I. Manuel, p. i
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Didron Pattribue au xv^ ou au xvi'' siècle, et cette opinion est géne'ralement accepte'e; on a même cru pouvoir préciser et fixer la re'daction du Guide de la peinture à Tannée 1458. Aux remarques déjà faites par d'autres, j'ajouterai que Denys vit à une époque où la peinture proprement dite s'est emparée des églises, mais où, cependant, on garde encore le souvenir de la décoration en mosaïque 1.
Quelle que soit du reste la date où écrivit Denys, ce n'est pas lui qui a imaginé tout le système d'iconographie qu'il expose. Les types primitifs de ces compositions sont anciens, et il en est, on le sait, qui remontent Jusqu'au iv*' siècle, d'autres au ix® et au x". Cependant, aux yeux de Denys, un peintre entre tous occupe dans l'art byzantin une place d'honneur, et il en fait le chef d'une école nouvelle, « Je me suis efforcé, dit-il, d'imiter autant qu'il m'était possible le célèbre et illustre maître Manuel Pansélinos, de Thessalonique. Après avoir travaillé dans les églises admirables qu'il a ornées de peintures magnifiques à la montagne sainte de l'Athos, ce peintre jeta autrefois un éclat si brillant par ses connaissances dans son art, qu'il était comparé à la lune dans toute sa splendeur^. Il s'est élevé au-dessus de tous les peintres anciens et modernes, comme le prouvent encore évidemment ses peintures sur mur et sur bois. C'est ce que comprendront très bien
1. Manuel, p. 3. Je laisse ici les considérations tirées du style de l'écrivain. II est évident que le texte primitif a dû être fort modifié.
2. Pansélinos a dû en effet ûtre un surnom donné au peintre et qui signifie « pleine lune ».
tous ceux qui, possédant un peu la peinture, contempleront et examineront les œuvres de cet artiste. Cet art de la peinture qui, dès l'enfance, m"'a coûté tant de peine à apprendre à Thessalonique, j'ai voulu le propager '. »
Depuis que ce passage est connu, beaucoup se sont plu à parler de celui qu'on appelle « le Raphaël de la peinture byzantine ». Mais quand a-t-il vécu? Les uns Tout placé au xf siècle, d'autres au xiii®, et on Ta traîné ainsi à travers les temps jusqu'au jour où un savant allemand, en désespoir de cause, a proposé de le considérer comme un personnage mythique. Il me semble cependant que des renseignements mêmes de Denys on peut tirer quelque hypothèse plus simple. Manuel Pansélinos a vécu et il a été le maître par excellence d'une école de peinture religieuse établie à Salonique, et à laquelle appartient encore Denys. Il est vraisemblable d'admettre que la prospérité de cette école fut antérieure à l'occupation turque. Salonique fut prise par les Turcs une première fois en iSgj, mais ils la perdirent et ne s'y établirent définitivement qu'en 1430 ; si Denys a écrit en 1458, aux Jours de sa vieillesse, il aurait pu étudier à Salonique au commencement du xv* siècle, même dans les dernières années du xiV' siècle. Or, s'il donne clairement à entendre qu'il n'a point connu Pansélinos, tout montre qu'il n'est pas éloigné du temps où vécut le maître dont la gloire est récente, mais déjà consacrée; on ne se tromperait pas, je crois, en le considérant comme un arrière-disciple. Qu'on place entre eux deux ou trois générations, Pansélinos aurait
I. Manuel, p. 7, 8. Le moine Denys parle encore de Pansélinos en d'autres endroits, p. 14, 33.
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travaillé au xiii* ou au commencement du xiv® siècle*.
C^était l'époque où les Paléologues, maîtres de nouveau de Constantinople, cherchaientà restaurer Tempire. L'Athos, devenu comme le centre du christianisme grec, fut enrichi de leurs bienfaits; c'est ce que prouvent les privilèges qu'ils accordèrent aux monastères et aussi les objets d'art qu'ils leur donnèrent. Pansélinos aurait donc été l'artiste le plus illustre de cette tentative de renaissance: il précisa ce caractère monastique que prenait de plus en plus l'école byzantine, il coordonna le travail de formation iconographique qui avait eu lieu du IX* au XIII® siècle, et ses enseignements acquirent dans la suite une autorité d'autantplus grande qu'après lui toutes les causes de décadence agirent rapidement; on s'habitua donc à le regarder tout à la fois comme un artiste sans égal et comme le législateur de la peinture.
De ce maître tant vanté nous reste-t-il des œuvres, soit à Salonique, où était le siège de l'école, soit au mont Athos,où le talent des artistes trouvait surtout à s'exercer?
A Salonique, dansquelqueséglisesconvertiesen mosquées, apparaissent sous le badigeon musulman des vestiges de peintures antérieures à l'occupation turque. Je citerai entre autres celles qu'on aperçoit dans une église de la Vierge (que Texier attribue à tort à S. Bardias). Mais, pour en parler en connaissance de cause, il faudrait pouvoir les dégager et chercher si, par hasard, on trouverait quelque inscription avec le nom du peintre.
I. Depuis la première éditiondeceIivre,denouveauxdocuments m'ont donné l'occasion de revenir sur cette question. Voy. mes Notes sur le peintre byzantin Manuel Pansélinos, et sur le Guide de la peinture du moine Denys; Revue archéoL, mai-juin 1884.
Au mont Athos, les moines ne se font pas faute de parler de Pansélinos et de montrer partout ses œuvres. Leurs récits sont si contradictoires qu^il est difficile d'y voir autre chose que contes en Tair; leur hospitalité bienveillante les invente sans doute pour satisfaire la curiosité des voyageurs qui, gravement, les enregistrent comme documents officiels. Cependant, les moins invraisemblables de ces renseignements reportent encore le maître byzantin au xiir et au xiv siècle.
(^uant aux peintures qu'on lui attribue, quelquesunes paraissent en vérité fort anciennes et de bon style; je citerai entre autres celles du Protâton à Karyès. Une Nativité du Christ et une Présentation de la Vierge au temple sont tout à fait remarquables et bien supérieures aux peintures ordinaires de TAthos : tout y est naturel et d'un goût fort pur. Les femmes y ont le corps élancé et élégant, la démarche vivante ; les proportions des figures sont justes et sur les visages aux traits réguliers brille une beauté pleine de finesse. D'autres compositions offrent encore les mêmes qualités. Malheureusement, toutes ces peinturessont menacées d'uneruine prochaine : les lignes s'effacent, les couleurs pâlissent, l'enduit se lézarde et tombe. On ne peut se défendre d'une certaine mélancolie en voyant si tristement disparaître les chefs-d'œuvre presque inconnus d'un art si peu connu lui-même.
Dans le narthex de la grande église de Vatopédi se trouvent encore des peintures où on veut reconnaître la main de Pansélinos. En tout cas, elles sont noyées au milieu d'œuvres plus récentes. « Ce temple, dit une inscription qu'on lit à cet endroit, a été historié sous le règne d'Andronic Paléologue, empereur très orthodoxe.