AU BONHEUR BES DAMES
Pièce en six tableaux, tirée du roman de M. Emile Zola.
Théâtre du Gymnase (5 juin).
Menues, exiguës, étriquées, les quelques scènes de MM. Ch.- Hugot et Raoul de Saint-Arroman ne rappellent en aucune façon l'énormité, le tumulte, le tohu-bohu formidable del'œuvre d'où elles sont tirées; et la pièce ressemble au roman comme une taupinière à la pyramide de Khéops. Mais, tout de même, cette succession de brefs tableaux, qui éveille Tidée d'une réduction cinématographique, ne laissent pas d'être divertissante, émouvante aussi lorsque M"^ Leconte soupire, ingénue irrémédiable, ou que larmoie M"^ Marty,ouque se lamente M. Dailly, bon gros homme bouffi et bouffon qui fondenlarmes, ne fond pas assez. L'envergure conquérante, l'espèce de génie qu'Emile Zola donne a son Octave Mouret, font totalement défaut à M. Noblet; maïs il a la barbe allègre et le geste' spirituel. Somme toute, avec tant de belles jeunes femmes, — ah 1 que M"^ Breval est jolie, un peu ressemblante ?i - M"^ Brandès, — voici un spectacle qui ne manquera pas de plaire aux personnes désireuses, dès les premières chaleurs, d'éviter la fatigue de l'attention ; et la mise en scène, brillante, mouvante, pittoresque, éclatante, parfaite, est poussée à un tel degré de réa-
lisme que, au tableau du réfectoire, il sort véritablement des cuisines une odeur de raie pourrie et de beurre rance, et que, dans la sincérité du jeu, l'un des artistes — mais peut-^tre ce geste, qui a eu beaucoup de succès, ne sera-t-il pas reproduit tous les soirs— a jeté le vin de sonverre sur les spectatrices du premier rang des fauteuils d^orchestre.
M. Leîèbre-Henri.