‹ L'art byzantinChapitre 115 sur 151 · LIVRE ÏV. — CHAPITRE II. 2+s · texte numérisé non relu

LIVRE ÏV. — CHAPITRE II. 2+s

Stances remarquables, tout semble avoir conspiré à préserver cet état monastique de ces déprédations qui, en tant d^autres endroits, ont bouleversé de fond en comble les églises et les couvents grecs. S'il n'y a point complètement échappé, il en a beaucoup moins souffert.

Bien que la plupart de ces monastères aient été plusieurs fois reconstruits ou restaurés, leur aspect rappelle encore le moyen âge. Entourés de hautes murailles et semblables à des châteaux forts, ils reportent la pensée vers les temps où les moines étaient obligés de se défendre contre les incursions ennemies. Sur Tenceinte se détachent souvent des constructions en bois qui, par de longues poutres obliques, s'affermissent au mur. Dans les plus anciens, tous les bâtiments s'ouvrent au dedans. On pénètre à l'intérieur par une porte bien gardée, que protège souvent l'image de la Panaghia Portaïtissa (Vierge portière). Là, dans une grande cour centrale, se pressent les constructions, les églises (chaque couvent en contient ordinairement plusieurs), la fontaine sacrée, le réfectoire; sur les côtés s'étagent les logements. Les grands monastères sont à ce point étendus qu'aux jours de fêtes solennelles des milliers de pèlerins y trouvent l'hospitalité. Dans la disposition de ces vastes édifices rien n'est changé depuis des siècles ; tout s'y conserve par une longue tradition, de même que l'esprit de ceux qui les habitent est resté presque entièrement fermé à toutes les idées qui, depuis la ruine de l'empire grec, se sont agitées dans le inonde. Aussi n'est-ce point la peine de s'arrêter à l'architecture des églises de l'Athos; ce qu'on en pourrait dire n'ajouterait guère de ren-

seignements à ceux que donnent les édifices dont j'ai déjà parlé.

Il n'en est pas de même de leur décoration. Autrefois quelques-unes des églises de TAthos devaient être entièrement ornées de mosaïques. C'est dans le catholicon de Vatopédi qu'on en trouve aujourd'hui les vestiges les plus remarquables. Au tympan de la porte du narthex extérieur, une mosaïque à fond d'or représente le Christ entouré de la Vierge et de saint Jean. Aux deux côtés de cette même porte, deux cadres contiennent les personnages de l'Annonciation et le même sujet est répété à l'intérieur de l'église. Enfin, dans le tympan d'une des portes qui conduisent du narthex extérieur au narthex intérieur, se trouve une figure de saint Nicolas. Au siècle dernier, existaient encore, d'après le récit d'un voyageur grec, d'autres mosaïques qui depuis ont disparue

De quelle époque datent ces fragments d'une décoration qui autrefois s'étendait peut-être à toute l'église? Une inscription apprend que les mosaïques furent restaurées par les soins de l'higoumène loannikios, mais on ne sait quand il vécut. D'après une autre inscription, le narthex fut « historié » sous Andronic Paléologue, en i3i2; si ce terme s'applique à des peintures, il en résulterait que les mosaïques existaient antérieurement. A ne considérer que le style, je crois qu'on peut les placer au xii* ou au xiii* siècle.

Dans un autre couvent, à Xénophon, existent encore deux figures en mosaïque qui ne se trouvent pas à leur emplacement primitif et qui faisaient partie d'une

I. Voy. la description détaillée que j'ai donnée de ces mosaïques : Duchesne et Bayet, Mission au mont A t lias, p^ 3io et suiv.

œuvre plus considérable. Elles représentent les saints guerriers, saint Georges et saint Démétrius. Tous deux portent le costume byzantin, brodé d'or et de perles. Aucun témoignage nMndique la date de ces mosaïques; je les crois à peu près de la même époque que celles de Vatopédi , bien que Texécution en soit plus fine.

Ce sont donc les peintures qui, par leur nombre et kui^importancej appellent plutôt l'attenti^ii. Ici encore les œuvres les plus anciennes ont disparu. Les peintres byzantins ont, en général, l'habitude d'indiquer dans quelque coin de leur œuvre à quelle date ils Pont terminée. Ces inscriptions donnent presque toujours les noms de Tabbé et du peintre, Tannée, Tindiction et quelquefois même le jour du mois. Ce sont là des renseignements précieux, mais qui d'ordinaire ne font point remonter fort haut, car les moines de l'Athos ne sont pas naturellement admirateurs des peintures anciennes. On démêle fort bien, dans leurs récits d'une chronologie fantaisiste, que ce goût ne leur était guère venu avant l'époque où les voyageurs ont cherché à le leur inspirer. En général, lorsqu'une peinture est fort abîmée, ils la refont; quand les tons en pâlissent, quelque restaurateur ravive les couleurs. Cela ne leur est point difficile : bien des couvents ont leurs peintres qui ne demandent pour leur tâche ni beaucoup de temps ni beaucoup d'argent. Aussi les peintures datées sont-elles la plupart du xvii% du xviii® et du xix" siècle ; quelques décorations d'églises remontent au xvi" siècle, celles dont la date antérieure est certaine sont fort rares. Mais si ces œuvres sont en général assez récentes, en revanche, le nombre en est infini. Dans les églises

de l'Athos, depuis le bas du mur jusqu'au haut de la coupole, tout est couvert de peintures distribuées par compartiments et par bandes et qui offrent une richesse d'aspect surprenante: les figures se détachent vivement sur un fond bleu; Tor, les gemmes couvrent les vêtements, dont les tons rouges, verts, bruns, éclatent avec vigueur. Il ne faut y chercher, en général, ni le soin du dessin ni Pétude savante du coloris, mais seulement les traditions d'une grande école de décoration. Tous ceux qui ont visité la montagne sainte ont été frappés de cette foule de figures qui tapissent les murs de Téglise, grimpent le long des arcades et jusqu'au fond de la coupole. Ce qui est plus curieux encore, c'est de voir avec quelle uniformité les personnages et les scènes sont presque partout répartis. Dans le narthex extérieur, et avant de pénétrer dans le lieu saint, le fidèle est arrêté par la représentation du Jugement dernier, qui se développe sur une grande étendue, avec un luxe de détails terrifiants. Non loin, les saints guerriers, couverts de cuirasses et l'épée nue à la main, gardent les portes du temple. Les uns ont la figure jeune et régulière des éphèbes grecs; d'autres ont l'aspect plus rude, les traits plus menaçants. Parfois, à ces représentations se substituent des scènes de l'Apocalypse, les conciles, ou la suite de sujets connus sous le nom des Vingt-quatre Stations de la Mère de Dieu. Dans le narthex intérieur se déroulent les événements de l'Ancien Testament, ou l'histoire des martyrs. Dès qu'on entre dans l'église même, on voit au-dessus de la porte la belle composition de la Mort de la Vierge. Tout autour se pressent les scènes de la vie du Christ : l'Entrée à Jérusalem, la

Z, LlhuniS dei

rIG. Bl. — s /VINT LEONTIOS.

(Peinture murale,)

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Résurrection de Lazare, etc. Si l'on pénètre plus avant, on trouve à Pabside latérale de droite les principaux épisodes de la jeunesse de Jésus, tandis que l'abside de gauche est ordinairement réservée au drame de la Passion : la Crucifixion, la Descente de croix, le Thrène ou lamentation funèbre, la Mise au tombeau, la Résurrection, presque toujours unie à la Descente aux limbes. La grande abside du fond est souvent consacrée aux paraboles et aux miracles. La coupole centrale présente sur les pendentifs qui la soutiennent les quatre Evangélistes ; au fond se détache sur champ d'or l'image gigantesque du Christ tout-puissant (Pantocrator), tandis que, dans la bande qui court au-dessous, défile la divine liturgie : les anges, vêtus de robes éclatantes, s'avancent lentement par groupes réguliers; les uns encensent, d'autres portent les instruments de la Passion ou des objets du culte ; au centre de la procession, quatre d'entre eux soutiennent sur leurs épaules un lit funéraire oti repose étendu le cadavre du Christ^. Tout le long de l'église, des images en pied des saints occupent la bande placée immédiatement au-dessus du sol : guerriers, évêques sont là, rangés côte à côte, dans une attitude hiératique. Enfin, en avant de l'autel, se dresse l'iconostase, toute chargée de dorures et de tableaux, et que surmonte un immense crucifix. Tel est, dans ses traits généraux, l'arrangement que présente la décoration de la plupart des églises de l'Athos.

Ce n'est pas qu'on ne puisse découvrir, sous cette unité extraordinaire de disposition, la présence d'élé-

I. La peinture reproduite par la ûgure 82 ne donne pas tous les détails de cette composition.

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