‹ L'art au théâtre;Chapitre 8 sur 69 · UNE SEMAINE A PARIS · texte numérisé non relu

UNE SEMAINE A PARIS

Revue en trois actes et douze tableaux.

Théâtrejies Variétés (29 janvier).

Que si vous rencontrez, demain matin, sur le boulevard, entre la rue Montmartre et la rue Vivienne, quelque élégant passant, habit noir, cravate blanche, mais sali d'une nuit de pluie et de boue, comme quelqu'un qui n'a pas pu rentrer chez lui, et errant encore à tâtons, et levant vers le ciel des yeux blancs d'aveugle, oui, d'aveugle ! n'hésitez pas à croire que c'est un des spectateurs de la revue de Variétés, dont les yeux furent brûlés, taris, annéantis par les fulgurantes explosions d'ors, de soies, de chairs, qui, quatre heures durant, incendièrent toute la salle ! Mon amour de l'excès m'oblige, vraiment, à admirer cette prodigieuse prodigalité, cet incomparable ruissellement de couleurs, de femmes, et toute ces splendeurs, tous ces émerveillements jusqu'à ce soir inconnus, qui égalent, s'ils ne les surpassent, nos rêves de radieuses comètes déchirant des cieux torrides et de flamboyantes aurores borérales. Et tant de femmes, tant de si belles femmes ! Quel poète, s'il évoqua d'un culte sincère les naïades

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des ruisseaux et les océanides des vagues, et la nudité des Lackmis de lait et des Aphrodites d'or^ snr la grève des mens amoureuses, quel poète, si en effet il espéra Jl'enchautement des divinités sans voiles, pourrait ne pas retrouver ses chiinères réalisées en l'apparition de ces Parisiennes égales à des déesses, — et qui daignent être si peu Têtues, — Marcelle Lender, rayonnante chair qui sentble formée de toute la damme, tassée en pulpe de lys, des lèvres qui la désirèrent; Lavallière, charme errant, volant, un délice qui passe : Balthy, qui chante, sirène atroce et mystérieuse, avec cette étrange voix double dont s'éprit Théophile Gautier; Diéterle, toute fragile, Crozet, toute grasse; Odette de. Rigry , plus grasse; et vingt autres,, ressemlrlances vivantes des idéales nymphes; et Davallon, tas de roses blanches, et Nebbia qui aemUe un cygne nul Oui, oui, je sais, fards, maquillages, tricheries... Pas le moins du mondai D'ailleurs, nous avons, non seulement le droit, mais le devoir de rillusioni Je plains les malins qui ne croient pas au mensonge de la beauté, et même je suis prêt à jurer que la splendeur des décors est faite d'or véritable. Eh! il est véritable, puisqu'il reluit.

Quant à la Revue en soi, — je veux dire les paroles qu'on profère et les couplets qu'on chante, — elle ne m'a point paru ennuyeuse. Alertement conduite par M.Guy, compère, et Mlle Lender, ange, elle court de la gare Mèdicis au boulevard Montmartre où quarante chats dressent de symboliques queues et où l'on voit défiler, têtes de carton peint, que nomme d'une voix juste l^e Mary Théry, plusieurs musiciens et quelques critiques dramatiques (On a remarqué que

la tête représentant M. Henry Bauër ressemblait surtout à M. Henry Fouquier, tandis que celle d'Henry Fouquier donnait la parfaite Illusion de M. Bernard Derosnes !) Puis, elle s'en va, la Revue, de la bataille d'Iéna (de plus en plus je me sens rebelle à approuver ces mélanges de la Patrie avec le Maillot !) au centre de la terre, d'où elle remonte avec des apothéoses, pour redescendre à se déshabiller chez île costumier, et pour, enfin, — çà et là agrémentée par la prodigieuse farce grave de M. Baron, et la fantaisie exhilarante de M. Brasseur, et la fantocherie de M. Lassouche, — s'épanouir en une gloire qui ne fut jamais atteinte, dans l'ininiaginable éclat du Triomphe romain, bêtes, hommes, filles nues, innombrable troupeau de resplendissements! — Tout de même, je ne puis m'empêcher de songer que quelques directeurs, de temps en temps, pourraient bien dépenser un peu d argent pour de la littérature.

M. Antony Mars.

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