ARABE SIECLE
Et maintenant, quelles sensations traverseront Pâme dans un tel temple ? L’élancement des voûtes, la profondeur des nefs, le jour tombant librement jusqu’au cœur du sanctuaire éveilleront d’abord en elle l’idée d’un mystère calme, qu’aucun doute ne trouble, qu’aucun drame ne traverse, qu’aucune souffrance ne torture, qu’aucune épouvante ne borne, éternel, immuable, dans sa sérénité. Puis, la langueur du décor la pénètre : « Il n’est âme si revesche, a dit Montaigne, qui ne se sente touchée à ouïr le son dévotieux des orgues dans la vastité de l’église. » C’est une impression analogue que donne l’ornementation de la mosquée au croyant ou à l’infidèle. A travers le réseau des lignes polygonales, « la pensée — ainsi que je l’ai dit déjà — erre sans savoir où se reposer, comme sous un labyrinthe. Quelle que soit la route qu’elle prenne et le circuit qu’elle décrive, elle arrive à un point identique à celui dont elle est partie, et quoi qu’elle fasse, elle y revient. » Elle sent alors l’inéluctabilité des choses et ces lois des devenirs éternels qu’avait si bien comprises la vieille Égypte. A chaque pas, cette impression monte vers elle du sol, descend des murs, tombe des voûtes et l’enveloppe de toutes parts. Chaque polygone, chaque arabesque, chaque inscription la lui répète; et, vaincue, elle se plonge dans ce mysticisme doucement résigné qui de tout temps a été le fond de la croyance orientale.
III. — LA PHILOSOPHIE DE l’aRT DU VIIIe SIÈCLE DE l’hÉGIRE (XIVe