‹ L'art au théâtre;Chapitre 2 sur 69 · LES DESSOUS DE L' ANNÉE · texte numérisé non relu

LES DESSOUS DE L' ANNÉE

Revue en trois actes et huit tableaux.

Nouveau-Théâtre (3 janvier).

Que cette revue, — point sotte d'ailleurs, et fourmillante d'amusettes, -^ soit pour l'intelligence un incomparable régal, non, je ne l'oserai dire! Mais quel enchantement pour les yeux! quel écarquillement ébloui des prunelles affolées d'or, de pierreries, de radieuses chairs et de flambantes étoffes ! Et, en somme, avec l'heureux sourire, toujours ouvert, comme potelé, de Mme Aimée Aymard, Vérité qui n'a rien à mentir, et diseuse agréable, et chanteuse à la voix juste, avec Mlle Laporte, comédienne tout à fait digne d'un grand théâtre de genre, si Imaginative, si personnelle ; avec la délicieuse, perverse, endiablée Mlle Sidley, si troublante qu'aucun homme auprès d'elle, bien qu'elle soit, par instants, aphone, ne saurait jamais être afaune; avec l'amusante scène initiale, où un moderne Mangin, au lieu de crayons d'or, vend des mines d'or; malgré une scène dans la salle, plaisante d'abord.

puis fastidieuse et si longue, quoique très courte ; avec la belle humeur remuante, bien rieuse et pas grossière, de M. Régnard ; malgré que toutes les jeunes personnes aux maillots roses ne soient pas aussi re^narquablement jolies et grasses que le pourrait souhaiter notre libertinage ; avec les Jupes Lumineuses . selon un truc inventé par Loïe Fuller dans Salomè, à la Comédie-Parisienne, et la divertissante satire de la politesse au régiment, et la drôlerie des quatre gentlemen vêtus de pardessus gris, qui ne sont pas des Altesses, mais les hommes-réclames du Casino de Paris; avec un multicolore et froufrou*tant ballet de pigeons, dans un adorable décor de toits fleuris; malgré un acte des théâtres, assez joyeux, au début, — nous avons ri des couplets de la bobo, de la didi, de la Bodinière, — mais qui bientôt se désole en de lamentables coquehnades, duguesclinades, arétinades et frédégondades, — il feudra remanier cet acte-là, — les Dessous de Vannée sont la plus folâfre, la plus vive, la. plus pimpante, la plus somptueuse des revues que l'on nous a données cette saison ; et, dans cent •jours, les ailes de soie des oiselles du ballet frissonneront et voleront encore, entre les roses grimpantes des mansardes et les glycines et les feuilles retombantes, parmi des. parfums qui, à vrai dire, ressemblent, beaucoup plus qu'à des odeurs de pigeonnier, aux lascives fragrances des boudoirs encombrés de flacons débouchés et de tièdes porcelaines sur qui planent des nuées d'intimes veloutines.

H. Jean Lorrain.

BROCÉUANDE.

Conte en vers.

H. Tan Lerberghe.

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