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Les bas-reliefs Qréco-houddhiques du Gandhara, p

a une saveur toute socratique : « Or donc, que pensezvous, ô jeunes gens, qui vaille le mieux pour vous, d'aller à la recherche de cette femme, ou d'aller à la recherche de vous-même?... » Il n'en faut pas davantage pour faire rentrer en eux-mêmes les trente jeunes hommes, et ils sont bientôt convertis. »

Voyages, miracles, conversions se multiplièrent. Trois supérieurs de communautés d'anachorètes, les trois Kacyapas, entrèrent dans la voie du Bouddha, suivis de leurs mille religieux. De retour au pays des Çakyas, le Prédestiné y fut solennellement accueilli par les siens. Nanda, son demi-frère, allait épouser une femme très belle. Il s'empressa de remplir le bol à aumônes, mais, pour se faire suivre et pour mener Nanda là où il voulait, le Bouddha refusait l'offrande avec douceur, et Nanda s'avançait sur le chemin, tendant toujours le bol avec courtoisie, jusqu'au moment où il se décida à devenir moine et reçut l'ordination. Plus tard, Amrapali, célèbre courtisane, danseuse et musicienne accomplie, dont nous n'ignorons pas que les nuits étaient très chères, se joignit à son tour aux disciples du Maître. Et le sage pourtant doit éviter jusqu'à la vue de la femme ! xMais il se plaisait à converser avec quelques pieuses bienfaitrices, comme l'excellente Visakha, dont il exauça les huit vœux de charité, en lui permettant de donner de la nourriture aux frères errants et aux frères malades, ainsi que de fournir des vêtements de bain à la communauté des nonnes... Celles-ci étaient placées sous la dépendance

des moines, le Bouddha ne communiquait pas directement avec elles, aucune femme ne l'assista à ses derniers moments.

Après quarante-quatre années de prédication et de voyages apostoliques, il entra dans le Nirvana. Il avait traversé bien des vicissitudes, déjoué les ruses et les guet-apens de Devadatta, le traître de la légende, répandu sa parole et son exemple sur des milliers de crovants, il aspirait au repos : « Je suis fatigué, ô Ananda, et je voudrais me coucher. » Sa dernière grande pérégrination le conduisit de Rajagriha, en Maghada, à Kousinara, lieu de sa mort. Entre deux arbres jumeaux couverts de fleurs, bien que ce ne fût pas la saison, il s'étendit sur le côté droit, la tête tournée vers le nord. Il exhortait encore ses disciples, groupés autour de lui, parlait aussi des frères et des sœurs laïques, qui, « dans les grandes et les petites choses, vivent d'après la vérité ». Il demandait à Ananda de ne pas gémir, de ne pas se désespérer. Les nobles de la ville étaient là et pleuraient, les cheveux épars, en étendant leurs bras. Et les bêtes de la terre, accourues autour du Maître, prenaient part à la douleur de tous. Il dit enfin : a Tout ce qui est créé est périssable, luttez sans relâche » et entra dans le repos. Le lendemain, au lever du soleil, les gens de Kousinara brûlèrent son corps avec des honneurs

rovaux ',

Telle est la légende du Bouddha, très simplifiée.

\. Entre 478 el 473 ?

Pl. m.

Cl. Fournereau.

Types siamois du stupa :

Au premier plan, type dit Phra prang ; Au second, type dit Phra ghedi.

Vl IV

Cl. Bushell.

Le Pai-tha seu, stupa chinois de marbre sculpté. (Pékin, win*^ siècle.)

réduite aux épisodes essentiels, et contée, s'il se peut, naïvement. On se préparera à l'aimer en lisant Oldenberg qui la retrace avec charme. Mais le roman des conteurs et des imagiers de l'Inde ancienne, surtout dans le nord, est beaucoup plus riche. Les uns et les autres ont inventé avec profusion.

m. -LA PHILOSOPHIE DU HENOXCEMEXT ET SON A VENIR ESTHÉmjUE.

il semble d'abord que la doctrine bouddhique soit exclusive de toute esthétique et même de toute représentation figurée. Que dit-elle en eiïet? H faut renoncer et s'abstenir. La vie est une douleur, et, pour abolir la douleur, il faut chasser de nous tout ce qui peut nous rattacher à la vie. La stabilité dans une demeure, le luxe et les commodités de l'existence, les affections familiales sont autant de fardeaux qui nous enfoncent et qui nous immobilisent dans la douleur. Le devoir du sage est d'errer, d'être pauvre, d'être chaste et de se taire.

Mais cette doctrine n'est pas née en un point quelconque de l'espace. Elle s'est répandue sur une terre ardente et prolifique, où le pullulement de la- vie, malgré les misères du monde, malgré la monotonie desfongs jours sans avenir, chez un peuple indifférent à la liberté, est une magnifique force expansive qui s'empare de tout. Elle a été prêchée à des êtres richement imaginatifs et qui se débattaient déjà dans un

pêle-mêle de dieux. Communiquée à des Byzantins ou aux passagers du Mayflower, la révélation bouddhique aurait peut être été iconoclaste et stérilisante. Elle se propageait au sein d'une race exceptionnellement amoureuse de mythologie et d'épopées, indolente et romanesque, fertile en fables. D'autre part, elle n'apparaissait pas comme une nouveauté absolue, mais comme une réforme : par là, elle plongeait dans le passé, elle s\ associait dans une certaine mesure. En parlant de la transmigration aux gens de Tlnde, elle ne les déconcertait pas, ils étaient habitués à décupler, à multiplier leur vie par l'idée (si vite transformée en images) des existences antérieures et des existences futures. Prenons garde que le renoncement bouddhique n'est pas le renoncement chrétien : la terre n'est pas pour lui le séjour d'en-bas, d'où Ton s'évade une fois pour toutes après la mort. Elle est le lieu de passage de nos vies innombrables, elle est peuplée de témoins, d'amis, de camarades, de frères inconnus qui nous ont escortés jadis, elle n'est pas un plan unique, aride et sans intérêt, mais l'arène infinie où se déroulent mille drames cachés. Tous ces prolongements du moi, toutes ces aventures extraordinaires dont nous ne sortirons qu'après bien des épreuves et par la connaissance de la Bodhi, quelle riche matière à mettre en action, et non pas matière à caprices, mais matière édifiante!

Il est vrai que le Bouddhisme est au fond une religion nihiliste, l'on a même pu dire athée, et c'est,

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si l'on veut, un désavantage plastique quand on le compare au fourmillant polythéisme de l'Inde.

Mais, chez les adeptes, il n'y avait pas seulement des inquiétudes métaphysiques, il y avait des besoins de dévotion. Au principe de la réforme philosophique, le peuple associa, probablement dès Torigine de sa diffusion, les^ antiques divinités brahmaniques. A chaque tournant de la légende on les voit apparaître sans déguisement. A la naissance du Bouddha, Brahma et Indra descendent du haut des cieux pour l'adorer. Les Apsaras tendent sous l'enfant divin un réseau d'étoiles. Mara, le Tentateur ou le Trompeur, est aussi Kama, le dieu de l'amour, et c'est Kama qui a enseigné aux trois tentatrices chargées d'éprouver le Sage les trente- deux magies de la femme. Au moment où il entre dans le Nirvana, les dieux brahmaniques profèrent eux-mêmes avec solennité les vérités essentielles du Bouddhisme. Ils apportaient avec eux toute une vieille richesse iconographique.

Surtout, la doctrine avait le mérite incomparable d'avoir été fondée et divulguée par un de ces sages errants qui étonnaient les peuples et dont « Thistoire » était une inépuisable merveille. Les grandes formules cosmogoniques, la légende des amours des dieux et de leurs combats sont un fertile aliment à l'imagination populaire, — mais une extraordinaire suite d'aventures, d'épreuves, de miracles, de conversions fait un tissu asiatique plus complexe, plus varié, plus

chatoyant encore. 11 est plus captivant pour les cœurs, et le Bouddhisme avait besoin de captiver. 11 est le contraire d'un culte aristocratique d'initiés, son essence est de se divulguer. La grande fonction du Sage fut une prédication de près d'un demi-siècle. Le Brahmanisme pouvait se maintenir dans la citadelle de ses rites, autour de Tautel du sacrifice. Cependant le Bouddhisme errait et parlait à tous. Les traditions qui se sont peu à peu accumulées autour du nom du Bouddha peuvent être considérées, à cet égard, comme ayant la valeur de tracts, et, dès que nous sommes sur ce terrain, l'image s'impose.

Ce qui frappe le plus les peuples, ce n'est pas l'essence de leurs dieux, ce sont leurs avatars, les formes qu'ils prennent, la manière dont ils se mêlent merveilleusement à la vie et dont ils semblent en supporter les vicissitudes. Leur carrière et leurs aventures parmi les mortels, leurs surprenantes métamorphoses, on sait à quel point ce thème si riche a séduit le génie hellénique. Par extension, il enfanta les héros, plus souples encore, plus plastiques que les dieux, plus aptes à se mêler à la vie, plus voisins de nos cœurs. Les exploits des héros et les vertus des saints, voilà les formes familières auxquelles se plut toujours l'imagination religieuse. La poésie de l'iconographie chrétienne, on la trouve autant dans la Légende Dorée que dans l'Evangile. Le Bouddhisme, religion athée fondée par un saint errant, devait créer spontanément sa Légende Dorée, et, par là, toute une iconographie nouvelle.

Ce sage, ce saint ne s'était pas confiné dans quelque canton de l'Inde. Pour reprendre l'expression de M. Sénart, il avait été un entraîneur de foules. Sa prédication n'avait pas roulé au loin par échos propagés. Il l'avait portée lui-même sur bien des points pendant le long voyage que fut sa vie. Partout la tradition voyait quelque souvenir qu'il convenait de transmettre aux âges, quelque trace de lui qu'il fallait entourer d honneurs. Après sa mort, ses cendres furent partagées. De là une pluralité de monuments funéraires, qui devinrent chapelles, puis cathédrales. La tombe du Bouddha n'est pas située au lieu de sa mort. Sept villes seulement ne se disputent pas l'honneur de la posséder. Elle est partout. Avec le culte funéraire et le pèlerinage aux reliques, l'architecture s'étendit au loin.

Malgré la ferveur et les offrandes, l'avenir artistique du Bouddhisme était limité, s'il était resté la religion des particuliers. La conversion du roi Açoka ('264-227 avant Jésus-Christ), lui donna l'ampleur et l'autorité. Du faste des princes d'Asie il acquit une force nouvelle, et les trésors des rois enrichirent les édifices dédiés au Grand Maître du renoncement et de la pauvreté. Autour des stupas^ reliquaires funèbres, coururent les balustrades chargées de reliefs. Pourvus de dotations considérables, les couvents devinrent pareils à des cités. L'on put creuser, à grands frais, les temples rupestres. La grandeur de l'empire d'Açoka, l'unification de rinde sous son règne, Tappui donné par lui

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aux penseurs bouddhistes étendirent largement Taire d'expansion de la foi nouvelle, tout en lui assurant des assises sociales plus stables.

Mais c'est surtout par le développement interne de la doctrine et par la discussion philosophique que le Bouddhisme pouvait devenir un facteur esthétique élevé. Dans une partie du monde habituée de longue date à spéculer et à discuter sur Fabsolu, où, du temps du Maître, fourmillaient les argumentateurs et les « spadassins » théologiques, il était appelé à prendre des formes multiples, et, si chacune des vingt-trois écoles indiennes eut son aspect critique ou négatif à l'égard de la plupart des autres, elle constitua aussi un apport positif, une richesse déplus. On peut croire au premier abord que cette tendance à la multiplicité des sectes et ce formidable travail d'abstraction, non seulement dans Tlnde, mais dans tout TExtrême-Orient (douze écoles en Chine, treize au Japon), ont eu pour effet de dessécher la pensée asiatique et de la dégoûter du concret. Il n'en fut rien, bien au contraire, surtout pour le Bouddhisme du nord, et nous aurons à étudier comment, dans les sectes Tendaï et Zèn en particulier. Tinterprétation des rapports du Moi et du Tout, ridée de la communion avec l'Unité Eternelle ont répandu l'amour de la beauté, l'aptitude à comprendre et à traduire la signification profonde des choses, dans des raccourcis suggestifs de l'infinité.

Pendant plus de huit cents ans, depuis la mort du Maître (fin du vf siècle avant Jésus-Christ) jus-

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qu'au IV® siècle de notre ère. le Boudilhisme travailla sur lui-même dans le nord de l'Inde et au Kashmir. Par des conciles comme celui ^ qui fut réuni par Kanislika, roi des Gètes, au milieu du f siècle après Jésus-Christ, par des efforts de pensée comme celui de Nagarjuna, il acquit cette première maturité, cette largeur et cette fermeté de pensée qui devaient l'aider à répandre son influence dans toute l'Asie. Les trois siècles suivants virent s'épanouir dans l'Inde une magnifique culture intellectuelle, représentée par des poètes comme Kalidasa et par des artistes comme les sculpteurs des grottes d'Ellora. A partir du vn^ siècle, le Bouddhisme du nord gagne le Thibet où son idéalisme devait se concrétiser sous la forme du Lamaïsme, tandis que le Bouddhisme du sud pénètre la Birmanie et le Siam, où son génie s'exprime dans un art luxuriant et délicat, mais sans nouveauté, et s'installe définitivement à Ceylan. Dans rinde même, la religion bouddhique était à peu près éteinte au xnr- siècle, et vers l'an 630, nous le savons par les relations du pèlerin chinois Hiuentsang, sa décadence était déjà sensible. Bien des sanctuaires étaient en ruines, l'herbe envahissait de vastes espaces jadis fameux et consacrés par la piété d'autrefois. L'Asie est le théâtre de ces éblouissantes carrières et de ces évanouissements. Les raisons de cette

1. Trois autres grands conciles l'avaient déjà précédé, tenus respectivement à Ixajagriha. Vaiçali. Patalipoutra. Ce dernier, réuni par Açoka (244-242 ?j condamna huit sectes hérétiques.

disparition du Bouddhisme aux lieux mêmes qui le virent naître, où il triompha et d'où il s'étendit au loin sont multiples et d'ailleurs mal connues. Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que, réforme du Brahmanisme, il avait constamment à lutter contre un adversaire qu'il n'avait pas complètement effacé et qui subsista toujours dans la plénitude de sa force, môme au cœur des hommes dont les nuances de la philosophie nouvelle avaient pu séduire Tintelligence. Le polythéisme brahmanique le recouvrit et l'absorba, comme les grandes sylves ardentes de FJnde pénètrent, détruisent et restituent à la terre d'antiques palais édifiés par des rois inconnus.

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