JV. - LA CHINE DES SONG ET LE SUCCES DU BOUDDHISME TCHHAN
L'histoire de la Chine est une série de recommencements. L'unité se fait et se défait. Ce vaste empire, soumis à une infiltration perpétuelle, à une opposition plus ou moins prononcée du nord et du sud, donne le spectacle d'une vitalité et d'une énergie centralisatrice sans cesse en travail pour resserrer les éléments de la nation, avec une vertu qui tit défaut à Rome même,
pour se rassembler après les invasions. L'émiettement des Thang est pareil à rémieltement des Han. En un demi-siècle (907-960), cinq courtes dynasties occupent la scène, puis les Song ouvrent une ère nouvelle de vigueur historique et de large continuité.
Toute la civilisation des Song est énergiquement zéniste, d'un zénisme actif et novateur qui contraste dune façon étrange avec la vieille éthique communautaire et conservatrice de la Chine des Han. Qu'on ne se représente pas les confucianistes contemplant avec bénignité les progrès indéfinis de la pensée indienne sous sa forme individualiste et naturaliste. Un accord et même des échanges avaient pu se produire au cours de l'époque précédente entre le Tao et le Bouddhisme. Même, la doctrine Tchhan avait adopté quelques-uns des points de vue de la doctrine confucéenne. Mais la moins métaphysique et la moins mystique des écoles bouddhiques était encore, aux yeux des purs confucianistes, un mortel danger pour l'empire. Le drame de vie morale qui secoue, à une période critique, l'histoire de tout grand peuple agita la Chine des Song et se dessine à nos yeux en traits d'une netteté singulière. Comme en Grèce, au moment où Aristophane se déchaîne contre Socrate, Euripide et les sophistes, comme à Rome, au temps de l'affaire des Bacchanales et de la campagne menée par Caton contre une culture nouvelle, les conservateurs chinois dénoncent les esprits libres comme des anarchistes et les novateurs comme des ennemis déclarés de Tétat. Favoriser la connaissance des choses
cachées, les progrès de la pensée indépendante, exalter les puissances de la civilisation, c'est attenter à la sûreté publique. La vérité est dans les formules des ancêtres : elles sont éprouvées par les siècles. Encore aujourd'hui, les historiens confucianistes rendent les Song responsables de la révolte et de l'invasion mongole : c'étaient des esthètes incapables, de criminels dilettantes. Mais le programme historique de cette dynastie malheureuse a une largeur qui ne peut nous laisser indifférents. Plonger la Chine, à l'abri de ses murailles, dans le sommeil de la décadence, les Song ne Font pas voulu. Us ont imaginé, ils ont créé. Ils ont tenté de renouveler une atmosphère morale déjà lourde et inerte. Ils ont rêvé de faire circuler la vie dans un organisme en voie de dessèchement.
Leurs philosophes sont des modernistes. Tout ce qui est vieux doit être dépassé ou détruit. Les livres, les formules sont chose morte. La vie seule a du prix. La pédagogie Tchhan n'admet pas l'autorité du professeur. La liberté de l'esprit est la condition même de l'existence. Se réaliser comme individu, tel est le but. Dans un portrait, la tête, l'expression du regard sont l'essentiel, et non telle parure ou telle broderie, parce que l'individualité réside dans les veux et dans les traits de la physionomie. La nature est belle, et nous l'aimons, parce qu'elle est une leçon de vie. Nous pouvons la comprendre directement par l'étude et par la contemplation, sans nous embarrasser de thèmes didactiques. A condition d'être libres et vivants, il
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