PANTOMIME
Théâtre de la Gaîté (11 janvier.)
Bien que l'idée d'élever une statue à Claris de Florian ait quelque chose de comparable au projet de construire une pyramide plus grande que celle de Khèops sur la momie, bandelettée d'un brin d'herbe, d'une coccinelle des bois, je vois sans chagrin, si disproportionné qu'il soit, cet hommage rendu à un poète, parfois ingénieux, et presque toujours aimable. Certes, il aurait suffi d'une petite figurine de sucre rose commandée chez Boissier ! N'importe, il faut louer les organisateurs de la matinée au théâtre de la Gaîté, d'avoir groupé autour de Mme Patti, cet Encore qui s'obstine en Toujours, des artistes tels que le grand Taillade, Mlle Sanderson, Mme Tessandier, Paul Mounet, Soulacroix, Albert Lambert fils. Pour ce qui est de rendre compte de Mirka V Enchanteresse y il faut que je me récuse. Je suis persuadé que la pantomime de M. Georges Boyer développe une ingénieuse donnée en vingt scènes tout à fait jolies et neuves; mais je ne puis l'affirmer. Hier, à la répétition générale, sur la scène mal éclairée, dans un décor de verdure, puis, dans un décor de roches sombres, les principaux interprètes, en costumes de ville, parmi des danseurs habillés en villageois, et des figurants habillés en militaires, j'ai à peine dé-
iO l'art au THEATRE
mêlé qu'une jeune demoiselle était fort aimée ' d'un jeune' mcmsieiir, à la grande satisfaction d'une vieille femme, et malgré la^ grande colère d'vin vieil homme. Le. jeune monsieur, qui semble d'humeur irritable, se bat d'abord avec le vieux, puis, parti pour la guerre, souffleté avec un paquet de cordes un officier (était-ce un officier ? le comédien était en veston) qui s'est avisé de courtiser un peu vivement la jeune demoiselle. Tumulte au camp, brouhaha, discorde, grabuge, parmi tout ce bruit un ballet où Mlle Lamothe, dans un pas exquisement dansé, et tout de vieil or vêtue, a montré sa grâce un peu grasse. La fiancée se désespère ; mais Mlle Sanderson, fée Oriane ou dame Holda, sort d'une roche et fait comprendre à Mirka que, pour triompher de tous les maur vais destins et vaincre tous sesenn^nis,ellen'a qu'à chanter. Alors, naturellement, Mme Patti chante. Au milieu de l'extase de tons les personnages peu à peu revenus, elle chante- Et comme tout ne serait rien après que Mme Patti a chanté, — c'est fini. Pour ce qui est de la musique de M. A. Poilonais, assez médiocrement exécutée par l'orchestre, elle m'a paru d'une fadeur aimable. Mais, aujourd'hui, toutes choses mises au point, le scénario et la musique ont peut-être (je dis peut-être, n'ayant pas reçu de service pour la première représentation) produit une impression énorme et allumé les plus excessifs enthousiasmes l Je le souhaite bien volontiers. Detoute façon, la recette n'aura pas manqué d'être très belle (oh I la grande statue !) et la fauvette, devenue Sarcelle, n'a pas posé un Lapin à M. de Florian.
H. Ernest d'HervilIy.
l'hommage de FLIPOTB. • A-propos en vers.
Comédie Française (15 janvier).
. Léo Claretie et Henri Poter.