LKS INFLUENCES BYZANTINES EN OCCIDENT
Pendant le moyen âge, TOrient et POccident n'ont jamais ve'cu isolés Pun de Pautre; bien avant les croisades, les relations étaient fréquentes. Byzance exerçait encore une attraction puissante sur les imaginations occidentales; les princes de France, de Germanie, d'Italie y envoyaient sans cesse des ambassades. De nombreux pèlerins partaient pour la Terre Sainte, souvent visitaient Constantinople ; à leur tour, des moines grecs venaient s'établir en Occident : on en trouvait, non point seulement dans le sud de PItalie, mais à Rome, en France, en Allemagne. C'était surtout par le commerce que s'établissaient les rapports dont le développement de la civilisation devait le mieux se ressentir. En France, à Pépoque mérovingienne, existaient, même au centre, à Orléans, de petites colonies syriennes. Chaque année, dans les ports de l'Occident, de nombreux vaisseaux mettaient à la voile pour aller chercher à Constantinople, à Salonique, à Alexandrie, les produits de
I. Springer (Bilder ans der neueren Kunstgeschichte, 1. 1", i886, p. 8i etsuiv.)a publié sur cette question un mémoire qui contient des observations intéressantes, mais dont les conclusions trop générales ne s'appuient pas toujours sur une étude assez précise des faits. . ' ;
rOrient. Ce fut bien mieux encore quand les croisades établirent à poste fixe les Latins dans ces pays ^
Parmices Grecs qui venaient cheznous, se trouvaient parfois desartistes, ainsi que Tattestent quelques témoignages des chroniqueurs^. Et, d'autre part, ce n^étaient point seulement des épices, mais des objets d'art que les marchands et les voyageurs rapportaient d'Orient. Ces œuvres étaient recherchées : souvent on les imitait ou on s'en inspirait. Suivre Part byzantin dans ses incursions en Occident serait une tâche longue et difficile ; comme je ne puis y consacrer ici que quelques pages, Je me bornerai aux faitsles plusimportantset les mieuxétablis.
Le rôle exercé par Byzance sur le développement des arts en Italie a été Tobjet de bien des discussions : les uns l'ont étendu, d'autres l'ont restreint avec une égale exagération'. Pour arriver à quelques conclusions générales aussi précises que possible, il convient de distinguer dans ce pays plusieurs régions. L'art italien au moyen âge ne s'est point développé avec uniformité : l'Italie était divisée en une foule de cités et d'Etats fort
1. Heyd, Geschichte der Levantehandels iyn Mittelalter, 1879.
2. Schnaase en a réuni un certain nombre dans le chapitre qu'il a consacré à l'influence byzantine, Gesch. der bild. Kûnste, t. IV, p. 718 et suiv.
3. Cette remarque s'applique surtout à l'ouvrage de Salazaro, Studi stii vionumenti délia arte méridionale dal iv" al xiii» secolo, 187 i-i883, d'ailleurs si intéressant par les renseignements nouveaux et les belles reproductions qu'il contient. L'auteur avait étudié avec un soin jaloux les monuments d'Italie. Mais l'art byzantin était pour lui un ennemi personnel, auquel il ne voulait reconnaître ni invention, ni dessin, ni coloris et dont il prétendait ne retrouver nulle part l'influence, si évidente qu'elle soit. V. les appréciations plus justes de Mûntz, Études sur l'hist. de la peinture et de Viconogr. chrétiennes, p. 41-43.
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différents par leurs conditions politiques et artistiques. Dans certaines provinces, la domination grecque se maintint longtemps; ailleurs, elle disparut de bonne heure. Enoutre, tandis que l'activité de quelques villes était toute tournée du côté de TOrient, d'autres n'avaient avec l'empire deConstantinoplequedes relations moins directes et moins fréquentes. Il est donc logique d'étudier isolément des pays dont les destinées ont été diverses ; alors on reconnaîtra qu'en plusieurs endroits l'art byzantin a exercé une assez longue suprématie, tandis qu'ailleurs son influence a été plus faible et plus éphémère. Dans le sud de l'Italie, le rôle de Byzance est évident. Pendant plusieurs siècles, toute une partie de cette contrée se rattacha à l'empire de Constantinople par la religion, par l'administration, par la langue même : l'antique Grande-Grèce méritait toujours ce nom. Même la querelle des iconoclastes, qui détacha de rOrient le reste de l'Italie, dans le sud fortifia l'hellénisme ; les partisans des images s'y réfugièrent en grand nombre et les empereurs grecs ne les y inquiétèrent pas. Ce fut dans ces provinces une véritable colonisation grecque, et une colonisation en partie monastique. Dans la Calabre seule, on connaît les noms de quatre-vingtdix-sept couvents de l'ordre de Saint-Basile qui se fondèrent à cette époque. Ce pays fut le centre de cette civilisation néo-hellénique; Byzance y était aimée, et, quand vinrent les Normands, en bien des endroits on leur résista avec énergie. Robert Guiscard ne s'empara point sans peine deTarente, de Santa-Severiana; encore ne put-il détacher violemment les populations de Phellénisme: il fallut plus d'un siècle pour que le rite latin
y remplaçât le rite orthodoxe; au xii* siècle, en certains endroits, on employait encore la langue grecque. Il en fut de même en Sicile. Dans d'autres provinces, la culture byzantine, moins fortement enracinée que dans ces deux pays, était cependant très puissante encore. « Est-il besoin de rappeler ce que les Normands eux-mêmes, après la conquête, dans la première période de leur domination sur le midi de Tltalie, empruntèrent à la civilisation gréco-byzantine ? Non seulement ils adoptèrentle grec comme une des langues officielles de leur chancellerie, parce qu'elle était celle d'une partie de leurs sujets, mais leur architecture resta entièrement byzantine jusque vers ii25. Les premières monnaies qu'ils frappent dans la Fouille et dans la terre d'Otrante sont imitées de celles de l'empire d'Orient. Le costume nouveau, caractérisé par la robe longue à l'orientale et par une sorte de bonnet phrygien, que TOccident tout entier adopte vers 1090, un peu avant la première croisade, à la place du costume court qui prévalait jusqu'alors, leur y a dû sa première introduction. Et il n'est pas autre chose que le costume grec ^ » Les princes normands fondaient autant de monastères grecs que de monastères latins; à leur cour, les poètes, les historiens, les théologiens byzantins étaient aussi nombreux qu'à
I. Fr. Lenormant, la Grande-Grèce, 1881, t. II, p. 406, 407. L'auteur s'est attaché à faire ressortir l'importance de l'élément grec dans l'histoire de l'Italie méridionale au moyen âge. Sur les monuments byzantins, les peintures byzantines du sud de l'Italie, voyez les études très importantes de Diehl, dans \tBulletin de cor -espondance hellénique; \ts Mélanges de l'école de Rome [\z liste s'en trouve dans un article des Mélanges de juillet 1890); Jordan, ibid., décembre 1889; Battifol, l'Abbaye de Rossano, 1891.