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III. — LES ÉMIRS TOULOUNIDES

Au règne brillant d’El-Mamoun succéda une longue période de troubles. Le khalife El-Motassem-b-Illah crut y mettre enfin terme en se créant une garde d’esclaves turcomans qu’il avait fait prisonniers ou qui lui avaient été envoyés en tribut. Doués d’une intelligence vive et d’une bravoure à toute épreuve, ceux-ci, à peine

organisés, prétendirent aux premières dignités de l’armée et disposèrent du pouvoir à leur caprice; si bien que le khalife, loin de s’appuyer sur eux, se trouva à leur merci.

Le fils de l’un d’eux, Ahmed-Ibn-Touloûn, s’était très jeune fait remarquer par des actions d’éclat et avait vu de ce fait la faveur royale venir à lui. Nommé gouverneur militaire de l’Égypte, il se mêla aux intrigues dont elle était à cet instant déchirée, et bientôt, encouragé par la faiblesse du khalife El-Motamed-ala- Allah, s’arrogea les prérogatives d’un chef absolu.

Cette révolte fut le prélude de l’une des grandes étapes de l’art arabe, la première qu’il nous soit donné de connaître. Fostat, l’ancienne capitale d’Amrou, avait depuis longtemps débordé sur la plaine, pour créer le bourg d’El-Askar, — de l’armée, — devenu depuis près d’un siècle le siège du gouvernement. Mais, dans ce bourg, Touloûn ne se sentait pas assez en sûreté pour mettre à exécution ses projets d’indépendance ; et à peine arrivé en Égypte, son premier soin fut de choisir à l’est de Fostat une position forte, qu’il pût ceindre de murailles inexpugnables. Un contrefort de la chaîne arabique, le mont Yeskhour, semblait placé là tout exprès : comme par enchantement une ville s’y éleva, Kotayeh — les fiefs, — ainsi nommée en raison de la distribution du terrain qu’en fit le nouveau maître à ses officiers.

Sa grande mosquée, quoique fort délabrée, est cependant restée le type parfait de l’art arabe des premiers siècles de l’hégire. Le plan (fig. n) est celui des sanctuaires primitifs. La fontaine des ablutions occupe le

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