LIVRE II. — CHAPITRE I
en même temps il entreprenait la restauration dés deux sanctuaires les plus vénérés de la religion : la mosquée de Médine et celle de la kaâbah.
A la Mekke, il jeta bas les portiques de son père et les agrandit. Le premier il y plaça des colonnes de granit, des lambris de marbre et un toit de sadj décoré. A Médine, la petite mosquée du Prophète disparut pour faire place à un vaste édifice. Un passage de l’historien El-Samhoudy l’éclaire d’un jour curieux, qui montre que ses constructeurs furent des Coptes et que leur temple s’éloigna sensiblement de celui de Damas. « Quand, dit-il, El-Oualîd se proposa de rebâtir la mosquée du Prophète, il écrivit à l’empereur grec pour l’informer de son intention et de son besoin d’ouvriers et de matériaux. L’empereur lui envoya des mosaïques — fesfesa — et quatre-vingts ouvriers, quarante Grecs et quarante Coptes. Quand le khalife vint en pèlerinage à Médine et qu’il vit la mosquée, il s’écria : « Quelle « différence entre ma mosquée et la vôtre! » Et el abou (le père, ce qui prouve que c’est un Copte qui va parler) lui répondit : « — Nous avons bâti à la façon des « mosquées et vous avez bâti à la façon des églises. »
pendant la prière, jusqu’à ce que Mahomet lui substituât la kaâbah.
Le Koubbet-es-Sakhrah n’est d’ailleurs que le lieu saint d’un groupe d’édifices bâti au bord de Youady Djehennem — le val de l’Enfer — et qui comprend dans son Haram — périmètre — le Koubbet Yaqoub — la coupole de Jacob, le portique de Suleïman — Salomon — la mosquée du Mehd Issa — du berceau de Jésus et la mosquée El-Akça où, selon la tradition, Allah transporta le Prophète dans la nuit du Miradj. Voir M. de Vogüé, le Temple de Jérusalem.
Ce fragment de discours, plus que tout commentaire, démontre que les Coptes avaient érigé à Médine une mosquée très différente de celle de Damas, qui, elle, était la copie d’une église byzantine, tandis que l’œuvre copte n’était autre que celle de la mosquée d’Amrou, mais enrichie de mosaïques, étincelante de dorures, parée en un mot de divers arts juxtaposés.
Même dans l’art civil, il semble que ce furent les Coptes qui introduisirent dans tout le khalifat les règles de leur architecture. A côté de la mosquée byzantine d’El-Oualîd, se fonde à Damas un grand hôpital — mârîstan — qui, dix siècles plus tard, servira de modèle au sultan Kalaoûn pour la construction du mâristan du Caire; et ce mâristan, si la copie du sultan fut exacte, représente l’art copte dans ce qu’il eut de plus parfait. En Egypte, cette même école bâtit le nilomètre de Raoudah, que détruisit deux siècles plus tard El-Mamoun. Makrîsi nous le dépeint comme mesurant en plan dix-huit pieds carrés et montrant sur chaque face une arcade ogivale de six pieds de large et trois de profondeur. Mais, contraints à chercher dans les auteurs la description de tous ces monuments, il nous est difficile de nous figurer exactement ce qu’ils furent. Pourtant, le soin qu’ils ont pris de nous vanter leur magnificence, l’insistance qu’ils ont mise à nous parler de leurs mosaïques, de leurs marbres, de leurs revêtements d’or et d’argent nous sont un signe de leur faste imité de celui des monuments chrétiens d’alors.