LIVRE IL — CHAPITRE I
ordres d’Abd-Allah-ibn-Zobeyr, elle fabriquait pour en voiler la kaâbah. »
Cet attachement de PÉgypte à la cause du khalife ommîade permet de supposer que ce fut elle qui lui fournit la plupart des maçons de sa ville sainte. D’ailleurs, Abd-el-Aziz, fils du khalife, continuait à gouverner PÉgypte et savait, pour les avoir employés à la construction de ses monuments,' l’aptitude des Coptes à tous les travaux manuels. Dans la mosquée d’Amrou, il avait fait placer une chaire sculptée arrachée à une église, œuvre d’un artiste chrétien, un Copte de Dendérah nommé Boktor. A Fostat, il s’était bâti un palais, le dar el modahebah — la maison dorée — - dont les ouvriers avaient été Coptes aussi. La Mekke reconquise, Abd-el-Melek en releva les portiques, leur donna un toit de sadj et mit aux chapiteaux de chaque colonne un ■revêtement d’or. C’était le premier pas vers la recherche de l’éclat du décor et de la richesse. El-Oualîd, fils d’Abd-el-Melek, imprima à cette évolution un essor extraordinaire si intense que, n’était la disparition des monuments de son règne, elle aurait pris rang parmi les étapes de Part arabe.
A Jérusalem, il rebâtit d’abord la mosquée d’Omar et la couvrit d’un dôme de cuivre enlevé à une église de Bâalbek; de même que, quelques années auparavant, Mérouan avait fait couronner d’une coupole le sanctuaire qui, pendant sa lutte contre Abd-Allah (fig. io), avait été la kaâbah rivale de la kaâbah de la Mekke. Faut-il voir là un courant artistique? Non, certes, car ces deux temples à coupole sont les seuls que, pendant les deux premiers siècles de l’hégire, on puisse citer;
de plus, lakaâbah de Jérusalem, le dôme de la roche Koubbet-es-Sakhrah — n’a rien à voir avec la mosquée. C’est un monument commémoratif, qui n’a pour
but que de préserver et de consacrer une place à laquelle se rattachent des souvenirs religieux* 1, et ses architectes furent des Grecs, de même que ceux au service d’El-Oualîd. Il ne représente donc point une manière de l’art arabe, mais une forme byzan-, tine égarée dans l’Islam, et il faut croire que l’effet n’en fut pas heureux, puisqu’aucun artiste oriental ne
Fig. 10. KOUBBET-ES-SAKHRAH.
(Miniature du xve siècle.)
songea a s’en inspirer. Puis, à Damas, le khalife se fit élever par ces mêmes Grecs une mosquée dont il ne nous reste que des descriptions insuffisantes; mais
I. La Sakhrah est, selon la tradition musulmane, un quartier de rocher dont, sur l’ordre du Seigneur, Moïse avait fait la kiblà qui avait marqué aux ismaëliens la direction à observer