I. — LES DERNIERS FATIMITES
Réduit à recevoir de son vizir une pension de ioo dynars(i,5oo francs) par mois, Mostanser se décida enfin à un acte de vigueur qui mit un terme à cet état de choses. Tous les émirs de la garde invités à un grand dîner sont poignardés à un signal convenu, leurs têtes amoncelées devant l’ordonnateur du massacre, et un instant, le khalifat fatimite reconquiert sa grandeur et répare ses ruines. Mais un an ne s’était pas écoulé depuis la mort du khalife qu’à l’appel'du vieil empereur de Constantinople, Alexis Comnène, la première croisade se mettait en marche vers Jérusalem. C’était là un nouveau danger pour l’Egypte, qui allait paralyser pour longtemps l’art dont elle venait de voir se développer la formule, mais qui, du même coup, le préservait de l’influence tartare et lui permettait de se reconnaître et de s’acclimater.
Tandis que Pierre l’Hermite prêchait la croisade, les Turcs Seldjoukîdes et Ortokîdes, descendus des hauts plateaux de la Tartarie, s’étaient avancés à travers la Perse et l’Asie Mineure et venaient de pénétrer en Syrie, en dépit d’une victoire passagère du généralis-
sime de Mostanser, V émir Ed-Djïoiich. Aucune barrière ne les arrêtait plus. Les khalifes de Baghdad, ennemis héréditaires des Fatimites, loin de leur disputer le passage, étaient prêts à s’allier à eux. L’arrivée des croisés sur les côtes de Syrie créerait donc une heureuse diversion qui sauvait les Fatimites d’une invasion certaine et laissait à leur art le temps d’affirmer les tendances qui, sous El-Hakim, s’étaient manifestées pour la première fois.
A peine entrés à Jérusalem, les croisés, il est vrai, s’étaient avancés vers l’Égypte. En 5i i (r 1 17), Baudouin s’était emparé de Péluse et l’avait livrée aux flammes; mais, pris de fièvre, il était mort quelques jours après et ses troupes s’étaient retirées sans penser à pousser plus loin. Depuis, les khalifes du Caire avaient évité avec soin de se mêler aux luttes soutenues par les princes syriens pour leur indépendance, et, tenus en échec par ceux-ci, les croisés n’avaient point donné suite au projet de conquête de leur chef. En sorte que quarante ans encore le khalifat put jouir de ce calme factice fait d’appréhensions et d’espérances qui est le propre des temps troublés.
Si rares qu’aient été les monuments de cette période, ils l’ont traduite à merveille. Une mièvrerie se lit dans les courbes tourmentées de leurs arabesques, l’assemblage hésitant de leurs polygones à côtés impairs et la flore malingre de leurs rinceaux. La souplesse des contours se fait frêle, les pleins s’évident et toutes les surfaces lisses se constellent de délicats ornements. Il suffit de citer comme spécimens de cette école maladive les sculptures de Gama ELFakaany, de Gama Thélaï-