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LE DERNIER DES MARIGNY

A propos-revue en quatre actes et cinq tableaux, musique

de M. Edmond Missa.

Théâtre des FoUes-Marigny (22 janvier)

Eh! bien, il faut le dire, si admirablement éblouissante de lumières, de satins et d'ors que soit la salle neuve des Folies-Marigny ; sî admirablement somptueux et délicats qu'aient paru, malgré le bredouillis timide de Mme Marianne Chassaingjles vers dont Armand Silvestre a honoré la résurrection de ce théâtre; si charmeusement fine, subtile et endiablée que se soit montrée Mlle Marguerite Deval, ce qui est admirable jusqu'au prodige dans l'â-propos-revue de MM. Michel G^rré et CoUias, musique par M. Edmond de Missa, c'est — , bien plus encore que la féerique splendeur des ornementations et des lustres, et que le superbe poème-prologue, et que la grâce d'une exquise Parisienne, — cette étonnante, cette stupéfiante, cette incomparable conception, qu'il sufBt

de faire apparaître en songe à un jeune fêtard les héroïques victimeg de BuzenVal^ et de lui faire entendre en songe Marseillaise, pour que^ prenant en horreur ses mauvaises mœurs . de naguère, la nooe, le Champagne, les filles, et^ résolu à devenir un modèle de vertu^ il se décide . immédiatement. .. à restaurer le théâtre des Folies- Marigny, où Ton voit de petites dames en chemise transparente, n'ayant, de l'autre côté de la chemise, aucun espèce de tutu !

Malheureusement, tout dans la pièce nouvelle n'est pas digne de cette extraordinaire idée initiale. Il m'a semblé qu'on trouvait médiocrement ingénieuse révocation de Mme de Pompadour et du duc de Richelieu, parmi des danses poudrées j que les nombreux couplets chantés par miss Marie Halton, n'auraient pas laissé de paraître bien aombreux, même s'ils eussent été chantés par une chanteuse moins américaine que missBrown; que Ton revoyait sans se tordre de rire les rois DOITS ou jaunes, visiteurs de Paris, dont s'ornèrent déjà toutes les revues de café-concert; et qu'on en avait assez des chanteurs des cours, et qu'on en avait trop des Demi-Mines et des Vierges d'or 1 On se serait tout à fait ennuyé, s'il n'y ^ avait eu cette scène assez comique où M. ]^ile Zola suit le monôme des académiciens en goguette (l'illustre auteur de Rome, tout ie prunier, en eût ri), et, vers la fin de la pièce, une chanson étonnamment farce, imprévue, une des plus bouffonnes chansons que, depuis longtemps, on ait faites, et surtout si Mile Deval n'était si preste, si leste, si gaie, si Mlle Faral, point maladroite, n'était si belle, et si, au dernier tableau^ une jeune personne grasse, dont je regrette èper-

dûment d'ignorer le nom, n'avait osé une audace de débraillé, d'étoffes qui glissent, glissent, glissent et ne tiennent à rien qu'à de naturelles rondeurs, bien faite pour charmer les gens dénués de toute pruderie 1 — C'est égal, la Littérature aurait bien tort de se plaindre, car voici qu'elle a un théâtre de plus.

Andrieux.

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