FORMATION DU STYLE ORNEMENTAL
I; LES REPRÉSENTATIONS ANIMEES.
Si invraisemblables que paraissent ces descriptions, elles ne sont cependant point fantaisistes. — J’en ai retranché les détails qui eussent paru exagérés. Le sont-ils même? C’est peu probable. Du ive au ixe siècle de l’hégire, khalifes, sultans et émirs allèrent toujours au delà de toutes les chimères et vécurent dans une atmosphère de songes réalisés. Seulement, ces songes étaient trop riches. Les matériaux mis en œuvre éveillèrent la convoitise des barbares. Ils disparurent pillés, fondus, convertis en espèces sonnantes frappées à l’effigie de tous les vainqueurs.
Maintenant, ce n’est que par quelques frises de plâtre, quelques panneaux de bois vermoulu qu’il est possible de se figurer le tableau qui souleva ces enthousiasmes; et ici une question se pose, la première qui surgisse au début de toute étude d’art arabe. L’Islam proscrivit-il la forme humaine1? Et cette proscription,
i. Lavoix, les Arts musulmans : de l’emploi des figures {Galette des Beaux-Arts , 1875).
Al. Gayet, Des tendances de l’art de l’Orient ancien à la période chrétienne. La sculpture copte (Galette des Beaux- Arts, 1892).
pour vraie qu’on la tienne, est-ce à elle que l’Orient a été fidèle en se confinant dans le style ornemental?
Ce fut par l’affirmative que longtemps on se contenta de résoudre cette double question sans chercher davantage; mais, aujourd’hui examinée sur toutes faces, elle a laissé place à plus d’un doute : l’étude des monuments coptes les eût sensiblement accrus.
Deux lois régissent le monde musulman : la Sounnah et YHadith ; l’une est la loi écrite, donnée par le Prophète; l’autre, le recueil d’opinions exprimées par lui et conservées par ses disciples.
Or un seul verset de la Sounnah peut être considéré comme une proscription des figures animées. Le voici : « O Croyant! le vin, les jeux de hasard et les idoles sont des abominations inventées par Satan ; abstenez-vous-en et vous serez heureux. »
Par contre, YHadith renferme les deux sentences suivantes : « Malheur à celui qui aura peint un être vivant! Au jour du Jugement dernier les personnages qu’il aura représentés sortiront du tombeau et viendront se joindre à lui pour lui demander une âme. Alors, cet homme, impuissant à donner la vie à son œuvre, brûlera des flammes éternelles. » Et plus loin : « Dieu m’a envoyé contre trois sortes de gens pour les anéantir et les confondre. Ce sont les orgueilleux, les polythéistes et les idolâtres. Gardez-vous donc de représenter soit le Seigneur, soit l’homme, et ne peignez que des arbres, des fleurs et des objets inanimés. »
Ce dernier passage a le don d’être clair, j’en conviens, mais en même temps le défaut de n’être qu’un