LIVRE IV. — CHAPITRE I
nué et les ruines y étaient nombreuses. « Combien que la ville soit grande et de grande contenance, ce néanmoins est mal peuplée... Il y a dans Constantinople de grands éditices, maisons, monastères, églises, desquels la plupart sont tombés et ruinés; mais il paraît manifestement que, lorsque cette ville était en sa jeunesse, ce dut être une des plus notables du monde. Et dit-on qu^aujourd'hui il y a bien encore 3, 000 églises, tant grandes que petites. » L'ambassadeur parcourt les principales églises ; il en signale les curiosités, surtout les mosaïques qui les décorent. Devant Sainte-Sophie s'élève encore la statue colossale de Justinien; à la coupole, dans les galeries de l'église brillent les mosaïques. A Saint- Jean de FHebdomon, « il y avait une figure de saint Jean très riche et bien pourtraitée d'ouvrage de mosaïque; ensemble avec cette porte un haut dôme imagé d'images et de figures très belles en œuvre de mosaïque. » Quelquefois le voyageur indique les sujets traités par les artistes. Ainsi, à Sainte-Marie de l'Enceinte ou de la Fontaine, « il y avait force images figurées, et parmi, une image de sainte Marie, et tout contre, d'un côté, une image d'empereur, et de l'autre côté une image d'impératrice, et, aux pieds de l'image de sainte Marie, sont figurés trente châteaux et villes avec les noms de chacun écrits en grec. Et leur fut dit que lesdites villes et châteaux étaient du domaine de ladite église, donnés à icelle par un empereur qui l'avait dotée, lequel avait nom Romain et y est enterré. » Dans le cloître, « y avait-on figuré la verge de Jessé; c'est le lignage dont fut issue la vierge sainte Marie. C'était œuvre de mosaïque, tant merveilleusement riche et artistement ira-
vaillée que celui qui Ta vue n'en a pas vu d'autre si merveilleuse. » A l'intérieur de Téglise, « le ciel était tout d'œuvre de mosaïque, et sur les parois on voyait historiés en œuvre de mosaïque de beaux traits de Thistoire sainte, depuis que Tange Gabriel salua la Vierge jusqu'à la naissance de Jésus-Christ Notre-Seigneur;puis comme il alla par le monde avec ses disciples, et toute la suite de sa bienheureuse vie jusqu'à ce qu'il fût crucifié. » A Saint-Georges, « le corps de l'église est très élevé et tout couvert de mosaïque, et l'on y voit la représentation de Notre-Seigneur Jésus-Christ quand il monta au ciel », puis Dieu le Père, la Pentecôte^.
En 1422, c'est un Florentin, Bondelmonti, qui décrit l'aspect de Constantinople et de ses monuments. Il la représente comme ruinée et digne d'exciter la compassion. Quand il parle de l'étendue de la ville, du grand Palais, c'est au passé et comme de choses disparues. Après avoir vanté l'antique splendeur de Sainte- Sophie, il ajoute, il est vrai avec une exagération évidente : « Maintenant, il n'en reste plus que la voûte, car tout a été brisé et anéanti. » Donc, ce quartier, le plus beau de la ville, est en ruines.
En 1453, les Turcs s'emparaient de Constantinople. Bientôt les plus belles églises furent converties en mosquées; les peintures et les mosaïques furent presque partout détruites ou recouvertes de badigeon. En i55o, un Français, Pierre Gylli, recherchait à Constantinople et dans les environs toutes les traces du passé et sans
I. Mérimée a traduit en français du xv* siècle la relation castillane : Revue d'architecture de C. Daly, t. II ; c'est d'après lui que je la cite.
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cesse se heurtait aux décombres. Aujourd'hui, si l'on veut se faire quelque idée de ce que fut autrefois Byzance, du nombre merveilleux de ses églises, de ses monastères, de ses palais, c'est aux textes anciens et aux ouvrages des érudits qu'il faut recourir.