UN DIVORCE
Drame en un acte.
H. José Echegarray.
LE GRAND GALEOTO.
Drame en trois actes et un prologue, traductions de
MmeLETiziA de Rute.
Théâtre International (20 mai).
En attendant que Mme Letizia de Rute nous amène de Portugal, selon sa belle promesse, « des Victor Hugo, des Lamartine, des Thiers, des Dumas, des Janin, des Augier », elle nous donne M. Antonio Ennès, de qui la petite pièce à la fois excessive et banale, emphatique et vulgaire, démontre clairement qu'il n'a rien de commun avec les Victor Hugo promis. Pour ce qui est du Grand Galeoto, le Théâtre des Poètes la déjà joué tout récemment ; encore que Mme Archaimbaud ne manque pas d'élégance ni de sensibilité, l'interprétation nouvelle est sensiblement inférieure à celle de naguère ; mais, à cause de moins de coupures, de moins d'arrangement, et d^une traduction qui semble plus proche du texte, le drame de M. Echegarray a paru plus neuf, plus personnel, plus passionné, et, souvent, nous a intéressé par quelque hautaine et franche espagnolade.
H. Edmond Sée
LA BREBIS Comédie en deux actes.
MM. Lco Trezenick et Pierre Soulaine
LE TANDEM Comédie en deux actes.
Théâtre de V Œuvré (22 mai).
Edmond Sée. Retenez ce nora. Je le crois destiné à une très belle renommée. Qu'un jeune homme, — un très jeune homme, m'assure-t-on — sôit doué d'une si pénétrante subtihté d'observation, d'une telle faculté d'expression, c'est absolument extraordinaire ; et la Brebis est une pièce à la fois atroce et exquise qui promet de puissantes et hautes œuvres. Si je ne me trompe, M. Edmond Sée procède à la fois — car nul n'est sans origine ! — de Marivaux et de Villiers de risle-Adam. Si singulier que puisse sembler au premier moment l'assemblage, en un esprit, de ces deux esprits, j'y insiste. De Marivaux, M. Edmond Sée a le caprice obstiné des complications psychologiques, avec la joliesse et le maniérisme du langage ; de Villiers de Tlsle-d'Adam, auteur des Contes cruels^ il a hérité l'artiste barba-
rie, — le pince-sans-rire, — de tordre les cœurs humains pour en faire sortir goutte à goutte leurs vilenies, leurs égoïsraes, leurs calculs, et, surtout, leurs ingénuités, souvent plus abominables que leur préméditation de vices ou de crimes. En général, Thomme, sans en être meilleur, est bien plus naïf, niais même, que volontairement méchant ; et M. Edmond Sée, dans la BrebiSy insiste particulièrement sur Timbécillité de la femme. Ah l combien il a raison ! Combien la femme qui, à cause de l'immémoriale infatuation d'hypocrisie, de stratagème, de triomphe par le mensonge, que lui conseille, daiis les fabliaux, dans les comédies, dans les romans, et dans la vie, la condescendance apitoyée de Thomme, est facile, en effet, dès, qu'elle aime ou croit aimer, ce qui est presque la même chose, à la ruse virile, dés que l'homme daigne y c'onsentir. En réalité, — pour des raisocs que je n'ai point le temps d'ènumérer ici, mais que j'ai ^souvent signalées, — l'homme n'est dupe de la femme, que s'il le veut bien, mais la femme est la diipe de l'homme, très souvent, sans le vouloir. La Brebis, c'est Lucienne, une personne qui a deux amants. Voilà une belle malice? deux amants? est-elle bien sûre que chacun de ses deux amants n'a pas trois maîtresses? Et, parce qu'elle en est un peu éprise, celui de ses deux amis qu'elle croit préférer, lui fait faire tout ce qu'il veut, sans même avoir besoin d'insister pour qu'elle le fasse. Assez vilain monsieur, — tout de inême très peu rare, n'importe qui, — le préféré, appelé Pierre, conseille à sa maîtresse d être beaucoup . plus aimable avec « l'autre », car si celui-ci n'est iJas heui'eux, n'est pas choyé, soutenu.
encouragé, * il laisser^ péricliter la maison de banque où le préféré a placé des fonds. Pierre^ vous voyez, — pareil à d'autres, — n'est pas dépourvu de quelque igonomie ^ « Ah ! que tu es délicat ! » dit Lucienne. D'ailleurs, elle a pour amie Georgette, adorée par un jeune homme riche, robuste, noble, et uniquement affolée d'un vieil homme à barbe blanche qui n'a pas le sou, mais qui s'adonne à des madrigaux. Dupe aussi, Georgette I « Pauvres hommes que nous sommes! » dit une chanson. « Pauvres femmes!» dit la réalité. Ef, vraiment, elles sont trop naïves. Telle est l'idée, fort agaçante à la vanité de nos amies, et de nos ennemies, mais si vraie, si juste, si éternellement vraie, si éternellement juste, que M. Edniond Sée, avec quelques incertitudes çà et là, a développée en sa comédie où abondent les traits de fine observation non pas superficielle, mais intense, les mots soudains exprimant tout un état d'âme ou de cœur, et qui a été admirablement jouée, — l'Œuvre, ce soir, c'était la Comédie -Française en belle humeur de jeunesse et d'audace, — par Mlle Dallet, qui sera tout à fait parfaite lorsque, si ressemblante à la fois à Mme Céline Chaumont et à Mlle Reichenberg, elle ne sera plus que Mlle Dallet elle-même ; par M. Henry Burguet, si naïvement tendre, si amoureusement bébête, — c'est le mouton-brebis ; par Mlle Auclaire, décidée à toutes les concessions, et même par Mlle Zaessinger, dite Fanny-àla-belle-démarche ! Le succès a été considérable, — et légitime. M. Edmond Sée nous apparaît, après ce soir, comme un des jeunes hommes le mieux et le plus sûrement doués de la génération nouvelle.
Je rie me suis pas beaucoup plu â le Tande^iu^ qui commençait à la répétition générale le spectacle de l'Œuvre et le terminait aujourd'hui. C'est un vaudeville sans excentricité qui aurait pu être joué dans quelque théâtre régulier, mais qui, je pense, n'y aurait pas plus réussi qu'il n'a triomphé ce soir dans un théâtre à côté. L'anecdote du mari qui monte à tandem avec l'amant de sa femme n'est pas pour particulièrement èmoustiller nos ennuis désabusés ; et il n'y a rien de plus démodé que la « rossetie », d'ailleurs, ici, si timide. Mais M. Saint-Germain est toujours un très parfait comédien; Mlle EUen Andrée, aimable, ne manque pas de grâce grasse; et, de nouveau, il faut célébrer Mlle Zsessinger qui, ici encore, a mérité, comme dans la Brebis^ l'épithète « à-la-belle-démarche, » désormais acharnée à cette jeune personne, sœur des canes dodelinantes.
H. Walder-Destéves
MIRACLE Evocation en vers libres.
M. Jean Heudrot