PA-HOS ET ZU-ELLA
Légende en vers, en neuf parties.
Théâtre des Poètes (9 mars)
Je maintiens qu'il faut continuer à être très assidu aux soirées de ces jeunes et généreuses entreprises théâtrales, qui, vivant comme elles peuvent, tentent de nous offrir des œuvres déjeunes hommes.
A vrai dire, ma clémence ne saurait aller jusqu'à nier que l'on a voulu, évidemment, se moquer de nous en nous offrant la légende en neuf parties de Pa-hos et de Zu-ella. Je n'ai pas ri avec tout le public, mais j'ai éprouvé une grande tristesse à cause de l'illusion déçue d'un malheureux homme qui, peut-être, a cru sincèrement qu'il était un poète, Ah ! le pauvre ! Je sais bien ce qu'il peut dire: devant un immuable rideau d'andrinople, que faisaient vaguement assyrien des têtes de dieux grecs, son poème a été joué par de maigres et longs comédiens héronniers qui eussent obligé à l'hilarité un homme môme assujetti au vœu de ne jamais rirel N'importe: M.Ga-
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briel Martin doit ne garder aucnne illusion ; il a écrit, Yraiment — et non sans une prétention au chef-d'œuvre, qui irrite, — une des plus niaises niaiseries dont je fUs jamais témoin; et, en somme, outre sa propre déconfiture, sur laquelle j'insiste (car il faut nettement, courageusement, excessivement, réprimer les mauvais poètes), la légende de Pa-Hos et Zu-ella n'aura eu d'autre effet que de compromettre cette noble comédienne, à la belle voix, au geste étrange, Mlle Nau, et cette charmante comédienne, Mlle Meuris, délicate, chétive, comme cassante, petite oiselle à la chanson grêle. •
Mais, avant cette intolérable facétie en vers, le Théâtre des Poètes nous a donné une œuvre très haute, très noble, vraiment œuvre d'artiste : la Jeunesse de Luther^ drame en deux actes, en prose, car M. Albert Fua, — un nom, hier, absolument inconnu.
Ce (Jrame bref n'est, en réaUté, qu'une anecdote de la jeunesse de Luther. Martin Luther, déjà hanté de rêves hautains et de cauchemars absurdes, — car bientôt il ébranlera la Chaire universelle et croira, dans chaque mouche, voir le Diable, — est aimé par la fille et par la femme de son hôte, Cotta. Morose et sinistre amant qui, sous la menace des commandements de Dieu, maudit le péché, et, par une nuit d'orage, s'enfuit vers ses destinées !
Peu de chose? Une œuvre, cependant, non point parfaite, entachée de ressouvenirs, gâtée d'emphase, mais, tout de même, révélatrice d'une aptitude à penser noblement, à heurter dramatiquement les passions, et à s'exprimer en bon français, — ce dernier éloge, j'ai à le faire rare-
ment ! J'ai été fort heureux du boa accueil cpie. le public (qui ne se trompe que bien rarement) a fait à ce drame peu amusant, presque ennuyeux» mais je le répète, noblement conçu, honnêtement écrit, et très bien joué par Mlle Nau et par M. Taillade, vieux lion romantique à la toujours belle crinière.
MH. Jean Laurenty et Fernand Bausex.