LIVRE IV. — CHAPITRE II
teintes s’était trouvée d’accord avec leur compréhension du contraste des nuances; aussi, sous le règne de Beïbars et de Kalaoûn, l’employèrent-ils et le plièrent-ils à tous les besoins de leurs agencements polygonaux.
Mais l’intensité de l’image ainsi profilée corres-
Fig. 74-
pondait trop à leur amour de l’immuabilité de laforme pour qu’ils ne lui demandassent point l’enroulement de l’arabesque et les versets du Koran. Seulement, à le tailler, ils avaient appris combien rebelle il est à la sveltesse, et combien le ciseau doit le couper à arêtes vives. C’était là de quoi les entraver dans leur tentative; ils s’en tirèrent en renonçant aux procédés habituels delà mosaïque pour l’assemblage par incrustation.
Sur le champ d’une dalle, le décor est évidé, et des morceaux de marbre taillés avec soin s’y adaptent,
semés souvent de points de couleurs vitrifiées, qui de loin en loin y mettent des lumières. Si le dessin est trop frêle et le fond couvert par l’ornementation, un noyau de ciment remplace la dalle et réunit les fragments dans sa masse. Le rouge de sinople, le vert de jade et le bistre sont les tons généralement employés à ce genre de lambris. C’est tantôt un enchaînement de
médaillons blancs et verts sur fond rouge (fig. 74), où tout gravite autour de quatre fleurons gironnés, dont l’ensemble délimite les contours des branchages blancs et des feuillages verts qui se balancent sur leur ramure; tantôt une dentelle blanche sur fond rouge (fig. y5) ; ailleurs une natte tressée de rouge sur fond blanc (fig. 76). Vers le milieu du xive siècle, l’Orient était tellement épris de ces mosaïques, qu’à la mosquée du sultan Hassan elles envahissent les murs du sanctuaire, la niche du mirhab et jusqu’au sol des liwans et du salin. Certaines sont admirables, leur dessin est