LIVRE V. — CHAPITRE II
En France, Tinfluence byzantine ne s'est jamais exerce'e d'une façon aussi sensible et aussi durable que dans certaines régions de Tltalie. D'ailleurs, pendant plusieurs siècles du moyen âge, c'est chez nous, on le sait, que l'art chre'tien d'Occident s'est développé avec le plus de force et de charme. La France possédait, au xii" et au xiii*^ siècle, une architecture et une sculpture originales, pleines de vie et de grâce, qui se répandaient à leur tour dans les pays voisins et jusqu'en Orient.
L'art byzantin peut-il revendiquer quelque part dans la renaissance que tenta Gharlemagne ? Les chroniqueurs disent que l'empereur fit venir des artistes de tous les pays transmarins ', mais sans autrement préciser. Cependant les Carolingiens étaient en relations politiques continues avec les empereurs de Constantinople ; on apprenait le grec à la cour de Gharlemagne, on y possédait des manuscrits en cette langue. Le commerce avait encore établi d'autres rapports entre les deux empires. Aussi sait-on de source certaine que des objets d'art parvenaient de Byzance en Occident : un évéque de Cambrai, Halitcharius, envoyé comme ambassadeur à Constantinople, en rapportait des ivoires sculptés*; les tissus orientaux étaient fort recherchés'; laïques et clercs aimaient à s'en parer, et des fragments s'en rencontrent encore dans les tombes et les châsses du temps.
Faut-il aller plus loin et croire, avec VioUet-le-Duc, Labarte et bien d'autres savants, que Gharlemagne em-
1. Moine de Saint-Gall, I, 28, qui écrivait, il est vrai, soixante-dix ans après la mort de Gharlemagne.