LIVRE VI. — CHAPITRE I
niques, transmise on ne sait comment. Ce groupe, c’est celui que l’on voit (fig. 145) sur la fasce d’un écu ondulé d’époque bordjite. Ses signes donnent, à une variante près, le groupe qui, dans la langue hiéroglyphique, se lit : Ra neb taouï, et qui signifie : Soleil maître des deux terres (la haute et la basse Egypte). Pourquoi ce groupe ? Comment s’est-il imposé à la pensée musulmane? Il serait difficile de le préciser.
A partir du xie siècle les princes Ayoubites et leurs émirs ont tous leur renk et leur devise. Au xne, les Orthokîdes adoptent l’aigle à deux têtes. On le voit en 1 190 sur l’écu de Y attabek — gouverneur — Imad-ed-dîn- Zangî, alors que l’empereur d’Allemagne Sigismond ne l’adopta qu’en i3q5, quoi qu’en aient dit les héraldistes. A la même époque [56y) (1171), Saleh-ed-dîn choisit comme symbole de sa puissance l’aigle aux ailes éployées et au vol abaissé. Puis, Beïbars-el-Bondoukdary prend pour renk un lion passant de belle allure, Kalaoûn un canard, — armes parlantes (Kalaoûn signifiant canard en mongol), Barkoûk un sonkor ou gerfaut blanc, et Barsébaï un léopard. L’historien arabe Aboû-el-Mahasînibn-Taghrî-Bardî rapporte que Amik, fils d’Abd-Allah, proche parent d’El- Melek-el- Achraf-Barsébaï, avait pour renk : « Un cercle blanc coupé d’une bande verte, sur laquelle était une épée rouge agrémentée d’or. » —
(D’argent à la fasce de sinople, chargée d’une épée de gueules contournée d’or); et ajoute que ce blason était fort joli et que les courtisanes se plaisaient à le faire tatouer à leur poignet.
La fleur de lis entrait dans les armes du sultan Kalaoûn et de trois de ses descendants : El-Melek-el- Achraf-Chaâban, El- Melek-el-Mansour- Alî et El- Melek-es-Saleh-Hagî. A Baghdad, on la voit à Babel-Hadîd , la Porte de Fer (fig. 146) et à celle du Mâristan.
Néanmoins, la science héraldique est restée dans l’empire des khalifes à l’état rudimentaire. Les partitions de l’écu sont primitives; elles ne comportent guère que le chef, la fasce et la pointe. Les figures sont: le lion, le léopard, le cheval, le bélier, le lièvre, l’aigle, le gerfaut, la chouette, le canard et divers poissons. * On y voit aussi des coupes, des tables, des épées, des disques, des cibles, des cornes, des losanges, des clefs, des croissants, des arbres et des fleurs.
Dans la collection de M. le Dr Fouquet j’ai relevé .plus de cent blasons d’émirs. Les émaux les plus souvent employés sont l’or, l’argent, le gueules, l’azur et le sinople. Le sable est rare, contrairement à ce qu’on serait en droit d’attendre d’un art symbolique. Le noir était la couleur du manteau du Prophète : il avait été choisi par les khalifes abbassides en témoignage de leur désir de venger la mort de Hosse'in, de Zeïd et de l’iman Ibrahim. Seuls les Fatimites, qui se regardaient comme les descendants de Alî, avaient arboré l’étendard blanc, et ce ne fut qu’en yy3 (i3yi) qu’El-Melek-el- Achraf-Chaâban ordonna aux descendants de Mahomet