L. de Milloué, Le iiouddhitune , pp
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émouvants tableaux, a surtout inspiré les imagiers de Java et du Népal. Celui du Sommeil des Femmes est plus fréquemment traité. Il est admirable.
Un soir, de belles musiciennes et de belles danseuses jouaient et dansaient devant le fils du roi. Il s'endormit. Réveillé au milieu de la nuit, il les vit qui dormaient aussi. Elles n'étaient plus belles; leurs guirlandes avaient glissé ; la fatigue avait pâli leurs visages ; l'une d'elles parlait en rêvant ; les vêtements épars laissaient voir leur nudité lasse et sans charme, et il senablait à Siddharta qu'il se trouvait au milieu de cadavres.
Il partit. Il quitta sa ville et son palais, il revêtit la robe jaune et devint Çakya-Mouni, le Çakya-moine. Pendant sept années de vie errante, de méditation et d'ascétisme, il chercha la suprême sagesse. 11 s'attacha d'abord à deux docteurs célèbres, suivit les pratiques qu'ils enseignaient et s'infligea des macérations extraordinaires. Mais son esprit restait inquiet et ne connaissait pas la paix. Ayant abandonné ses maîtres, il errait sans but dans le pays de Magadha. Il s'arrêta enfin près du bois d'Ourouvela, « agréable coin de terre, où il y a de belles forêts, où la rivière coule limpide et présente de jolies places pour le bain... » Alors il s'assit dans les bois et là, de longues années, « pressant sa langue contre son palais », travaillant de toutes les forces et de toutes les patiences de son esprit, suppliciant son corps avec ardeur, le Bodhisattva, l'aspirant à la Bodhi, à la Sagesse, se
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préparait à recevoir rillumination surnaturelle. Cinq ascètes étonnés par la grandeur de ses vertus s'étaient groupés autour de lui. Mais le Sage, ayant à la fin reconnu la vanité des macérations, y renonça, et ses cinq disciples le quittèrent.
C'est en pleine solitude, dans la jungle de Gava, que la Bodhi lui vint. Le Lalita-Vistara présente les derniers moments qui précédèrent Tillumination comme un solennel cortège d'hommages, et Fart bouddhique, après avoir figuré les austérités de Gautama, — nom ascétique du Prédestiné, — insiste volontiers sur les préludes et sur les circonstances de la crise décisive. A la veille de la révélation, le maître reçoit la louange du roi des Nagas, ces vieilles divinités totémiques, images à demi monstrueuses, à demi humaine?, du serpent naga. Comme Métaneirè reconnaît la Déméter de l'hymne homérique, le roi a reconnu le futur Bouddha à la lueur mystérieuse qui rayonne de son corps.
Au moment de s'asseoir sous l'arbre de la science, le Bodhisattva demande une jonchée d'herbes. Le conteur bouddhique narre cet épisode avec la plus nonchalante grâce : « Or il aperçut sur le côté droit du chemin Svastika le faiseur de fourrage, qui fauchait de l'herbe. . . Et, l'avant vu, le Bodhisattva, s'écartant de son chemin, s'approcha de l'endroit où se tenait Svastika, et, s'étant approché, il interpella Svastika d'une voix douce : a Donne-moi de l'herbe, ô Svastika, vile, aujourd'hui j'ai grand besoin d'herbe. » Et Svastika, ayant entendu la parole limpide et douce du Maître, content, trans-
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porté, ravi, l'âme joyeuse, prit une poignée d'herbe agréable au toucher... )>
A cette figure charmante de réalité familière, humaine, en succède une autre, monstrueuse et terrible, celle de Mara le Tentateur, dont Gautama subit les assauts avant d'arriver à la parfaite illumination. Vers le soir de cette journée d'épreuves, il en a triomphé, l'armée du Satan bouddhique se disperse. Assis sous le figuier sacré, Gautama reçoit la révélation, il connaît enfin les sources de la douleur du monde et le remède qui doit la guérir. Il se sent délivré du péché de convoitise, délivré du péché d'attachement aux choses terrestres, délivré du péché d'erreur, délivré du péché d'ignorance. Il a atteint la Sambodhi, la suprême sagesse. Il estie Bouddha, l'Éveillé, l'Illuminé.
i^endant sept fois sept jours, il se repose dans sa félicité, il s'en délecte, il l'approfondit. Le roi des serpents nagas veille sur sa joie mystérieuse et la protège : la tcte capuchonnée du cobra s'épanouit audessus du Bouddha. Pareils aux mages de la Nativité chrétienne, les quatre rois Dévas, gardiens des points cardinaux, lui font l'oiïrande de quatre bols d'or, qu'il refuse par modestie, se contentant d'un bol de pierre. Jl y prend un peu de riz pour réparer ses forces, épuisées par les austérités qui ont précédé l'illumination, et ce premier repas du Bouddha, c'est l'aumône de deux marchands du pays d'Orissa, cheminant en tête de leur caravane, et qui deviennent ses zélateurs, ses premiers disciples laïques.
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Cette sagesse obtenue à travers tant d'épreuves, il ne la conserve pas jalousement dans le secret de son intelligence et de son cœur, il la répand, il la propage, et déjà la grâce toute-puissante agit sur les hommes. Il met en mouvement « la roue de la Loi ». Sa vie est désormais consacrée à renseigner, et ses disciples se groupent autour de lui. De là, le symbole de la triade bouddhique, — le Bouddha, sa Loi, sa Communauté, — figuré tantôt par un trident (la trisula), tantôt par trois joyaux. La première prédication, le Sermon de Bénarès, est l'épisode le plus saillant et le plus célèbre de cette partie de la légende. Ayant quitté les lieux où il reçut la Bodhi, le Sage se rendit à Bénarès. Là, dans le bois Isipadana, il rencontra les cinq ascètes qui, jadis, s'étaient séparés de lui, et sa parole les convertit. Dès lors, le nombre des fidèles ne cesse de s'accroître : ce sont d'abord deux fils de banquiers, puis quatre de leurs amis, enfin cinquante autres. Trente viveurs se repentent et viennent grossir la communauté. L'histoire de leur conversion est gracieusement contée par M. Foucher', d'après le Mahavagga : a Ils étaient trente joyeux drilles qui, en compagnie de leurs femmes, prenaient ensemble leurs ébats dans un jardin de plaisance, et, comme Tun d eux n'était pas marié, les autres lui avaient procuré une courtisane ; celle-ci en profite pour les voler, et se sauve ; en la poursuivant, ils tombent par hasard sur le Bouddha et lui demandent s'il n'a pas vu passer la voleuse. La réponse