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LES FEMMES QUI FONT DES SCÈNES

Pièce mêlée de chant, eti trois actes.

UM. Jules Oudot et Henri de Gorsse«

l'impôt sur la revue.

Actualité en uu acte.

Théâtre Cluny (18 juin).

Il n'y a aucune raison pour ne pas reprendre, même très vieilles, les bonnes pièces, graves ou farces. Affichez demain les Bur graves ou les Saltimbanques^ je n^aurai garde de m'en plaindre. Ce qui est déplorable, c'est que la Comédie- Française nous rende Montjoie^ et Cluny les Femmes qui font des scènes. Quoi ! M. Marx, directeur omnipotent, autocrate à qui obéissent tant de vaudevilles, d'opérettes et de revues, — c'est à cause de cela qu'on l'appelle le Tsar de Toutes les Scies ! — n'aurait-il pu faire quelque autre choix ? Je suis d'autant plus tenté de lui chercher querelle, que le nom d'un exquis lettré se trouve mêlé à cette pénible aventure. Nul, en ce siècle, n'eut l'esprit plus aimable, plus fin, plus délié, que Charles Monselet, et il écrivait d'un style tout de grâce et de malice, qu'admiraient Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Villiers de l'Isle-A^am. Etait-il bien nécessaire de

rappeler au public que le pimpant Abbé de lettres, le tout musqué Monsieur de Cupidon commit un jour la faute de signer un lamentable vaudeville où rien ne demeure d'un livre charmant, que le titre ? Et M. Marx n'aura pas même Pexcuse du succès, car il est bien évident que, en dépit de quelques mots heureux et de quelques couplets rimes dans la manière de Charles Monselet ou de Richard Lesclide, personne ne saurait prendie plaisir à ce bicentenaire et puéril irabro-* glio, où quatre maris, excédés des scènes que leur font leurs quatre femmes, s'en divertissent avec quatre griseltes férues d'art di*amatique ; divertissement qui ne tarderait pas à être dénué de toute vertu, si un honnête professeur de déclamation, — c'est M. AUart, excellent acteur bouflFe, — ne conseillait aux quatre femmes d'être aussi douces, aussi gaies, et même aussi « mousse de Champagne » que les quatre grisettes, et, par ce stratagème, où sévit la morale mise en action par un Paul de Kock tombé en enfance, ne rendait les quatre maris à leurs quatre femmes. D'ailleurs, en général, la pièce est jouée comme par une société d'amateurs dans la grande salle du pâtissier de Choisy-le-Roi. Heureusement pour le théâtre Cluny, la soirée s'achève de la plus agréable façon. C'est vraiment preste, gai, frivole, et parisien comme un jouet de camelot, VImpôtsur la Revue^ actualité en un acte, de MM. Henry de Gorsse et Jules Oudot. Quq toutes les jeunes personnes* qui figurent, en cette œuvre, sous divers costume^, ou hors de divers costumes, surpassent en beauté Iphianassa, de Milet, et M"'' Cleo, du Salon du Champ de Mars, je n'en ai pu avoir, de la loge où j'étais, d'assez palpables preuves, pour

]'oser affirmer ; mais M"'' Norcy, étonnamment nue, — notre étonnement n'a rien eu de pénible — est une comédienne qui ne manque point d'attrayante inexpérience, surtout quand elle a encore son maiïteau ! et M"^ Filliaux, jolie comme des amours qui seraient des anges, chantant d'une légère et souple voix à peu près juste, serait tout à fait adorable si elle avait un peu plus de folle humeur, àe fantaisie harciie, en un mot de diable au corps... A quoi songç le diable, de ne pas être en ce joli corps-là? Et l'on a applaudi beaucoup de joyeux couplets, où le rythme est preste, où la rime, pas toujours prévue, est drôle. Chantée avec une drôlerie excessive par M. Hamilton habillé en M'"*" Plumart, la complainte des deux nouveaux directeurs del'Odéon, pas méchante, et tout à fait bouffonne, a été justement bissée parmi d'inextinguibles rires. A parler franc, je déplore les facéties sur Emile Zola et l'Académie. Une fois, deux fois, trois fois, elle a pu paraître piquante, cette plaisanterie-là ; la centième fois, *elle n'est plus que sottement outrageuse. Mais le moyen de ne pas s'esclaflfer lorsque l'enthousiaste et mystique chant : « Anges . purs ! Anges radieux ! » célèbre les ailes blan- ' ches de M. Allard, stupéfiant Ange Gabriel ! ce n'est pas joli, non, non, cet ange, mais, que voulez-vouô, c'est très divertissant. Somme toute, le succès a été vif, et gai. N'étaient les Femmes qui font des scènes. Le théâtre Gluny pourrait espérer, grâce à l'Actualité de MM. de Gorsse et Oudot, de belles recettes estivales.* Il est désolant que cette amusante revue, trop courte, soit précédée de ce vaudeville insipide, trop long.

MM. Théodore Barrière et Edouard Plouvier.

l'outrage (reprise).

Drame en cinq actes.

Théâtre de la Porte-Saint^Martin (4 juillet).

C'est ce qu'il faut appeler une forte pièce, — comme on dit une forte femme. C'est gros, ça pèse, ça tient; ce n'est pas de la folichonnerie, ça, c'est du drame ! De fait, il y a quelque franche rudesse, au commencement de cette morne affabulation. Hélène, jeune personne aimable, a été violée un soir d'oraga; et, à cause de l'épouvante qu'on lui causa et du mal qu'on lui fit, elle est devenue folle ; la pauvre ne se souvient de rien, court après d'imaginaires papillons envolés, les rattrape, les enferme en la cage rose de ses doigts rapprochés, qui sont de frôles doigts exquis d'adolescente, puisque ce sont les doigts de M^^° Lara ! Mais Jacques d'Albert, personnage sympathique, qui a fait le tour du monde, s'éprend d'Hélène, jure de la guérir et de l'épouser, la guérit et l'épouse en effet. Joie parfaite ! noA, désastre parfait. Le soir des noces, la folle guérie, l'enfant violée, en les gestes ardents de son mari, reconnaît d'affreux gestes anciens, se rappelle tout, jette un cri de honte et d'horreur, et, affolée, torturée, suppliante, raconte à l'époux qui T adore le crime abominable qui la souilla. Eh ! bien, voilà qui n'est point mal du

tout; c'est atroce, et simple. Situation tout exceptionnelle sans doute, mais quelque rareté d'événement ne raessied pas dans le drame; et une vraie émotion tragique, à ce moment, nous serre le cœur. L'agaçant c'est que le reste de l'action s'attarde, s'embrouille, s'emberlificote dans les projets de vengeance da mari, dans les anxiétés d'un honnête magistrat, père, précisément, du violeur, dans le dévouement ^d'un bon jeune homme, frère, précisément, du violeur, et, après des enquêtes dont l'ingénuité ferait sourire un enfant de cinq ans chargé d'instruire le procès du petit chat de la maison, s'achève en le plus banal des dénouements mélodramatiques. Ajoutez que toute la pièce encore qu'on l'ait çà et là désempanachée, a paru écrite en une langue vraiment déconcertante par la niaiserie et l'emphase. De sorte que, en dépit de quelques scènes violemment secouantes, le résultat a été piteux.

On a fêté M"*' Lara, qui joue le rôle d'Hélène. On a eu raison de l'applaudir. Si on l'avait applaudie un peu plus, on aurait eu tort. Qui songerait à nier les dons exquis de cette jeune comédienne, le gazouillis (oui, gazouillis, mais si clair, et sans bredouillement) de sa voix légère, la gracilité un peu farouche de ses gestes, et la mélancolie aimable de toute son attitude. C'était délicieux dé la voir courir après les papillons, papillon ellemême ! et j'accorde volontiers qu'elle a montré, dans la sinistre scène où la mariée confesse son involontaire déshonneur, une émotion assez bien imitée, et dont, jusqu'à ce jour, elle s'était montrée trop avare. Tout de môme je persiste à penser que M"° Lara est bien loin, bien loin encore de nous donner tout ce qu'il est permis d'espérer

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de Roméo une espèce de garde-champêtre bien mis, chanteur de romances nouvelles, de Frère Laurent, un maître d'école effaré et bonasse; vous prenez garde de jamais hasarder une image, une nouveauté de langage, vous vous défiez même de la correction dans le style, enûn vous vous dispensez— ah, si aisément I — de toute littérature. Et le tour est joué. Au lieu du chef-d'œuvre, une. insupportable niaiserie. Je m'en tiens à ce que j'ai dit cent fois, les reprises ne sont admissibles que si elles f émettent à la scène soit des chefs-d'œuvre littéraires^ — çà ne vieillit pas, la bonne littérature, — soit des ouvrages qui, sans être des chefs-d'œuvre, marquèrent un moment de l'évolution artistique, un point de la pensée humaine. Tel n'est pas le cas des Rant:^au^ qu'on a joués ce soir, ûide Montjoie qu'on jouera demain.

Alexandre Dumas.

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