LIVRE I V. — CHAPITRE II
grâce au saint moine Arsénios, en l'an 1 3 12. Le présent narthex a été réparé et renouvelé... en l'an 1819. » Les détails relatifs à la décoration du xiv siècle ont été empruntés évidemment à une inscription de cette époque; ils méritent donc d'être acceptés. Mais, parmi les peintures qui existent encore aujourd'hui, en est-il quelquesunes qu'on y puisse rattacher? On n'oserait l'affirmer. Celles qu'on désigne comme telles valent mieux que d'autres; encore paraissent-elles avoir fort souffert de restaurations maladroites.
Quant au livre de Denys, il est devenu le manuel où, depuis plusieurs siècles, les peintres athonites puisent leurs connaissances. Il est sage cependant de ne pas lui attribuer plus de valeur encore qu'il n'en a, et ce serait se tromper que d'y voir un bréviaire officiel dont les formules, consacrées par la tradition, seraient en outre imposées par l'Eglise. D'autres ouvrages de ce genre existaient, on en a la preuve, et ils étaient encore employés au commencement de ce siècle. En outre, les peintures des églises ne s'accordent point toujours avec les préceptes du Guide; on peut noter çà et là des variantes. Les artistes n'étaient donc point asservis à une réglementation absolue; s'ils ne pouvaient toucher aux types sacrés ni changer à leur gré toute l'iconographie, ils étaient libres cependant, dans une certaine mesure, d'imaginer des compositions nouvelles ou de modifier celles qui existaient déjà. On a exagéré l'immobilité de l'art byzantin et répété trop souvent que, pendant des siècles, les artistes n'ont fait que se copier invariablement les uns les autres. Les faits ne répondent point à ces lois de convention; à côté des copistes ont vécu parfois
de véritables artistes qui n'abdiquaient point toute originalité.
Quelques-uns ont même essayé de modifier le style byzantin et de Tassouplir par Timitation des œuvres italiennes. C'était une entreprise dangereuse, où la peinture grecque courait risque de perdre sa physionomie propre sans acquérir les qualités qu'elle recherchait. Cependant, il n'est pas sans intérêt de signaler ces tentatives ; elles prouvent que l'art n'était point enchaîné, et, d'autre part, qu'il ne se dérobait pas autant qu'on l'a cru aux influences étrangères. Un savant allemand, M. Richter, a noté dans plusieurs couvents de l'Athos ces emprunts faits à l'Italie ^ En i537, dans la grande église du couvent de Lavra, Theophanos de Chypre, peignant le massacre des enfants sur l'ordre d'Hérode^ s'inspirait d'une gravure de Marc-Antoine. A Zographou, parmi des fresques datées de 1814, se trouvent une Descente de Croix d'après Rubens, un Portement de Croix d'après Raphaël. A Ivirôn, dans le narthex extérieur, j'ai remarqué des peintures qui représentent des scènes de l'Apocalypse et qui se ressentent avec évidence de l'influence italienne. Elles ont été exécutées en 1795 par un artiste du nom de Nicéphore, qui sans doute avait visité Venise. Les peintres byzantins de l'Athos emploient pour le visage et les chairs des tons durs et brusques, tout au moins ne cherchent-ils
I. Abendlandische Malerei und Plastik in den Landern des Orients, Zeitschrift fur bildenden Kiinste, t. XIII. Il a même proposé de reconnaître une influence italienne dans les peintures du Protâton de Karyès dont il a été question plus haut : ce n'est là qu'une hypothèse qui me paraît excessive.