CHAPITRE PREMIER
INFLUENCE DES CROISADES SUR l'aRT BYZANTIN. LA RUINE DE CONSTANTINOP LE.
Au xr siècle, toute une série de graves événements précipitèrent la décadence de l'empire byzantin et, par suite, amenèrent l'affaiblissement des arts. La famille macédonienne disparut; ce ne fut qu'avec peine et après bien des troubles qu'une nouvelle dynastie, celle des Comnènes, parvint à s'assurer la possession du pouvoir. En Asie, de nouveaux envahisseurs, les Turcs Seldjoucides, faisaient de rapides progrès. Alors com-
mencèrent les croisades, et POccident latin se précipita sur rOrient grec. Venait-il le défendre? Les historiens byzantins ne sont pas de cet avis et voient dans les croisés des adversaires bien plutôt que des alliés. Si parfois ils exagèrent, cependant il est juste de reconnaître que les Latins n'eurent aucun souci des intérêts de l'empire, et qu'ils contribuèrent plutôt à le désorganiser et à le dépouiller. D'ailleurs, entre les Occidentaux et les Orientaux, les dissidences religieuses empêchaient toute union durable : lors de la première croisade, un demi-siècle ne s'était pas écoulé depuis que l'Église de Constantinople avait rayé de ses diptyques le nom du pape, et que les légats romains avaient déposé sur l'autel de Sainte-Sophie une sentence d'excommunication contre le patriarche Michel Cerularius (1054).
Aussi, de ce rapprochement entre les deux grandes parties du monde chrétien, la civilisation grecque ne retira nul avantage; tous les profits furent pour l'Occident, où pénétrèrent de nouvelles influences artistiques. Cependant on put croire quelque temps que, à Jérusalem, s'accomplirait une sorte de fusion entre les éléments d'origine diverse : la cour des successeurs de Godefroy de Bouillon avait, par quelques côtés, une physionomie gréco-latine; des artistes byzantins s'y rencontraient à côté des artistes venus de l'Occident; souvent ils travaillaient ensemble et se faisaient des emprunts réciproques.
Quand les croisés s'emparèrent de Jérusalem, la plupart des édifices chrétiens avaient disparu, ou il n'en restait que des ruines. Jusqu'au moment où la ville leur fut enlevée, en 1187, ils y multiplièrent les