‹ L'art byzantinChapitre 116 sur 151 · F I G. 83. LA. DIVINE LITURGIE · texte numérisé non relu

F I G. 83. LA. DIVINE LITURGIE

Peinture murale. (Didroii, Annales archéologiques .)

ribles. Rien ne se peut imaginer de plus idéal que le type de la Madone et l'Enfant, tel que l'ont souvent exprimé les Byzantins, unissant dans une même figure la virginité et la maternité. Sur quelques-unes de ces œuvres elle soutient l'Enfant de ses bras, elle se penche vers lui

avec une grâce ineffable, tandis qu^à la limpidité de son regard se mêle déjà une certaine mélancolie et comme le pressentiment des épreuves futures. Sans doute, depuis le jour où un artiste de génie imagina ce type, des milliers d'enlumineurs Tont défiguré en Timitant; mais, à travers les imperfections de ces copies, se devine encore toute la beauté de Poriginal. Cette même poésie se retrouve dans les compositions de la Mort de la Vierge et de la Divine Liturgie; d'un côté comme de l'autre, rimage de la mort, le souvenir de la souffrance s'effacent dans une impression générale de sérénité et de grandeur. Ici, la Vierge dort, sans que la mort ait altéré ses traits ; là, le cadavre du Christ, escorté de toutes les puissances célestes, évoque l'idée du triomphe et non de l'agonie. Mais par contre, si l'on tourne les yeux vers le crucifix placé au-dessus de l'iconostase, à ces conceptions si pures succède la recherche de la plus atroce réalité. Le Christ succombe sous le poids de la souffrance, son corps cède et se disloque, ses chairs saignent, les os percent sous la peau et la mort répand déjà sur lui ses tons d'un vert jaunâtre. Sur cette effrayante image on ne trouve plus qu'un supplicié que l'agonie étreint. Dans le thrène funéraire sur le corps du Christ, la Madone, tantôt si radieuse de beauté, est défigurée par le désespoir : ses yeux s'allongent, sa bouche se tord, sa figure entière se déforme. L'artiste ne se contente point d'emprunter à la nature ce qui lui est nécessaire pour exprimer la douleur, il se complaît dans le laid et l'horrible, et il outre la réalité. Les ascètes parfois n'ont plus forme humaine. Ce que j'ai vu de plus étrange en ce genre, c'est une figure de Marie l'Egyptienne dans le narthex

FIO. flj. — SAINT JEAN LE PRÉCURSEUR. — Peinture murale ' .

I. Je dois ce dessin, ainsi que la plupart de ceux qui illustrent

de la grande église de Vatopédi. Longue, amaigrie, rongée par la souffrance, elle n^offre plus au regard qu^une carcasse couverte de haillons. La tète est chauve, les orbites creux, la mâchoire édentée, et il semble que le peintre se soit acharné avec passion à entasser toutes les laideurs sur ce corps de femme jadis si beau. Dans les représentations du Jugement dernier, les détails repoussants sont accusés avec la même complaisance : les diables rient et tirent la langue, les damnés grincent des dents; un fleuve de feu part des pieds du Christ et les entraîne; sur les vagues ardentes surnagent des têtes, des pieds, des cuisses. Un ange guette les malheureux au passage et les larde de coups de fourche. Dans un coin, les animaux terrestres rendent les membres humains qu'ils ont dévorés.

Dans un couvent, le moine qui me montrait ces peintures riait avec une joie malsaine. Cest qu'en effet toutes ces horreurs sont Toeuvre de Timagination monastique, hantée de visions bizarres et prenant sa revanche du monde qu'elle maudit. Peut-être les moines d'aujourd'hui n'inventeraient-ils plus ces épouvantables images; mais, dans les siècles passés, où leurs passions étaient plus vives, ils y mirent tous les sentiments de leur âme.

Ainsi ^e retrouve, dans ces peintures de l'Athos, le double courant que j'ai signalé déjà sur les monuments

ce chapitre, à la bienveillance de M. Julien Durand dont le frère, Paul Durand, avait fait plusieurs voyages en Orient et amassé de nombreux documents sur l'art byzantin. Si, trop exigeant pour luimême, il n'a pas publié les travaux qu'il avait préparés, les papiers qu'il a laissés forment une mine de matériaux fort précieuse.

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