Saleh-ed-dîn reconnut en 567 (1 171 ) la suprématie des Abbassides de Baghdad,
Fig. 1*5. — plaque de cuivre (Musée arabe du Caire).
le premier soin de ceux-ci fut de lui envoyer un manteau d’honneur en drap noir, afin, dirent les textes, « que le trône pût être recouvert des armoiries abbassides ».
D’autre part, l’étymologie des noms des couleurs du blason est orientale. A\ur vient du persan la^urd — bleu; — gueules, de gûl — rose ou rouge — et les armes des croisés furent parlantes, de même que celles des musulmans. Mais tandis qu’en Occident armes et devises restent héréditaires, en Orient elles ne sont pas transmissibles. Le renk 1 — blason — est l’emblème
1. Mot persan qui signifia, à l’origine, couleur, puis blason (plur. renouk).
d’une charge, d’une fonction, d’un grade. Il peut, en certaines occasions, être le titre parlant donné à la suite d’un haut fait, quelque chose d’analogue aux badges anglais qui au moyen âge précédèrent le blason héraldique. Un échanson a pour armes une coupe, un porte-épée, un sabre, un dégustateur, une petite table, un chambellan, une ou deux clefs. Un changement de titre suffisait à la modification du renk; tel saladliar — porte-épée — qui se blasonnait d’un sabre, nommé djachanguir — dégustateur — ajoutait une table à son écu. De la même manière, tel souverain remaniait ses armes selon qu’une victoire lui avait valu un surnom; tel prince dont le renk est connu en a pris un autre en montant au trône. C’est ainsi qu’El-Melek-el-Achraf- Kaïtbai, dix-neuvième souverain de la branche bordjite, avait pour blason, à son arrivée au pouvoir, un losange en chef, une coupe sur la fasce et en pointe un petit calice, et échangea ce renk , après avoir reçu le titre d’elsefy-ed-din — le glaive de la religion, — contre un autre qui porte : sur la fasce un sabre d’azur aux attaches d’or sur fond de gueules, en chef une devise, en pointe une coupe de gueules sur fond sinople, flanquée de deux cornes d’argent 1.
Cette devise, que porte en fasce l’écu de Kaïtbaï, comprend un groupe de signes singuliers, qui souvent revient dans les armoiries musulmanes, toujours le même, et qui apparaît comme un ressouvenir antique, une réminiscence hiéroglyphique des temps pharao-
i. Voir la communication de S. E. Artin pacha à l’institut du Caire, Bulletin de l’Institut.