‹ L'art byzantinChapitre 141 sur 151 · LIVRE V. — CHAPITRE II. 30J · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II. 30J

Aussi, pendant plusieurs siècles, les monuments vénitiens rappellent-ils souvent ceux qu'on élevait à Constantinople. Quand le doge Pierre Orseolo, en 976, entreprit la construction de cette merveilleuse église de Saint-Marc qui ne fut consacrée qu'en io85, s'adressat-il à des architectes nés en Grèce? Aucun document ne le prouve; mais il est certain que les constructeurs de ce monument, quel que fût leur lieu d'origine, pratiquaient l'architecture byzantine dans toute sa pureté : il n'est point jusqu'aux matériaux, marbres, colonnes, qui ne paraissent en grande partie empruntés à l'Orient. Cependant, même à Venise, les types grecs ne dominaient point exclusivement; aux environs, à Murano, à Torcello, à Grado, etc., les iormes latines reparaissent, à l'époque où s'élevait Saint-Marc, ou bien, dans les édifices civils comme dans les églises, les deux styles se combinent, mêlent leurs dispositions et leur ornementation.

S'agit-il de décorer ces monuments , c'est encore vers l'Orient que se tournent les Vénitiens. Les émaux de la Pala d'Oro sont byzantins; il en est de même d'une partie des belles pièces d'orfèvrerie du Trésor. Une des portes de l'église a dû être exécutée à Constantinople, deux autres paraissent vénitiennes, mais imitées de ce modèle étranger. Les artistes grecs établis à Venise formaient au XI® siècle une corporation. Ce furent eux, tout l'indique, qui commencèrent à exécuter les mosaïques de Saint-Marc, et pendant longtemps les artistes indigènes formés à cette école en conservèrent le style. Leur influence ne se renfermait point dans les murs de la ville. A l'église de Murano, la vierge qui décore

Tabside est de Part byzantin le plus pur (xii* siècle). Tout près de là, à Torcello, la plus grande partie des mosaïques leur appartient encore (xi^ et xii® siècles) : à Tabside centrale la Vierge et les Apôtres; sur la paroi occidentale, le Jugement dernier; dans une abside latérale, le Christ entouré d'archanges, bien que, dans cette dernière composition, se retrouve la trace évidente delà collaboration des Italiens.

A Rome, Tinfluence byzantine ne s^est point exercée avec la même continuité qu''en d'autres régions; fort sensible par moments, elle s'efface pour reparaître encore. Ce n'est guère qu'au vu* siècle qu'elle se manifeste d'abord avec évidence, sous la domination des empereurs de Constantinople et sous le pontificat de papes qui souvent étaient Grecs. Nulle en architecture, elle ne se montre que dans la décoration; quelques peintures tardivement exécutées dans les catacombes, quelques mosaïques, comme celles de Sainte-Agnès sur la voie Nomentane, et surtout de l'oratoire de Saint- Venance au Latran, en portent la trace. Au viii* siècle, l'énergie avec laquelle les papes défendirent les images attira à Rome des émigrés orientaux qui fuyaient les poursuites des iconoclastes; plusieurs monastères furent fondés pour eux. De là un nouvel apport d'éléments byzantins dont on constate la présence sur des œuvres de ce siècle et du siècle suivant. Ce n'est point qu'il faille attribuer à la main des Grecs des mosaïques comme celles de Sainte-Marie in Navicella, de Saint- Marc, de Sainte-Cécile, si maladroites, si peu semblables aux œuvres authentiques de l'art byzantin de cette époque. Les artistes qui vivaient alors à Rome

Page 1