‹ L'art byzantinChapitre 108 sur 151 · I. VillehardcuiDj éd. de Wailly, cti. cxxviii · texte numérisé non relu

I. VillehardcuiDj éd. de Wailly, cti. cxxviii

LIVREIV. — CHAPITRE I. 229

cupidité des croisés : les statues de bronze furent jetées à la fournaise et se transformèrent en gros sous. Qui peut dire tout ce que ce désastre a dérobé à notre admiration?Les Byzantins y perdirent eux-mêmes ces modèles dont ils s'étaient plus d'une fois inspirés et dont la vue avait tant contribué à entretenir chez eux le culte du beau. Un Grec qui a décrit ces sauvages déprédations, Nicétas Choniata, pleure sur la ruine de ces œuvres que n'a pu préserver la grâce de leurs formes; il maudit les croisés, et, s'adressant à Constantinople elle-même : « O ville ! œil de toutes les villes, célèbre dans le monde entier, mère des Églises, centre des sciences et des arts... mère féconde, jadis vêtue de la pourpre impériale, maintenant couverte de haillons souillés et privée de tes entants! Toi, qui naguère étais placée sur un trône élevé, dont la démarche était superbe, le visage auguste, la stature magnifique, te voilà humiliée et abattue; tes vêtements précieux sont lacérés, l'éclat de tes yeux est éteint!... » Et longtemps l'historien, qui avait assisté lui-même à ces horreurs, poursuit ses lamentations et ses malédictions : on croirait entendre un de ces thrènes funéraires que les Grecs modernes, comme au temps d'Homère, chantent encore au lit de leurs morts ^

C'était, en effet, la ruine de cette civilisation brillante; jamais l'empire d'Orient ne devait retrouver sa gloire et sa prospérité passées. Cependant l'occupation latine fut de courte durée : en 1261, Michel Paléologue rentrait à Constantinople. Mais, ainsi que l'a dit Montesquieu, « ce nouvel empire ne fut que le fantôme du

I. Nicétas Choniata, Vie d'Alexis Diicas Mur^ujle; la Prise de la ville; les Statues de Constantinople.

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premier ». Menacé par les Turcs, qui étendent sans relâche leurs conquêtes, mendiant inutilement le secours de rOccident, il ne traîne plus qu^ne existence misérable.

Au milieu de ces malheurs et de ces ruines, comment les arts reprendraient- ils une vie nouvelle? Le temps des grandes créations est passé; bientôt vont dominer la tradition et Pimitation. Les croisades, qui touchent à leur fin, n^ont exercé aucune influence féconde sur Tart d'Orient, On n'en trouve guère de traces qu'en architecture ; encore se restreignent-elles à quelques pays cil se maintinrent les établissements latins, comme la Grèce et les îles. Là, non seulement les constructions de style occidental sont fréquentes, mais, dans les édifices même dont l'origine est grecque, on se rapproche plus d'une fois des formes étrangères, et, comme à Mistra, un clocher latin s'élève à côté des coupoles byzantines. Pour l'étude qui nous occupe, ces combinaisons bâtardes n'offrent qu'un intérêt secondaire; elles n'ont point donné naissance à une école nouvelle et, partout où la culture artistique conserve quelque vigueur, les architectes restent fidèles aux anciens modèles ^.

Du xnr au xv* siècle, les empereurs ont cependant" protégé les arts; la plupart d'entre eux, fidèles aux exemples du passé, embellissent leurs palais, construisent des monastères et des églises, mais leurs efforts n'ont qu'un demi-succès, et rien alors ne se peut

, Leno'ir, A rchit. monastique, t. I", p. 273 et suiv., 3i5 et suiv.; les ouvrages de Buchon sur la domination française en Morée; et Couchaud, Choix d'églises by^^aniines.

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