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II. LA K A A B A H DE LA MEKKE

Une tradition pieusement conservée par les Koreïschîtes rapportait qu’à l’origine du monde, les anges avaient dressé dans le désert où s’élève la Mekke la tente divine — la beït Allah ; qu’au déluge ils l’avaient enlevée en la tenant toujours perpendiculairement dans le ciel et que dès lors elle n’avait cessé d’y planer.

Puis, cette première légende, se confondant à celle d’Aghar, se poursuivait parallèlement à la légende judaïque et ajoutait que, quelques siècles plus tard, Abraham, las des querelles de ses deux femmes Sakhah et Aghar, conduisit cette dernière et son fils Ismaël dans ce même désert et les y abandonna.

« Aghar erra longtemps de colline en colline, cherchant en vain une goutte d’eau. L’emplacement de la beït Allah n’était plus qu’une roche rouge et aride. Elle y parvint enfin, à bout de forces, et venait de s’y affaisser quandl’ange Gabriel, envoyé par Allah, frappant le solde son aile, en fit jaillir une source, le puits de Zem-Zem. » Bien rare est l’eau dans ce coin perdu; aussi la fontaine d’Aghar était-elle devenue la halte favorite des caravanes quand, quelques années plus tard, Abraham y revint. « Par ordre du Seigneur, il bâtit alors un temple à cette place désormais sacrée : et au-dessus du sanctuaire nouveau, continua à planer la tente que les anges soutenaient toujours. »

S’il faut en croire les auteurs arabes, l’édifice mesurait neuf pieds de haut, trente-deux de long et vingt-deux de large. Très simple, il était rectangulaire, couvert en

terrasse, et reposait sur un soubassement. Tandis qu’Abraham, aidé d’Ismaël, travaillait à sa construction, l’ange Gabriel lui avait apporté une pierre noire, qui depuis a toujours occupé dans la kaâbah une place mythique. Enfin, Abraham plaça la porte de son temple à l’orient. Mais cette porte ne fut d’abord que simulée et ne se changea en porte véritable que fort tard, sous la domination des rois du Yémen.

L’œuvre terminée, le Patriarche avait reçu du Seigneur l’ordre d’appeler les peuples au nouveau sanctuaire. « Gomment ma faible voix se fera-t-elle entendre? demanda Abraham. — A toi de faire l’appel, à moi de le faire parvenir aux oreilles des hommes, répondit Allah. — Va, et où que tu sois, quand tu feras ta prière, tourne ton front vers le sanctuaire du Dieu qui a pétri l’homme de sang coagulé. — Et le Patriarche monta sur les collines voisines du temple, conviant tous les peuples à se rendre à la kaâbah. »

Ismaël avait été le premier Koreïschîte préposé à la garde du sanctuaire et quand la porte en fut percée, l’apanage principal de la charge consista en la garde des clefs. Puis, le culte d’Abraham dégénéra en idolâtrie et passa à des mains étrangères. Deux siècles avant l’hégire, les fameuses clefs faisaient enfin retour à la famille des Koreïschîtes; mais cette rentrée en possession du domaine de leurs pères, loin d’être pour eux le signal d’une ère nouvelle, était celui de rivalités de familles aspirant à la garde du temple et d’interminables guerres civiles. Deux ans avant l’Islam, alors que Mahomet, retiré dans les montagnes de Harra, se préparait par de longues méditations solitaires à la pré-

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