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LE COLONEL ROQUEBRUNE

Drame en cinq actes et six tableaux.

Théâtre de la Porte-Saint-Martin,

HH. Hennequin et Antony Mars.

SA MAJESTÉ l'amour.

Opérette à spectacle, en trois actes et hait tableaux (musique

de M. Victor Roger).

Théâtre de VEldorado (25 décembre).

Ce serait une absurde maussaderie que de contrister les gens quand tout le monde est en joie, et il ne faut apporter que d'heureuses nouvelles en ce beau soir de Noël. Noël ! Noël ! Succès ! succès I Et le ciel me garde, — le ciel que fêteront tout à l'heure tant de bombances, de rires fous, et de gaies ivrogneries, et de baisers, — de contredire les toasts enthousiastes qui, ai)rè8 le rideau tombé sur le dernier acte, prédiront aux auteurs, aux artistes, aux directeurs, cent représentations et même plus, avec le maximum tous les soirs, avec plus de gloire encore que d'argent 1

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M. Georges Ohnet, parfait galant homme et excellent confrère, de qui j'ai l'honneur d'être Tami, se garderait bien de me croire si je me hasardais à lui dire qu'une conformité d'instincts littéraires nous lie l'un à l'autre ; il est bien certain que nous ne concevons pas de la même manière le théâtre ni le livre ; j'ai consacré tout l'efifort de ma vie, et consacrerai mes suprêmes forces à une sorte d'art dont il semble ne s'être jamais soucié. Mais constater si les auteurs firent bien ou mal ce qu'ils prétendirent faire, est lé seul droit que je me reconnaisse ! D'ailleurs, aucune pièce de M. Georges Ohnet n'a été plus proche d'avoir de quoi me plaire que le Colonel Roquebrune, car il y souffle à travers l'accoutumé mélodrame, un vent d'amour, d'héroïsme et d'aventure ! Je m'intéresse, — et beaucoup de gens s'intéresseront, je pense, — à ce fier colonel de l'empereur, qui s'expose à tous les périls pour l'amour de son héros et pour l'amour de sa fiancée ; à ce franc soldat, gai comme d'Artagnan, rusé comme Aramis, fort comme Porthos, augustement loyal comme Athos, qui tue d'un si beau coup de sabre l'impudent bravache coupable d'avoir outragé l'empereur vaincu et d'avoir déshonoré une jeune fille ; qui poursuivra sans faiblesse, jusqu'à la moct, à travers les haines, les persécutions, . les injures et les pièges, son œuvre de justice et de miséricorde, sera arrêté, jugé, condamné, refusera de fuir, au prix d'une infraction à la discipline militaire, et n'acceptera le salut que dans la gloire de son maître et le bonheur de sa femme ! Pour ce qui est de raconter par le menu cette pièce fort abondante en surprises et en péripéties, — elle n'est pas sans ressemblance, me sem.

blé-t-il, avec nn très vieux, très vieux mélodrame^ intitulé les Cosaques ,que Ton jouait au temps où nous n'étions pas encore russes, — c'est ce qu*OD ne saurait demander à un critique qui, après toute la journée prise par la répétition générale de Déjazet^ écrit, sans espoir de se relire, dans le tumulte d'un café, entre le théâtre de la Porte-Saint-Martin et le théâtre de TEldorado. Je dois même résister à la tentation d'étudier cette si curieuse époque d'avant les Cent Jours, où se joue Taction imaginée par M. <3iw)rges Ohnet, époque confuse, bizarre, gloires et lâchetés, couplets ardents et répressions féroces, et les amours de toute une race qui depuis si longtemps n'aimait plus, et les duels, les duels partout, les duels toujours, partielles représailles des universelles défaites. A peine le temps m'estil donné de mentionner, d'un mot rapide, M. Saint- Germain, si parfaitement bonhomme et machiavélique dans le personnage de Fouché; M. Volny, beau militaire à la franche et ardente jeunesse ; M, Jean Coquelin, falot ; M'"° Jeanne Brindeau, violente jusqu'au ridicule des mélodrames de banlieue ; M"^ Esquilar, larmoyante ; M"*" Patry, très blanche, M^^'J. Giesz, très noire, et M. Gons-^ tant Coquelin, joyeux, tendre, brave, rire sincère, émotion bien imitée, M. Constant Coquelin tout claironnant de joyeux héroïsme. Noël! NoëJî Succès ! Succès !

Et il en faut dire autant de Sa Majesté FAmour^ la pièce bouffe, mais pas grossière, de MM. Maurice Hennequin, Antony Mars et Victor Roger. 0 généralisation de l'influence wagnérienne ! Les Bouffes jouent Lohengrin; l'Eidorado joue YOr du Rhin. Car, dans l'opérette de

ce soir, il y a un roi qui a maudit l'amour, comme le gnome Alberich. Je me hâte d'ajouter que, dans la sombre cayerne habitée par la sorcière Kfididja au milieu d^s flammes, des hiboux et, des dragons, puis parmi des décors modernes, somptueux et jolis, et parmi un luxe de costumes dont M. Marchand est coulumier; et parmi des ballets aux beaux seins et aux belles cuisses, te blasphème a, dans Su Majesté VAmour^ des conséquences beaucoup moins graves que dans V Anneau du Niebélung, Il n'en résulte qu'une fort pénible impossibilité, chez le jeune prince de Syrie, flls du roi sacrilège, de s'émouvoir avec, quel<jue chance d'effet devant la beauté des femmes. Mais l'Amour, évoqué par la sorcière, n^ manque pas de se laisser attendrir par les plaintes du jeune prince menacé de demeurer éternellement cocquebin, et il lui accorde qu'il connaîtra les délices d'aimer s'il rencontré la jeune femme qui lui est destinée. Alors le petit monar-, que part pour la France, pour Paris, où sont toutes les belles personnel ; et la pièce, qui a commenoé comme une l^ende féerique, va se continuer— jusqu'à l'apothéose où reparaîtra Eros triomphant — en une drôlerie moderne qui ne diflere de la Vie parisienne que par moins de vieillotte farce et la mise au point de la fantaisie récente. Sydonie, Clara, Coralie, Zoé, que dVimables personnes 1 11 semble que l'on •chante, plus actuel, un refrain de Nadaud. Mais, parmi' les amusements des ambassadeurs stjTiens et des ambassadeurs espagnols, et les bévues du protocole, le prince de Styrie ne s'attarde pas à ces menues aventures, et celle qu'il aimera, celle par qui il deviendra capable d'aimer et de prouver

qu'il aime, c'est la femme de l'ambassadeur, de qui vainement on lui cacha les jeunes charmes sous un déguisement en vieille, continué d'une scène de Revue. Elle est tout de même jolie, l'ambassadrice, sous sa perruque blanche etses blancs cheveux ; et ces € neiges d'autan », — selon l'adorable mot du poète Jules de Marthold, — fondent vile, ou plutôt s'épanouissent vite en roses blanches, en roses roses, en les roses de la puissante jeunesse et du baiser, tandis que le roi Kros triomphe parmi le resplendissement céleste des flammes de bengale f Kt tout cela, amusé, secoué, emporté par une musique de belle humeur, qui, est vraiment gaie sans prétendre à être neuve ni rare, n'est point grossier du tout, je le répète, ni sot. Evidemment, les auteurs ont tenté comme une orientation de la drôlerie vers la fantaisie, et il sied de les en complimenter. Il faut louer aussi le comique point vil de M. Regnard, la farce plus basse de M. Vandenne, l'espagnolerie couleur de brique de M, Desehamps, la voix grêle mais assez juste, sure et sûre, de M"* Paulette Darty, et le jeu gamin et bon enfant de M"' Marguerite Ugalde, prince styrien, un peu gras. Mais si agréablement ! 11 est vrai que M"* Ugalde, qui a fait demander l'indulgence, n'a pas toujours chanté d'une irréprochable et puissante voix. Mais un rhume, c'est peu de chose, quand il n'est pas chronique. Et voici que sonne l'heure des heureux soupers, Noël I Noël ! Succès ! Succès ! Noël !

HH. Jules Q^udot et Henry de Gorsso.

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