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INCESTE D'AMES

Cinq actes en prose.

M. Jean Malatayde.

MINEUR ET SOLDAT. ^ Pièce en un acte, en prose.

Théâtre^-liibre (16 nwoTB).

L'Inceste. « Grime social », disent les unsj d'autres disent : « Grime naturel », et quelquesuns : « Pas crime du tout. » L'histoire profaive tantôt le couronne d'un double diadème royal, tantôt le tolère au lit des empereurs, tantôt Féxècre au lit des papes. L'histoire sacrée le relate, sans trop de malédictions; mais l'Eglise en a horreur ; pour en innocenter l'initiale lanûlle h.u*maine, source unique des races, le patriarclac^ Seldenus (ou Selden) affirma selon d'autres> s,'U

n'îitfiagiTia le premier, qu'Eve, Ttiniverselle mère, enfantait, à chaque gésine, un garçon et une fille, eft que le mariage était interdit par Dieu entre le jumeau et la jumelle; ainsi la possibilité d'un iticeste plus incestueux faisait paraître moins abominable l'inévitable hymen des fraternités moins proches; et Caïn fut réprouvé du Seigneur, parce qu'il convoita sa sœur simultanément conçue et préférée, qui était, par décence, destinée à Abel, son cadet de ventre. Quant aux savants, la plupart hésitent, la crainte de l'affirmation étant le commencement de la sagesse. Ceux qui nTbésitent pas, s'en réfèrent à des statistiques qtri, même d'accord, auraient bien de quoi nous laisser pleitis de doute, car j'imagine que les ikmilles trop tmies se montrent peu soucieuses d'être observées et nombrées ; mais elles ne s'ac* cordent pas du tout, les statistiques. Plusieurs témoignent que l'inceste a pour Postérité la lèpre, la bosse, le goitre, la surdité, la difformité, l'imbècilité, l'impuissance (curieuse inverse : l'imptnssanoe à créer est précisément le résultat obtenu par les animalités, qui, bien éloignées de l'inceste, enjambent, au contraire, d'une espèce à l'autre) ; maïs beaucoup attestent que, de la sœur et 'du frère, de la mère et du fils, du père et de la fille, naissent communément des enfants bien râblés, bien membrus, aux beaux biceps, propres à faire des cuirassiers ou des porteuses dfe fardeaux, et, môme s'ils voulaient continuer les aberrations familiales de naguère, parfaitement aptes à préparer une très robuste lignée l Laissons ces débats. Le certain, c'est que les gens même qui croient l'inceste autorisé par la loi moraie, et non dommageable au point de vue physi-

que, sentent, troubles en leur intime conscience soit par le préjugé, soit pàrrmstinct,onnesaitquel épouvantable méfait dans Thymen des proches. Aucun raisonnement, même excellent, ne prévaudra sur ce fait qu'une horreur nous glace à la seule peïisée de deiix berceaux devenus un seul lit, de la couche maternelle ou paternelle continuée en couche conjugale; et cette horreur se perpétuera, à moins que, non point par la veulerie aveugle de la conscience, mais par une orientation nouvelle de sa lucidité, s'installe au contraire le devoir de ce qui fut le délit, et que, prochainement, la sensibilité morale de l'humanité,, rétrogradant, ne se naturalise, ou, progressant, ne se civilise, jusqu'à s'effarer d'Electre fuyant la couche d'Oreste, ou d'Antigone refusant au vieil Œdipe les consolations nocturnes du baiser! En attendant, l'inceste nous déconcerte et nous stupéfie. Pour moi, lorsque j'eus achevé d'en heurter, dans Zo'har^ la double passion, virilement résolue chez la sœur, féminilement alarmée chez le frère, je gardai de ma témérité vers son vertige, comme d'une penchaison vers l'enfer, je gardai longtemps, oui, longtemps, des frissons d'avoir tenté l'interdit, et des bouleversements d'âme, et des cauchemars d'insomnie. Oh 1 rassurez- vous, la représentation d'Inceste, d'âmes^ au Théâtre-Libre, n'a rien qui puisse mettre en de tels états. On m'assure que la pièce, d'abord, s'appelait Inceste blanc. Ah ! qu'il est blanc ! C'est le Lys de la Perversité. Fée est la sœur de Jean; et ils s'aiment avec une telle ardeur qu'ils regardent ensemble les étoiles; leur plus grave péché c'est de causer tous deux de philosophie, tandis que

Mme Jean vaque aux soins du ménage. Je sais bien que le frère et la sœur échangent, çà et là, des propos un peu trop tendres, et, même, il leur arrive de s'embrasser assez étroitement pour que la femme de Jean ait le droit de s'écrier, entrant à Timproviste : « Eh bien! ne vous gênez pas! » Calomnie. Voulez- vous voir deux anges? Il y a range Jean, il y a l'ange Fée. Et les étoiles le savent bien. Mais elles doivent, à regarder Jean et Fée, s'ennuyer autant que s'ennuyèrent les spectateurs de ce soir. Un personnage aurait pu être intéressant : celui de la petite Odette, l'enfant que, dans un intervalle de la rêverie avec sa sœur, Jean a faite à sa femme. Odette adore sa tante bien plus qu'elle n'aime sa propre mère. Peut-être est-elle bien plutôt née du désir d'une âme que de la^ possession d'un corps ? Mais les auteurs ne se sont pas hasardés à la subtilité de cette physiologique psychologie. Et ils se sont attardés, cinq petits actes durant, à leur petit crime honnête et propret, où Jean et Fée, à peine un peu plus que frère et sœur, et pas amants du tout, ont, dans les veine^, au lieu de sang tumultueux et torride, l'orgeat mêlé d'eau que l'on sert les soirs de bal où viennent les parents, aux jeunes personnes habillées de mousseline blanche et ceinturées de ruban bleu. Inceste pour pensionnat de jeunes demoiselles, — pour Guignol blanc. Quelque souci littéraire a épargné à la pièce de MM. Jean Laurenty et Fernand Hauser une chute désastreuse dont ne l'eussent pas préservée le jeu chaleureux de M. Larochelle et le marionuettisme de Mlle Meuris, petite personne souvent exquise qui, si elle abusait encore, sans aucune émotion V'raie, de l'emphase vocale et

des gestes soudains, finirait par nous faire croire qu'elle n'e^ capable, en effet, qtiê de figurer nne ^petite sainte maigre et fine, descendant d'un vitrail, le long d'un rayon de soleil, avec le petit doigt ea Tair I

Zim ! zim ! boum ! boum! pa ta pottfia ! patapoum î et 'les cornets à piston jouent d'héroïques polkas I Car, véritablement, C'est l'Anarchie, â la fête de Neuilly,sur le tréteau d'un Marseillais envieuîs: de faire saillir *ses muscles, ce bref drame, rude, violent, exces^f, ^-- plutôt tableau mouvant,— ce bref drame, qfu'wn jeune comédien, généreusement ambitieux d'égaler Pétrus Borel et Anicet Bourgeois, a fait jouer, ce soir, sous ce titre de fôble: Minem* et soldat. Voici. Les mineurs se sont mis en grève. « Hélas ! dit le vieux père Lafosse, à quoi bon se mettre en grève ! puisque l'éterael patronat triomphera toujours de réternelle m'isè* re ». Tout de même, puisqu'on a faim, on se révolte; et voici les lignards qui viennent... Or, un des soldats est le fils, précisément, du mineur qui va faire sauter la mine, et il est là, senltinefle qui ne peut pas permettre qu'on passe> et qui, même, ne peut pas parler. Sa promise Pintem)ge et le caresse, sa mère le supplie, son père le maudit, n'importe, il ne bouge po4nt, et ne dît 'pas un mot ! Evidemment, c^est absurde. Mais, tout dé même, il y a dans cette obstination^ même inepte, à la discipline, une ressemblance d'héroïsme qui a très légitimement ému tout le public ; et quand, bourrelé entre ses sen'ttments. de famille et s^ devoirs régimentaires, le jictît Mgnardse tue, l'orteil â la gâche du 'fttsfl (dénoua ment vraiment contradioskoire à la «cène, qu^îl Ètchêvô, car, ijcrnir 5e sidMat, tjètuef, *c%st îiaissèif

l'art au théâtre IST

le révolté libre de faire sauter la mine, c'est le drapeau militaire livrant passage au drapeau du désespoir), l'émotion tout de même a été énorme; tant est grand dans les âmes modernes le souci des douleurs des humbles et des luttes de conscience que cause la misère aux prises avec le désir, Je jeûne de tout vers le rut à tout. D'eirthousiastes applaudissements ont fêté l'un des interprètes du drame, M. Paul Franck, qui, connu jusqu'à ce jour comme un aimable Eraste odéonien, a tout à coup, et d'une façon absoîtmietit imprévue, créé un type ingénu et bon de jeone soldât ahuri entre des devoirs contradfctotrés, et si sincère, et si terrible quand, la balte dans la tête, il marche, tombe, et meurt, effroyablement vaincu. Cependant il ne faut pas attribuer à M. Paul Franck, seul, le succès de ^Où'rôle.li'auteur en peut réclamer quelque part. (îfti me dit que c'est un jeune comédien. Soit. Il a motfîré en effet quelque habitude d,e la mise en tiCène ; h a fait preuve aussi d'une assez intéressscîite inquiétude des philosophiques systèmes et même d'une -parenté avec quelque missionnaire anarchiste qui reviendrait d'un apostolat d'Orient-

H. Auguste Villeroy

HÉRAKLÉA.

Drame en trois actes, ea vom.

Théâtre de V Œuvre (17 mars).

Je ne crois pas avoir jamais entendu de meilleurs faux beaux vers. Et ne vous y trompez pas: ce jeune homme de qui l'Œuvre a joué, ce soir, la première pièce avec une rare somptuosité, sera, avant peu de temps, un poète dramatique fameux. Renonçant, sans peine, j'imagine, à quelque excentricité de forme, qu'il affecta, comme une honnête bourgeoise met une plume rouge à son chapeau (entre nous, je ne pense pas qu'il tienne beaucoup à ses vers ternaires, à ses hiatus, ni qu'il consentît à mourir dans les pires supplices, plutôt que de renier la succession des rimes unisexuelles), calmé, assagi, rassis, non sans un air d'audace encore, il sera joué à l'Odèon, il sera joué à la Comédie-Française, et, de môme qu'il y a M. Henri de Bornier et M. Parodi, il y aura M. Auguste Villeroy, leur émule, leur vainqueur peut-être. Ne cherchez en cette parole aucune arrière-pensée . de dépréciation. Si j'admire sans enthousiasme M. Henri de Bornier et M. Parodi, j'estime, très sincèrement, ces deux très dignes, très laborieux, et en somme très hautains artisans d'une honnête besogne. Tout le monde, ne peut pas être un grand poète, enchantement des lettrés attentifs, éblouissement

de la simple foule. Et, lorsque nous manquent, évidemment, Shakespeare, Corneille, Hugo, il n'y a point de mal, bien au contraire, à ce que des esprits qui ont du moins la grandeur de vouloir paraître grands, donnent au public Tillusion de la Beauté. Vraiment, je pense que M. Auguste Villeroy sera une très illustre apparence de poète. Par l'icarienne ambition de ses visées intellectuelles — mais, voilà*, ce n'est pas tout que de vouloir monter au char solaire, il y faut triompher vertigineusement dans les splendeurs, non pas cocher. Dieu ! — par la sonorité de son grand vers d'or creux d'où se répandent des claironnées retentissantes de vide, il sera la ressemblance du génie ,; il n'inventera rien, mais il clamera, avec emportement, ce qu'il n'inventa point ; il sera, en baudruche violemment coloriée, un géant d'autant plus aisément démesuré qu'il n'y a qu'à le gonfler de vent pour qu'il soit plus immense encore ; et, tandis que de vrais hommes de génie ou des hommes de rare talent attendront longtemps le jour de justice, — qui vient toujours, grâce au tout-juste peuple ! — la gloire lui viendra tout de suite, et superbe, entre des fanfares d'emphase, par ce chemin de la banalité, qui mène le bourgeois au faux poète.

M. Auguste Villeroy sait-il que le très haut et très grand rêveur Ephraïm Mikhaël avait projeté un drame assez proche de celui qu'on vient de représenter? Ephraïm Mîckhaël, lui aussi, recréant une ardente et sublime Hypathie, voulait montrer les races finissantes, — tous ces souvenirs, tous ces vieux rêves, amour, art, beauté, patrie, — cédant à la jeunesse triomphale de la jeune barbarie; et toujours Fortinbras, aurore, recom-

mencement, trompette du jugement à la veille d'un monde nouveau, se dresse sur les ruines et les cendtés des âges révolus ; à ceux qui vont périr, qui doivent périr, il ne reste que la ressource des beaux achèvements et la gloire des héroïsmes suprêmes.

Admirablement incarnée en Mme Second- Veber, Hérakléa glorietise, et princesse, et déesse, — déesse, qui, à vrai dire, éveille un peu trop souvent l'idée de TOIympe aux Bouffes^du-Nord ; superbement survivante en le vieil Empereur dont M. de Max â fait une noble figure d'épopée, la race immémoriale, avec ses fièvres, ses joies, ses rayonnements, avec sa veulerie aussi et sa fatigue d'avoir été si longtemps, succombe aux destins rénovateurs 5 et c'est la fin d'un monde, que suivront d'autres fins, d'autres mondes, et c'est une heure solennelle.

Quel plus beau sujet de poème dramatique pourrait tenter un poète ? Que cela pourrait être magnifique l Quel dommage qu'Ephraïm Mikhaël , n'ait pas réalisé sa conception I Ce soir, nous i n'avons eu que du simili-sublime. Mais beaucoup dé gens croiront que c'est du sublime pour de vrai. De là, les prochains enthousiasmes que 1 soulèvera M. Auguste Villeroy, et dont je suis i heureux d'être le sûp prophète.

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