LIVRE V. — CHAPITRE II. ,oi
points ^ Les types ont souvent une physionomie locale; Texécution offre une rudesse originale, mais dans les attitudes, dans les costumes, dans quelques détails du style, on sent que les artistes ont été en rapport avec les maîtres byzantins et qu'ils se sont inspirés de leurs œuvres. On se trouve en présence d'une école indigène qui se maintient et se développe sous des formes souvent exotiques dont elle se dépouillera peu à peu. Il serait aussi injuste d'en méconnaître l'existence que de n'y vouloir reconnaître aucune trace étrangère ^
La même impression se dégage si l'on étudie soit les mosaïques de cette région, malheureusement fort rares, soit les œuvres de la sculpture. Il suffit de rappeler ici quelle vogue eurent en Italie, à la fin du XI" siècle, les portes de bronze exécutées à Constantinople. Les artistes italiens commencèrent par les imiter: ainsi firent Roger d'Amalfi à Canosa, Oderisius de Bénévent à Troja. Mais bientôt ils surent à leur tour se montrer originaux, et les portes que décora Barisanus de Trani pour Ravello, pour Monreale, pour Trani ne turent plus de simples copies. Sur les sculptures en pierre qui ornent certaines églises du xf et du xii" siècle apparaissent les mêmes transformations. Quelques chapiteaux de la cathédrale d'Otrante (xii<= siècle), quelques bas-reliefs de San-Giovanni in Venere,
1. Voy. les peintures de la Badia di Sant-Maria la Libéra (XI" siècle), de San-Angeio in Formis (xi" siècle), de San-Giovanni in Venere, etc., i'» partie, pi. VII, X, XI, XV, XVIII. Sur l'église et les peintures de San-Angelo in Fonnis, voy. aussi Caravita, t. I", p. 223-259, qui détermine bien la part de l'influence byzantine.'
2. Voy. sur ce point quelques observations fort justes de M. Lefort, dans la Revue archéologique, novembre i87y.
près de Lanciano (commencement du xiii® siècle), sont de style byzantin ; mais là et en bien d'autres endroits se révèle de bonne heure Texécution plus large et plus vivante des sculpteurs italiens ^
A Tautre extrémité de Tltalie, Venise est une ville grecque. Sa prospérité s'est accrue à mesure que déclinait celle de Ravenne, sa voisine. Dépeuplée par Justinien II, ruinée par Tavidité des exarques, la capitale de Tltalie byzantine était déjà bien déchue de son ancienne splendeur, quand, au milieu du vni* siècle, elle tomba aux mains des Lombards pour passer bientôt à celles du pape. Au contraire, Venise sut maintenir son indépendance contre les Lombards et les Francs; la suzeraineté nominale des empereurs grecs qu'elle affecta de reconnaître fut la condition même de sa fortune. Dotée par eux d'une foule de privilèges, elle multiplia ses comptoirs sur les côtes de la Méditerranée et bientôt accapara la plus grande partie du commerce entre l'Orient et l'Occident. Mais, avec les produits de l'empire, les marchands vénitiens rapportaient dans leur patrie la civilisation byzantine. Tout y rappelait la Grèce, le costume, les mœurs, le cérémonial de la cour des doges et ces titres àlrypatos et de pj'otospathaire dont les parait la cour impériale. C'est à l'Orient que Venise empruntait quelques-unes de ces industries de luxe où à son tour elle excella, telles que l'art de travailler le verre et le cristal, de dorer les cuirs 2.
1. Perkins, Les Sculpteurs italiens, trad. Haussoullier, 1869, II, ch. I.
2. Armingaud, Venise et le Bas-Empire, Archives des missions scientifiques, 1867, p. 432 et suiv.