CHAPITRE PREMIER
SAINTE-SOPHIE DE CONSTANTINOPLE, TYPE DE l'aRT BYZANTIN. — l'architecture.
Pendant le v* siècle, Tempire d^Orient avait eu une existence fort agitée. Après la disparition des faibles descendants du grand Théodose, on avait vu se succéder des empereurs d'aventure que le crime ou les hasards de la fortune poussaient au pouvoir. Sur les frontières, les barbares se pressaient nombreux et menaçants. Au nord, les Huns et les Slaves, au sud les Perses, à Tintérieur les émeutes, les querelles religieuses se transformant en guerres civiles, dans les grandes villes une populace désœuvrée et remuante, toujours en quête de troubles; c'étaient là autant de causes qui semblaient devoir amener la chute de Pempire grec. Mais d'autre part ses richesses, Tactivité industrieuse de ses populations, la prospérité de son commerce, enfin le prestige quis'atta-
chait encore au titre impérial contribuaient à le maintenir. En outre, Tempire d''Orient avait l'avantage d'être logiquement constitué : il était l'héritier de cet ancien monde hellénique qui, même sous la domination romaine, avait gardé sa physionomie particulière. Il y avait donc en lui un principe de vie et de civilisation qui assura sa durée.
Au commencement du vv siècle arriva au pouvoir une famille de pâtres barbares. Le Slave Oupravda, qui plus tard prit le nom de Justinien, dirigeait déjà en partie les affaires sous le règne de son oncle Justin (5 18-527) et lui-même fut seul empereur pendant près de quarante ans (527-565). Son nom apparaît ordinairement entouré d'une auréole de gloire qu'il n"a point tout à fait méritée. Etranger par son origine à la civilisation hellénique, il n'a pas compris les véritables destinées de l'empire byzantin : il a rêvé la reconstitution de l'empire romain, et il a consacré à une œuvre éphémère les forces de son gouvernement, tandis que les provinces de la Macédoine, de la Grèce, de l'Asie étaient dévastées par des invasions qui souvent ne rencontraient même point de résistance. Mais, en tout cas, quelque jugement qu'on porte sur sa politique, il est un mérite qu'on ne saurait lui refuser, c'est d'avoir favorisé dans son empire le développement des arts. Justinien fut un grand constructeur. Son historiographe Procope a consacré un ouvrage spécial aux édifices bâtis par ordre de l'empereur. Dans les six livres qui le composent il suit l'ordre suivant : I. Églises et monuments de Constantinople. — II, Villes fortifiées du côté de la Perse. — III. Villes fortifiées du côté de l'Arménie. — IV. Forti-