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LES DEUX SŒURS

Comédie en trois actes, en prose, ^

Théâtre de VOdéon (22 avril).

Enfin, elle devient irritante, inquiétante aussi, cette obsting^tion de la plupart des jeunes auteurs de comédies, à nous montrer seulement de tout petits traits de caractère, de tout petits détails de mœurs ou de passion, de tout petits faits-divers de la destinée, de toutes petites minutes du temps, en un mot la menuaille insipide de la vie. Que si leur ambition s'avouait bornée à n'étudier que le grouillement coutumier et casanier, dans des coins paisibles, de . bonnes petites fourmilières bourgeoises et familières, — ça, c'est un théâtre aussi, théâtre dont l'étonnant et imbécile Henri Monnier fut à la fois l'Eschyle, le Shakespeare, le Corneille, le Molière, le Beaumarchais, le

Marivaux, le Gœthe, l'Alfred de Musset, et le Victor Hugo, — ils ne mériteraient aucun reproche, faisant ce qu'ils voulurent faire ; la chèvre broute où elle est attachée ; et il n'y a rien à dire si, après qu'elle a brouté, la crotte est louable. Mais le plus souvent, au contraire, ils s'adonnent, — malins chercheurs de Clous, — à des sujets propres à intéresser, à troubler même, non pas un seul quartier de la petite ville de Louis-Benoît Picard, mais toute la moderne conscience humaine ; et, alors, de quel droit restreignent-ils jusqu'au presque-rien-du-tout des particularités strictes les généralités auxquelles ils hasardèrent de prétendre ? je ne les blâme point, ah ! certes non, d'oser les énigmes de l'âme ou les problèmes sociaux, — car chaque fois que le rideau se lève, s fût-ce au théâtre Déjazet, il me semble que c'est la beauté et la justice, et tout le sublime avenir, qui seront la toile de fond, — mais qu'est-ce qui les autorise, m'ayant induit en de souveraines et vastes chimères, à m'en faire descendre jusqu'à l'anecdote et à la menue drôlerie, pas toujours drôle ? J'ai le droit de leur en vouloir, non pas de choir à leur niveau normal, mais de m'avoir offert une échelle, dont les échelons craquèrent vite, vers un niveau supérieur ; et l'on n'aime pas à avoir été dupe de vaudevillistes travestis en penseurs ; il serait plus honnête de commencer la pièce par le couplet final. Avec l'air de rire, je ne suis pas en humeur de rire. Je juge déplorable qu'il n'y ait plus d'amour dans les pièces d'amour ; que celui qui aime hésite à dire qu'il aime ou ne le dise qu'en des phrases restrictives remémorées des dialogues de la Vie Parisienne^ et surtout hésite à tenter, de

tendres promesses personnelles, celle dont j'accorde encore, par courtoisie, qu'il soit, sans espoir de débauche, amoureux ; et je déplore aussi que l'Adultère, naguère dernier refuge, honnête relativement, des vertus qui n'en pouvaient plus d'être vertueuses et de souffrir de l'être, que l'Adultère, — : éternelle occasion de conflit humain, puisqu'il met en lutte l'orgueil de la possession légitime et le non moins normal désir de la possession usurpée, — tout de suite aille s'attarder, sans achèvement peut-être, en des flirts dans la serre, sous des fleurs artificielles, moiiis fausses que les bouches qui ne sç joignent point de peur de faire fondre le blond aux moustaches de l'amant et le rose aux lèvres de l'amante ! D'ailleurs, ils valsèrent, tout le bal, ensemble, et le mensonge des délices dont, s'étreignant dans la danse bien plus étroitement qu'ils ne se fussent enlacés dans le lit, ils scandalisèrent, pour maintenir leur réputation, les personnes qui ne sont pas bien au courant des choses, les autorise à la petite fatigue • de dédaigner une joie dont ilr ne furent jamais dignes. Et, de même, pour ne plus parler de l'amour, — auquel on pourrait croire que je m'intéresse spécialement à cause des rimes riches que je lui dédiai, — je déplore que depuis dix ans, aucun poète, confrontant les religions qui doutent, les.athéismes qui ont peur, les sciences charlatanesques et les doctrines spirites qui font tourner sur un imaginaire Sinaï les douze Guéridons de la Loi, n'ait témérairement tenté, au théâtre, le Mystère, intime épouvante de toutes les âmes ; ou bien, s'émouvant aux détresses éplorées des bras noirs qui se lèvent hors des ateliers des villes et, plus noirs, hors des mines avec des poings

plus crispés, n'ait crié, grincé, hurlé, , quelque drame de rage et de tendresse aussi, où nous aurions appris, nous, pleins d'allégresse, et, même dans nos désespoirs, soulagés par tant de vaines consolations, ce que nous ignorons tous, je veux dire : le prix de la demi-livre de pain I Et les auteurs dramatiques ont tort de croire que la question sociale est résolue par un mariage réussi ou un adultère manqué.

Comme je blâmais, hier, M. Maxime Gray d'avoir réduit la question de l'antisémitisme à un goût partagé ou non pour le Lard, je demeure fâché que M. Jean Thorel n'ait fait de la rivalité de deux sœurs éprises du même homme qu'une comédie aimable, parfois attendrie, et qui, dès les premières scènes, affirme qu'elle s'achèvera, inévitablement, en un compromis où la plus vieille dame de la rue Servandoni acquiesce, le mouchoir aux paupières. Gomment, c'est vrai? c'est pour cela que vous avez mis aux prises, chacune d'un côté d'un imbécile, d'autant plus adorable qu'il est imbécile, deux jeunes femmes, deux sœurs, l'une mariée et folâtre, l'autre veuve et chrétienne? Sapristi! voilà des circonstances d'où pourrait jaillir un drame, et, du heurt de cette sœur mar mariée, avec cette sœur dèmariée par la mort, va surgir sans doute quelque échange de passion violente? Ah! que non point. L'amour de l'une, la catholicité de l'autre, s'accommodent en un dénoûment qui aurait pu être autre si quelque nouvelle avait été apportée par quelque valet. Je ne puis dire à quel point je m'ennuie de ces tricheries qui font que ceux qui aiment, aiment un peu, n'aiment pas assez. Si j'étais l'une des sœurs, j'aurais déjà étranglé l'au-

tre, .et, si j'étais Tautre, j'aurais étranglé rîiiie avant môme que celle-ci songeât à mon étranglement ! La vérité, c'est que tous ces amoureux-Jà ignorent, ne soupçonnent même pas la virilité, la féminilité, la sincérité, la véracité de se ruer dans Taccoraplissement brutal et sûr du baiser ; et, pen-» chée vers eux en une condescendante divinité de geste, penchée vers les lits de soies et de parfums qu'elle leur imagina — rebord de fortifs ou gazons sous des ifs — l'Aphrodite de Pierre Louys, qui a toujours raison, étant déesse, leur dit: « Eh ! bien, que faites-vous là? Et si tu ne veux point d'elle, je sais d'où lui amener, pendant que tu partiras honteux, des mâles si gras et si fermes que jamais elle n'en vit de tels, et des femelles aussi, si tendres, si parfumées et pourtant si enorgueillies de petits seins durs comme des fesses d'èphèbe, que s'en étonneront ses souvenirs d'avoir lu Pétrone ! ».

A rodèon, vue d'un peu loin, Mlle Dux est belle, trop pâle ; il ne faut pas renoncer aux fards coutumiers, la rampe a ses exigences. Je suis très hésitant quant à Mlle Rose Syma ; tantôt je l'ai entendue charmante, quand elle disait des vers derrière des toiles sombres trouées d'aquarelles lumineuses ; tantôt je l'ai vue jeune fille aimable en des pièces bourgeoises ; mais si jamais elle ne m'a fait de chagrin, jamais elle ne m*a causé d'extrême joie ; je ne sais pas du tout ce qu'elle va devenir ; elle n'est point sotte, elle emploie beaucoup d'intelligence et d'effort à faire des dons fort agréables. Mais, voilà, son naturel, ni sa volonté n'atteignent pas à la personnalité. A ce propos, je veux dire que l'Odéon joue vraiment mal la comédie; sa façon de mettre en scène s'autorise

trop de la complaisance que lui témoignent, les jeudis, les mères de famille soucieuses surtout que les lycéens n'aillent pas boire des bocks dans les brasseries où servent des femmes. Cependant j'approuve le jeu très sûr de M. Céalis qui a composé, adroitement, un personnage qu'on n'aurait pas dû lui faire jouer; et M. Rousselle a -exprimé avec une inévitable niaiserie Tinflexion tendre à droite, puis tendre à gauche, de Tamoureux que deux femmes se disputent. Hélas l qu'il est difficile d'être le Don Juan de deux Elvires. M. Rousselle a réussi à n'être qu'à peine ridicule, c'est extraordinaire. Quant au théâtre de rOdéon, il a très bien fait, en somme, de jouer les Deux sœurs j pièce aimable, succès aimable, et onze cents francs tous les soirs en attendant la fermeture ; car on ne peut pas jouer tout le temps quelque chef-d'œuvre de mon fraternel ami François Coppée , et il est très honnête et conforme à un antique cahier des charges de jouer des pièces en trois actes qui se développent en des décors cent fois vus et qui, sans coûter un sou, satisfont aux exigences de la littérature et celles de la Subvention.

Paul Ginisty et Charles Samson.

Catherine de Russie.

Drame historique ea cinq actes et douze tableaux

Théâtre du Châtelet (25 avril).

Le tzar Pierre III a été étranglé. Par quelle volonté ? L'histoire hésite. Certes, elle était bien ca-

pable, la sournoise et violente, la glissante et formidable Catherine, qui, petite princesse d^4nhalt-Zerbst, pas encore grande-duchesse, se prédestinait déjà, à seize ans, impératrice de son chef; qui, bientôt, ècartèlerait le peuple de Pologne de ses atroces mains voleuses, et ferait mourir dans un cachot, toute jeunette, la princesse Tarakanol séduite et livrée par Tinfâme Alexis Orlof ; elle était bien capable, celle que Diderot flagornait ainsi : «, C'est Fâme de Brutus avec les charmes de Cléopâtre, » celle qui disait : « Je savais que fêtais homme » non seulement comme l'entendait Sulpicius de Tullia (Quoniamhomo nata fuerat)^ mais aussi comme l'entend ait ia Messaline de Juvénal, criant : « Homo sum J » de faire assassiner l'imbécile mari qui ne la féconda que parmi d'immondes et burlesques cérémonies, l'imbécile empereur, qui, loin de commander à des escadrons conquérants, fut généralissime d'une armée de poupées et de soldats de bois, de plomb, d'amadou et de cire 1

Le drame de MM. Paul Ginisty et Charles Samson croit à l'innocence de Catherine. C'est son droit.

Sanglante ou non, la tzarine triomphe ; non seu- . lement elle est le plus haut des sommets humains, mais elle pousse l'énormité hautaine jusqu'à pouvoir, sans être moindre, se faire plaisante, amusante, amuseuse ; elle peut, tant elle est suprême, jouer à « trois petits pâtés, ma chemise brûle »... elle a le droit du ridicule I Elle a mieux encore : l'amour. Un beau jeune soldat lui appartient, Serge MamonolT, qu'elle a choisi d'un regard, et qu'elle conquiert d'un geste. Et si on applaudit la comédie qu'elle va faire jouer tout à l'heure

après le menuet, rien ne manquera à son victorieux enchantement ! Mais le destin surveille la gloire et la joie humaines, et ne leur permet pas la durée. Contre l'amour de Catherine, survient, terrible justement d'être si frêle et si mignonne, Daria, la fille du prince Valinski, qui fut, aux environs de Grodno, l'enfantine amie, la fiancée de Serge Mamonoff ; et contre la puissance de Catherine se dresse, surgi l'on ne sait d'où, incarnation peut-être, en un seul homme aux miséricordes de dieu et aux enthousiasmes de prophète, de toutes les misères et de fous les espoirs de . l'immense multitude russe, l'étrange . Yémilian Pougatcheft' qui est resté mystérieux à l'histoire et que seul peut-être a compris le génie du grand poète Pouchkine. Il a paru, très doux, très pâle, pareil au Christ des images, et, soudainement, les pauvres, les affamés, les désolés, les amantes à qui la guerre prend leurs amants, les mères veuves de leurs fils, et tous les orpheUns de tous les bonheurs, ont cru en lui, l'ont aimé, l'ont adoré.. Et voici qu'il marche à travers la Russie, suivi du pitoyable et redoutable troupeau des dénûments et des rancunes. Puis, il devient plus dangereux encore à la toute-puissance de la tzarine ; car une ressemblance parfaite avec l'empereur assassiné, — ressemblance que révèle à Pougatcheflf. la princesse Parania, évadée de Sibérie, et, naguère favorite de Pierre III, — en fait aux yeux de l'énorme peuple crédule Pierre III luimême, revendicateur légitime du trône d'où il fut précipité. Et ceci, vraiment, c'est très beau. Oui, j'admire que Catherine soit mise en péril par la vivante image justement de cdlui qu'elle découronna, qu'elle assassina peut-être. Pas de

crihie sans spectre ! pas de chevet coupable sans apparitions àTentour, soit qu'elles osent être fantasmatiques en effet, comme Banque, ou comme l'âme errante du père d'Hamlet, soit que, comme Pierre III sous l'apparenae de Pougatchef, elles usent du vraisemblable stratagème des analogies physiques ou des coïncidences. Catherine s'épouvante l Pas longtemps. Elle est un esprit clair, un cœur ferme, une force égale aux plus violentes , rudesses du sort. Il ne faut pas que se perpétue la légende de Pierre III vivant. Il faut prouver au peuple que Pierre III est mort. Donc on ouvrira la tombe impériale, et l'on fera voir à tous le cadavre aux marques d'étranglement caillées. Mais quand le cercueil a glissé du trou de pierre obscure, quand on ouvre le cercueil, il apparaît vide. C'est un spectacle tragique cette bière sans mort. Et, pourtant, il faut prouver qu'il n'existe plus, le tzar ! Mais, qui donc pourrait rendre témoignage de son trépas, sinon les assassins eux-mêmes ? Pour un peu, Catherine a'accuserait du meurtre, — car, fut-ce au prix de la haine éternelle des hommes et de la malédi ction de l'histoire, elle doit défendre et maintenir sa toute-puissance. Alexis Orloff lui épargne l'horreur d'une aussi abominable parole, peut-être sincère, peut être menteuse. Pris d'une sorte d'effroyable vertige devant le vide du cercueil, emporté aussi par on ne sait quelle frénésie d'ancienne passion rénovée pour sa souveraine, il clame que le tzar est mort, bien mort, oui, puisqu'il l'a tué, lui, Orloff !... Rien de plus poignant, rien de plus sinistrement tragique que ce serment de l'assassin, niant la vacuité de la tombe ! Dès lors, soit que la foi des misérables se soit ralentie, soit

que les rebelles en veuillent à leur chef de réprouï ver les vols, les viols, les pillages, les meurtres, les incendies, décline la fortune de Pougatcheff. Mais d'autres tourments bourrèlent Catherine ; elle surprend aux pieds de Daria, Serge MamonofiF; ce jeune homme pensait que Ton peut être favori sans cesser d'être fiancé, — et l'impératrice souffre abominablement, comme une femme amoureuse, comme une vraie femme amoureuse et trahie ; l'écroulement de l'empire sur sa tête ne lui serait pas plus épouvantable que l'écroulément du bonheur dans son cœur. Mais sa lâcheté dure peu. iClIe se reconquiert. Elle n est plus amante, elle n'est que tzarine;les « regrets du lit » ne lui feront pas oublierl'orgueil du trône. Livré par les siens, enfermé dans une cage de fer, Pougatcheff est exécuté à Moscou, après avoir avoué,

— résultat d'une scène entre Catherine et lui, à qui n'a manqué, me semble-t-il, pour être tt)ut à fait belle, que d'être moins écourtée, moins bornée aux banales idées de patrie, de devoir actuel,

— après avoir avoué qu'il usurpa le nom de Pierre m. Alors Catherine-la-grande, en long manteau d'or où s'éploient des aigles noirs, pardonnent à Serge et à Daria, les marie, et, impériale comme Auguste, elle qui prisait peu Racine, — ce dont je la blâme à peine, — mais qui raffolait de Corneille, — ce dont je là loue passionnément, —

. elle pourrait dire :

G siècles ! 0 mémoire !

Conservez à jamais ma dernière victoire! Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux, De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous !

Tel est ce drame. Je sais les objections que Ton y peut faire. Comme toutes les pièces que remplit presque entières un personnage liistorique, il consent à trop d'anecdotes connues, il s'amuse à trop de détails fameux, et même il sacrifie quelquefois la logique du dialogue à la curiosité d'y insérer des mots, des répliques, relatés dans les auteurs. En outre, j'aime assez peu la greluchonnerie indécise et équivoque de Serge MamonofF; j'aime encore moins la sentimentalité bébête, mise là exprès, de cette petite sotte de 'Daria. N'importe. Voici, — chose rare, — un ouvrage qui témoigne d'une haute probité littéraire et d'une ambition vaillante. L'action, vaste et simple, intéresse par la puissance tragique, non par les misérables ficelles des ordinaires imbroglios ; c'est comme une grande fresque aux beaux groupes, aux nobles gestes. Si, dans Cathe^ * rine de Russie, le langage ne s'élève point jusqu'à de souveraines beautés, du moins il ne descend jamais au patois emphatique des mélodrames coutumiers ; et l'on peut s'abandonner à l'émotion sans craindre d'en être secoué par quelque inepte phrase ou quelque imbécile parole.

Mlle Tessandier est une admirable Catherine ; elle a eu la joie, la grandeur, l'orgueil vraiment de la xoute-puissance, avec la chaleur, Temportement, le désespoir de tout l'amour; et M. Philippe Garnier, — Pougatchefl", — pas assez cosaque, mais suffisamment évangèlique, a tout ce qu'il faut pour donner à des moujiks l'illusion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Hélas ! c'est fini de louer. Non point que plusieurs artistes de valeur ne complètent la distri-

bution de ce drame; mais, soit qu'il n'ait pas été assez soigneusement répété, soit que l'on ait donné aux acteurs les rôles précisément qui ne leur convenaient point, j'ai éprouvé la gêne d'un ensemble médiocre, pour ne point dire pis. En outre, la figuration semble avoir été réglée avec négligence, et la mise en scène n'a pas de quoi satisfaire pleinement. J'accorde que quelques costumes sont éclatants, qu'un vaste menuet a fort agréablement mêlé les chatoiements multicolores des satins. Mais il m'a été impossible d'admirer des décors qui ont donné aux moins clairvoyants une impression de déjà vu ; le mobilier de l'Ermitage rappelle beaucouj) trop les canapés peinturés d'or qui, dans les féeries, se transforment en lits, les tables d'où jaillira la mauvaise fée, et les chaises qui grimperont, grimperont jusqu'aux frises, enlevant l'écuyer comique du Prince Charmant ! Etant donné le zèle bien connu de la direction du Châtélet pour les véritables œuvres d'art, nous pouvions nous attendre à plus de pittoresque, à moins d'économie ; et, dans tout autre théâtre, le soupçon n'aurait pas laissé de venir à quelques personnes malveillantes, — comme il y en a souvent, les soirs de premières, — que la direction se verrait sans nul chagrin dans l'obligation de reprendre, aussi prochainement que possible, quelque antique pièce à spectacle, chère aux marchands de billets à demi-droit, et au Chef de Claque.

M. Alfred Mortier.

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