‹ L'art au théâtre;Chapitre 29 sur 69 · LE PETIT MOUJIK · texte numérisé non relu

LE PETIT MOUJIK

Opérette en trois actes, musique de M. Georges Haakman,

Bouffes-Parisiens (IQ avril).

Tentative. Mélpdrame-opérette. Il n'y a pas de raalà cela. Qu'en pense M. de La Palice, le seul homme dont l'opinion ait une valeur sérieuse ? « Tout est bien qui est bien ». Mais, voilà, le Petit Moujik^ il me semble, en dépit du succès, que ce n'est pas bien du tout. C'est, au contraire, quoique fort compliqué, assez médiocre.et fade ; Berquin a collaboré avec Pixérécourt. Au troisième acte, parlant au romancier Emile Brazin, auteur du Petit Ventre^ — d'ailleurs, il y a dans cette parodie d'un écrivain illustre, une inutilité dont on se serait fâché si l'on n'avait été désarmé par l'évidente et incomparable candeur des librettistes, — le général Barinoff s'écrie : « Mille milliards de ven-

très de cosaques! en voilà des aventures! Vous devriez mettre cela dans votre prochain roman!» Et Emile Brazin réplique; <c C'est une idée, et je vendrai ce roman à Charpentier ! » Eh bien ! les auteurs du Petit Moujik peuvent avoir toutes les espérances, même celle devoir se renouveler, durant de nombreuses soirées, Tenthousiasme, le triomphe, les ovations, la gloire de la répétition générale, et de la première, un peu moins chaleureuse; mais qu'ils renoncent à l'illusion que jamais personne leur emprunte n'importe quoi de (îette pièce-là ! Il s'agit d'un petit Russe qui, de Saint-Pétersboui'g, vient chercher son père au Chat-Noir. « Une trotte ! » comme dit la bouquetière Denise. D'abord, il ne retrouve pas son père, car celui-ci — pour des raisons qui nous restent mystérieuses, — changea son nom de Maurice Fleury en celui de Maurice Henry ; mais il rencontre le général Barinoff, qui s'intéresse à lui, et Denise, à la frimousse ébouriffée comme une touffe de roses moussues, mais au cœur pur comme un lys, qui, après lui avoir payé un bouillon, l'emmène coucher chez la mèrePicou, sa propre maman, concierge d'une maison où logent tous les rapins avec leurs belles amies, et cabotine illustre sous le nom d'Hermance du temps où elle était adorée par le jeune général Barinoff. Donc, Denise est la fille du général I tandis que le petit Moujik est le fils du peintre Maurice Fleury. Double reconnaissance! double attendrissement! et, dans une fête où le grand seigneur russe invite tous les modèles et tous les peintres de Montmartre, .après desdanses russes et des mélodies russes, une mystérieuse personne qui n'est autre que la femme du peintre et la mère du Moujik, survient

dans une ritournelle de chanson, juste à point pour bénir les jeunes et belles amours du petit Russe et de là petite Bouquetière. Or, à ce piètre livret, méli-mèlo de farces grossières et de sentimentalités banales, s'ajoute une musique qui supplée à l'impuissance de rien inventer, par une extraordinaire abondance de souvenirs. Petit moujik, petite miousic. Mais ce ne serait rien qu'elle fut petite et menue, cette musique. — car les grillons ne sont pas tenus d'être des rossignols ! — si, le plus souvent (je ne vois guère a citer que le duo assez tendre du troisième acte, suivi d'un trio assez preste) elle n'était dépourvue, non seulement de toute nouveauté, mais encore de toute vraie émotion et de toute franche allégresse. Ah! combien il est déplorable que le nouveau directeur, M. Grisier, ait, avec une imprudence si artiste, prodigué à un tel ouvrage les magnifiques décors, — celui de la rue Victor-Masse, devant le Chat-Noir, est un tableau vraiment remarquable, — et les costumes éclatants. Combien je lui souhaiterais un succès considérable et prolongé 1 Mais je crains bien que rien ne triomphe de l'ennu» qu'imposeront bientôt ces trois actes, rien, pas même la grâce souriante et la voix aimable de Mlle Lambrecht, — oh ! que cette jeune femme a maigri! oli ! que sont devenus les «charmes exubérants dont elle nousétonna lorscjue, aux Menus- Plaisirs, elle remplissait à lescrever (espérance!) la tunique et la culotte d'un lycéen! — pas même la joliesse de Mlle Lili Verne, ni la drôlerie anglaise de Mme Fanny Genat, une artiste sûre, ni la bonne humeur montmartroise de M. Dupré, ni la franche, heureuse, rayonnante joie de MmeDesclauzas, qui, dans un rôle d'une étonnante banalité '

et d'une étonnante niaiserie, finit par nous faire rire à force de rire si sincèrement, elle-même î

HM. Lioratet Ordonneau.

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