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LE CARILLON

Opérettc-réerio en 4 ne ton et !<) tableaux Muniquo do M. Serpette

Théâtre des Variétés,

MM. Paul Farrier ai Fabrica Carré.

JOSÉI'HINE VENDUE PAR 8E8 SŒtîRS

Opérette bou/le en H acte»

, Musique do M. Victor Roger

TfiéfUre de V Eldorado (8 novembre).

Dans lo Carillon ce n'est point l'excès d'é^rillardise qui est déplaisant. La pudeur de Paris en a vu bien. d'autres; et ce serait pousser trop loin l'austôritô grognonne que do réprouver absolument rérotisme au théâtre, en un pays où Molière laisse prendre à Horace le ruban d'Agnes, oii le cocuag(î n'a pas cessé d'ctre la plus aljondantc» source de comique, oii le Conte libertin et la Chanson grivoise furent illustrés par des chefsd'œuvre. (]ertcs, il faut préférer, à ioxxt, Polyeucte ou les BurgravcSf drames* augustes, mais il ne faut pas déilaigner le Hasard du coin du feu^ futile merveille. Les familles ne sont pas obligées

de conduire aux Variétés ou au Palais-Royal les jeunes demoiselles ingénues au point qu'elles sont tentées, lorsqu'elles vont à la promenade, de se mettre du coton dans l'oreille, pour ne pas rentrer grosses.

Non , le pénible dans l'opèrette-f éerie de MM. Blum et Ferrier, c'est que la folichonnerie n'y est point drôle, que la gauloiserie y est lugubre. Sombre cérémonie I il ' semblait que Ton portât la Gaudriole en terre.

C'est dans l'île Amoureuse, le Carillon y sonne chaque fois qu'un couple, l'époux et l'épouse^ l'amant et la maîtresse... oui ? parfaitement. Et vous m'entendez bien, comme dit la chanson. Voilà un pays où la mère de Tristan Shandy aurait rarement l'occasion de demander à son mari s'il n'a pas oublié, par hasard, de remonter l'horloge.. Et bientôt le carillon qui sonne dans cette île de joie sonnera pour le prince Colibri (il est juste de proclamer qu'un seul homme vit des jambes comparables à <^,elle de M"^ Lavallière-Colibri, et ce fat Actéon surprenant Artèmis chasseresse au bain I) pour le prince Colibri, dis-je, et pour la princesse Emeraude, aimables fiancés. Mais le méchant enchanteur Télescopas, que l'on a oublié d'inviter aux fêtes des fiançailles, jette un sort sur l'heureuse île carillonnante qui ne carillonnera plus. Pauvres époux! Pauvres amants I Seuls^ grâce à un parapluie magique, carillonneront encore le meunier Maclou et la meunière Yvonne. Or, le roi Tournesol XXIV, le premier ministre Margotin, le hallebardier Bel-A2;or, et le prince et la princesse, se réfugient une nuit d'averse dans le moulin carillonnant encore grâce au parapluie. Vous pensez bien que tous les personnages

i/aht au tiikatke 37$^

vonlAtre tour â loiir,Kdon qu'ils iimiumi ou non Ui parapluie, allurnAH (U^m plusdiaudHd<';HirH, oud^V plora bkîment i*AmïiH. Et fifjtlo farc^i, annoznale, n'a paH M/; arnu«ante. Van un innlant il n'a /ît^ ponsi- Wft rlf5 rirfî. Non, pas un instant! Ces bouffon» étonna ntH, M. lia non, â la cMc/àHsarift g/;nialo, M. HraH^fjur, pitre prot<ïïformo, de qui la roHnernhhtmi i^vac une vieillf5 Comme «ehauHHf? à la mer- ' veille d'un eauchernar invent/5 par Callot, n'ont pas pu être drôles en la d/îsolation de leurs rôles; et la trist<5ssf5 émanant de toutes les HcJtWiH malffvè le mal que s<3 donne la musiqufî de M. Serpette, eut mis, si la ehose eut Ms possible, comme ufie ombre de laideur sur les adorables ffvÙKutH de M*** Méaly, ce lys, et de M'** UiéUMfi, cett« perle l

Mais, après lieaucoup de décor» fort aKréabb;«, après des cort/^^es sans nombre oh la riclHîsw.» éf)louissant^3 des costume» s*orijçinalis(5 rarement de quelque jolie invention, voici, tout â coup, un décor miraculeux, un décor délicieux, rêve évolué des {loérnes, chimère d'une divine Venise, rriss^iimement des eaux où se hivctmt les gondoles bercéfîs d'un vent idéal vers le mystère infini de l'bori/on. Mêlas 1 que cela^îst (Tuel que c>e décor serve de cadre â de si iml)écile« choses I qu'il sfjrait exquis d'y voir, en le son^e de la cfimédie shakes[)earienne, pendant que (îhantentles sérénades, Ijyvfinm alK>rrJer à la ïtvâ'mm du juif Sfiylock, où, â la fenêtre, se penche, sur le reflet desétoilrs, Jessica 1

Ui théâtre de l'Kldorado, — le bien nommé, car il est tout rayonnant d'ori — s'est mis en frais, lui aussi, Que de luxe pour la reprise de JoH/fphine wndiie par HttH sœurs ! et, parmi les gazes constellées de pierreries, combien de belles

filles, les unes si peu habillées, les autres si parfaitement nues! Un moment de charme, ç*a été le ballet, où, entre les ballerines couleur de jour rose, Mlle Labounskaya, toute visible à travers une illusion transparente de nuit, a fait, d'une danse tour à tour lente et affolée, se renfler ses larges hanches et bomber ses seins insolents, un sourire de bébé aux lèvres 1 Grâce à tout le luxe et à toutes les belles personnes vêtues de leur seule pudeur (ah ! e léger vêtement !) Joséphine vendue par^ ses sœurs retrouvera-t-elle son succès d'antan ? J'en doute. Et, enfin, la situation se fait grave. Que vont devenir les théâtres d'opérettes, si même les plus célèbres opérettes ne charment plus les spectateurs ? Quoi ! Pincohérence, la basse drôlerie, les antiques calembredaines, les roquentins chauves, les mères concierges, aux châles en pointe, et les diverses amusettes de cette espèce, naguère irrésistibles, auraient perdu la faveur du public ? Quoi ! on baillerait, enfin, devant l'imbécillité qui essaye de se tordre de rire ! Ce serait aussi épouvantable qu'extraordinaire. IXÎ! talem avertitef... Mais si la pièce de MM. Paul Ferrier et Fabrice Carré a paru un peu vieille, il est incontestable que Mlle Mily-Meyer a rajeuni. J'ai toujours raffolé de cet adorable petit pantin disloqué, dont il semble que tous les fils soient tirés de tous les côtés à la fois par une ribambelle d'enfants fous.

MM. d'Ennery et Dumanoir

DON CÉSAR DE BAZAN Drame en cinq actes

Théâtre de la Porte Saint-Martin (il novembre).

Voici M. Constant Ctoquelin dans Tun de ses meilleurs personnages. Quel geste sûr ! quelle voix incisive I et quelle belle humeur sincère, non sans, parfois, un peu d'émotion bien imitée.

Je sais ce que Ton va dire : « Cet artiste, si parfait, si incomparable dans les rôles bouflFons ou familiers, n'a point du tout, cassant, bref, borné, strict, l'emphatique allégresse, le délabrement héroïque, et la loque, et là grandesse, et la chimère d'un seigneurial, aventurier, Noble du Roi, et Prince de Bohême ! »

Certe, et je Taccorde. Mais, ce reproche, il fallait l'adresser à M. Coquelin quand il jouait, à la Comédie-Française, Don César, dans le chefd'œuvre de Victor Hugo; et les qualités qu'il n'a pas seraient fort déplacées dans la pièce de M. d'Ennery.

Le Don César de Bazan de cet homme de théâtre a beau avoir été dérobé à un homme de génie (ce n'est pas tout que de chiper le mouchoir, il faut savoir se moucher) ; il a beau — bravoures, défis hautains, duels, escalades, la mort bravée, le rire une heure avant le râle — faire tout ce qui concerne son état de héros

fantasque et sympathique, oa voit bien qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout cela. C'est quelqu'un qu'on a habillé en gentilhomme, comme dans les Précieuses. Môme dans des situations * qui auraient pu être superbement tragiques la vilenie de son attitude, la pleutrerie de son langage, tout le patois de son être intime, le rabaissent àla mascarade foraine de l'héroïsme : quand il se met en garde, on croit qu'il va faire le coup de poing; si on l'outrage, il ne se redresse pas, il se rebiffe ! Et, en un mot, pour bien jouer le Don César de Victor Hugo, — ce rôle qu'envia Frederick, — il faut être capable de jouer Ruy-Blas, mais, pour être admirable dans le Don César de M. d'Ennery, il suffît d'être un excellent Mascarille.

Les deux premiers actes ne sont pas ennuyeux. Ils sont faits de beaucoup de scènes aimables ou émouvantes, empruntées à tous les autres drames; on les a revues avec plaisir; d'ailleurs, il y passe comme un vent d'aventure. Le roi Charles II, épris de la Maritana, fille bohème qui dit l'avenir en chantant ; l'apprenti armurier sauvé par Don César ; le gros capitaine tué par le maigre gentilhomme ; le premier ministre Don José -^ ce Don Salluste ^chez Guignol, — mariant Don César, condamné à mort, avec Maritana, pour que celle-ci devienne la maîtresse du roi et pour que lui-même puisse devenir l'amant de la reine ; et Don César, condamné à la mort et au mariage, chantant une chanson à boire avec les arquebusiers qui l'arquebuseront ; et l'apprenti armurier tirant les balles des arquebuses, pour sauver qui le sauva, tout cela ne laisse pas d'être drôle. Si le marquis de Montefiore et sa mar-

qnise, déplorables vieux, fantoches funèbres, sont vraimjent capables, non pas de faire rire jusqu^aux larmes, mais de faire pleurer jusqu'au rire, il faut reconnaître que le fagot, espèce d'abbé Faria-sarment, figurant le cadavre de César sous le manteau de la civière, est une amusette fort comique; et tout ça, c'est de la bonne farce. Je veux ajouter que dans ces deux premiers actes, le style n'a point paru aussi lamentable qu'il y avait lieu de craindre qu'il fût. Quelques mots gais. Quelques phrases prestes. Une incorrection tolérable I soit que cette partie du drame ait été récemment échenillée par un homme de goût, soit que M. Diimanoir, collaborateur de M. d'Ennery, ne fût pas un vaudevilliste dénué de toute orthographe.

Mais, dès que ça devient sérieux, ça se gâte.

Assurément, les auteurs furent habiles gens. C'est d'ingénieuse façon que, d'après la Favorite^ admirable poème d'opéra (pour ma part, j'ai toujours cru que, traducteur des dramaturges espagnols, l'un des auteurs de la Favorite en avait trouvé le sujet dans quelque ouvrage peu connu, ou pas connu du tout, de Çalderon ou de Lope), M. d'Ennery a agencé son drame. J'approuve que don César, sauvé de la mort, surgisse, aime sa femme, en soit aimé, la défende contre le roi, dise au roi : « Si vous êtes Don Côsac de Bazan, c'est donc que je suis le roi d'Espagne et des Indes I » et, lui infligeant le supplice des angoisses que lui-même éprouva, l'oblige à la générosité par l'exemple du dévouement! Tout cet imbroglio, — que mon excellent collaborateur et ami Adolphe Mayer a si bien raconté pe matin, — offre de l'intérêt, na manque pas d'un

air de grandeur, et — tout net — il y a, ça et là, des scènes qui auraient pu être sublimes.

Elles ne sont pas sublimes ; et elles sont mesquines, et, chose pire encore, elles sont ennuyeuses, presque.

Pourquoi ?

Parce qu'il y manque, justement, les seules choses par quoi ce qui plut, autrefois ou naguère au théâtre, peut encore y plaire aujourd'hui et demain, je veux dire la sincérité de l'émotion, la foi en ce qu'on inventa, ou pensa inventer. Ici, il est parfaitement évident que les auteurs n'ont pas cru une minute en l'héroïsme de Don César, ' en l'amour du roi, en la vertu de Maritana; de l'héroïsme, de l'amour, de la vertu, ils se sont servis comme de moyens, comme de « ficelles » ; et, — pour ne point parler du Style, vainqueur de la mode, qui oblige les moindres spectateurs à une respectueuse attention, — de quel droit les auteurs qui, manifestement, se sont fichus de leur œuvre, exigeraient-ils que le public ne s'en fichât point?

Cependant, j'espère que Don César de Bazan^ par les souvenirs qu'il évoque, par sa ressemblance, trop lointaine, avec l'aventure, avec Pamour, avec la beauté, avec le génie! et grâce au prodigieux talent de M. Constant Coquelin, obtiendra quelque succès devant la foule simple qui, ayant l'instinct, n'a pas encore acquis l'habitude du Choix.

Ce succès ne sera pas favorisé par une interprétation et une mise en scène qui sont tout à fait secondaires. M. Desjardins, en Don José, s'ennuie; M. Volny, en Charles II, ennuie; M^'* Esquilar, qui ressemble à une vibrante fille de Bohême à

peo prés comme orie luciole éteinte rei^semble i on ver-loisaDt, oa comme une calandre en la cage da savetier ressemble à one alouette en%'olée, et qui, dés le drame, s'est effondrée en le quelconque larmoyant da cabotinage mélodramatique (oh ! mademoiselle, vous qui avez quelque chose comme du talent personnel, et si jolie, aux yeux de tzigane !) M"* Kervicb, page élégant et tendre, n'ont pa^ eu la puissance de secouer llndîfférence générale- Oh ! pas générale ! Car jamais la Claque (dont jTïonore le Chef îj n'a poussé plus loin le vacarme laudatif .

Et il y a eu un ballet- Il y a eo, après des figurations mornes, après des décors îemes, après je ne sais quel air d'étriqué, de pauvre, de pas-dedépense conseiJJé par pas-de-confiance, un ballet- Je les adore, les balJets. (l/Anï^À m'a été insupportable Il a paru long, saas gaité, sans invention. En outre, on a déploré, après les papillonnades des ailes de gaze et les trémoussements des maillots, que la plus petite d'un cortège de fiJlettes couronnées de roses, soit venue — trois aas, pas plus, — offrir â boire, dans une coupe de carton d'or, â une vieille dame, — cinquante ans, paj5 moins — qui venait de Caire des pointes. On a^aît en^ie d'envoyer la i>etite se coucher, et la dame aussi, seule. *

Cependant, il faut que le nouveau théâtre de la Porte-Saint-Martin prospère. D'abord, cette prospérité est nécessaire pour que ne soient pas vains les efforts d'un grand artiste qui, à tort ou â raison- courageusement du moins, alutt/- contre des forces en ajjparence sup^irieures, et a obtenu sur elles une victoire qui a besoin d'être affirmée par la matérialité triomphale de la Recette. Mais,

surtout, elle est indispensable, cette prospérité, parce que le théâtre de la Porte-Saint-Martin est, à l'heure actuelle, entre l'Ambigu, en proie au suc- ' ces (pleurera bien, à l'Ambigu, qui pleurera le dernier!) et le théâtre de la République en proie à rien du tout (ah ! s'il voulait, s'il osait, ce théâtre-là, le plus beau théâtre de Paris I ) la seule scène en qui puisse espérer le Drame; et déjà, il a fourni des preuves de ses belles intentions. Il a eu tort de croire que Bertrand Duguesclin était un chef-d'œuvre ; mais, le croyant chef-d'œuvre ; il est estimable de l'avoir joué, sans espoir de lucre ; il nous a donné Fanfan la Tulipe, chevaleresquerie amusante ! il a joué Thermidor,., Eh! oui, sans doute... Thermidor... et vous savez ce que j'en pense, moi qui en pense ce que vous n'osez en dire... Tout de môme, le mal n'était pas grand. M. Victorien Sardou vaut un peu mieux que M. Jules Mary ; et j'honore ce si vieux et si jeune théâtre d'avoir représenté les Bienfaiteurs, pièce hésitante, trop maladroite et trop adroite, qui aura l'honneur d'avoir marqué le point intéressant où son auteur, voué à de nombreux et faciles succès, hésita entre Tart et le métier, — avant trois ans, son choix sera fait ! La première faute, — consciencieusement accomplie, — du théâtre de la Porte-Saint-Martin, c'est d'avoir repris Don César de Bazan, de M. d'Ennery, burgrave du Cirque Olympique. Mais puisse-t-il s'y enrichir assez pour attendre le drame charmant, le drame terrible, le drame inaugurateur d'un nouvel idéal, que lui réserve certainement l'adolescence de quelque auteur dramatique encore inconnu. Joignons le passé au présent. Quel triomphe, si le théâtre de la Porte-Saint-Martiii nous apportait un art nou-

veau dans une pièce où M. Constant Coquelin jouerait le rôle du petit page qui offre à la reine un drageoir d'argent aux épices dorées !

Henrik Ibsen

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